Les baisses d’impôt annoncées la semaine dernière par le ministre des Finances, Carlos Leitão, ne profiteront pas aux plus démunis, déplore l’auteure de cette lettre.

Baisses d’impôt: c’est de la poudre aux yeux!

La population n’est pas dupe. Nous savons tous que c’est le fruit des sommes qu’on a pigées dans les programmes sociaux ces dernières années, en jouant avec la vie des personnes les plus vulnérables de notre société, celles laissées de côté par le gouvernement libéral, celles rejointes par les organismes communautaires.

Et on sait pertinemment que ce n’est pas à cette population que serviront ces baisses d’impôts. Et elles ne serviront pas plus aux personnes qui travaillent dans un organisme communautaire! 

Est-ce que ces années d’efforts où l’on a imposé aux personnes les plus vulnérables de se serrer la ceinture déjà trop serrée ont valu la peine? Et comment en bénéficieront-elles puisqu’elles sont déjà trop pauvres pour payer de l’impôt? Franchement M. Leitão, votre baisse d’impôt, ce cadeau électoraliste, ce n’est pas sérieux. Ce semblant de générosité, c’est insultant!

N’aurait-il pas été un choix intelligent et payant d’investir ou plutôt de rembourser les sommes pigées dans les poches des personnes démunies et dans les programmes sociaux? 

Les organismes communautaires souffraient déjà d’un sous-financement chronique, mais les mesures d’austérité ont fait en sorte que la population s’est davantage tournée vers les organismes communautaires pour obtenir de l’aide et des services. En 2016, 54 % des organismes de la Mauricie et du Centre-du-Québec disaient souffrir de problèmes financiers les empêchant de bien accomplir leur mission. Un organisme sur quatre a même déclaré, dans la dernière année, avoir dû couper dans ses ressources humaines et congédier un ou des employés pour pouvoir boucler son budget.

Chez nous, aux cuisines collectives de Francheville, tant pour l’organisme que pour ses membres, ces mesures d’austérité, puis de rigueur budgétaire, ont également fait très mal.

Déjà, un grand nombre de nos membres vivent au quotidien en situation de survie et ont été les premiers à subir ces mesures sauvages en plus des hausses de tarifs comme l’électricité, en plus d’avoir dû à composer avec des prix scandaleux à l’épicerie. Ce dernier poste étant le plus facilement compressible après avoir réglé les dépenses fixes, leurs besoins sont devenus de plus en plus criants et se sont retrouvés entraînés dans l’aggravation de problèmes de santé autant physique que mentale. 

Notre mandat est de cuisiner collectivement tout en faisant réaliser des économies appréciables aux personnes participantes et en reconnaissant leur expertise à nourrir une société, à s’organiser et à reprendre du pouvoir sur leur vie.

Comment y arriver quand on fait face à une population de plus en plus appauvrie qui n’a même pas la liquidité pour cuisiner à 1,25 $ la portion?

Comment y arriver quand on se retrouve dans l’obligation de diminuer nos services et qu’on entraîne les travailleuses dans une situation de précarité?

Comment y arriver dans une dynamique de «faire plus avec moins»? Les organismes communautaires sont les champions pour étirer la piasse! C’est une belle qualité, ça amène à être créatifs et ingénieux, mais l’élastique risque de rompre à tout moment.

Autour de 160 personnes viennent cuisiner tous les mois pour elles et leurs familles et, seulement cette année, nous avons reçu près de 20 % de nouvelles inscriptions. À la suite du départ à la retraite d’une collègue, l’équipe restante a dû composer avec ce manque de ressources sans possibilité de la remplacer durant six mois. 

Comment arriver à continuer d’évoluer sans s’essouffler dans un contexte où il y a explosion de nouvelles inscriptions? Si le nombre de personnes participantes venait à doubler, est-ce que nous aurions accès au double de notre financement actuel?

Ne sommes-nous pas dans un cercle vicieux? Pourquoi ne pas remettre l’argent dans les poches des personnes les plus fragilisées? L’histoire ne nous a-t-elle pas démontré qu’il n’est pas du tout payant de les fragiliser davantage? Au contraire, il a été démontré qu’une personne qui a retrouvé sa dignité, son estime de soi et sa confiance en elle s’impliquera davantage dans sa communauté! Et, bien sûr, l’argent supplémentaire remis dans les poches de cette personne n’ira certainement pas dans les paradis fiscaux, n’est-ce pas? 

Et pourquoi également ne pas remettre à flot les programmes sociaux et les organismes communautaires?

Un organisme communautaire est là «par et pour la population»! Nous ne nous laisserons pas couler!

Diane Barrette

Les cuisines collectives de Francheville

Trois-Rivières