L’année 2017 a été marquée par le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État et sur l’encadrement des demandes d’accommodements religieux. L’auteure de ce texte, Noëlla Champagne, estime que le Québec doit se battre pour défendre sa laïcité. Selon elle, accueillir l’autre ne veut pas dire céder devant l’autre. Il faut, plaide-t-elle, des règles claires qui pourraient aller jusqu’à exiger le visage découvert dans l’espace public partout au Québec.

Avons-nous encore le droit de rêver?

L’auteure, Noëlla Champagne, a été députée de Champlain à l’Assemblée nationale de 2003 à 2007 et de 2008 à 2014.

Le 25 décembre dernier, j’ai soufflé 73 belles chandelles! Et comme chaque année, avec une certaine nostalgie, je me suis rappelé les beaux moments de ces années fort bien remplies. De mon enfance vécue sur la rue Saint-Gabriel à Saint-Tite, en passant par mes années d’enseignement et mon passage en politique, voilà que mon regard se porte sur l’avenir qui nous attend! C’est à nous de définir cet avenir! Avons-nous la volonté de le faire? Tout d’abord, un peu de rétrospection…

J’ai baigné dans les années de la grande Révolution tranquille! Les portes du savoir nous ont été ouvertes et nos jeunes ont eu accès aux études supérieures! Et que dire de la révolution dans l’accès aux soins de santé et aux services sociaux! 

On peut dire sans se tromper que le Québec est maintenant riche de ses institutions et de ses lois. Il s’est doté de solides valeurs dont l’égalité homme-femme. Il s’est battu pour faire reconnaître sa différence. Il s’est battu pour son identité. Il s’est battu et se bat encore pour conserver sa langue. Il s’est battu pour défendre les plus démunis de notre société. Il s’est battu et se bat encore, je dirais avec acharnement pour défendre sa laïcité. 

Oui, le Québec est accueillant et ouvert sur le monde, mais que nous arrive-t-il? Pourquoi ces éternels et houleux débats sur des valeurs chèrement acquises? Doit-on céder sur ces valeurs? Accueillir l’autre ne veut pas dire céder devant l’autre. Le gros bon sens devrait toujours prévaloir! Vivement des règles claires! Est-ce trop demander que d’exiger le visage découvert dans l’espace public partout au Québec? Il me semble que c’est juste et raisonnable et que pour une fois, nos 125 élus de l’Assemblée nationale devraient comprendre cela et écouter la clameur dans la population!

Nous vivons des années particulièrement houleuses. L’année 2017 n’a pas été différente des autres! Les politiques et les politiciens sont décriés sur la place publique. Une odeur de scandale plane quotidiennement sur nos grandes institutions! Nous voyons les guerres en direct à la télévision. Les bonnes nouvelles nous sont déversées au compte-gouttes et les mauvaises nous sont répétées 24 heures sur 24! Il nous appartient à tous et toutes de modifier cette façon de faire! 

Si nous voulons changer les choses et que nos élus, hommes ou femmes le veulent vraiment, ils vont devoir changer eux-mêmes… la hargne et les insultes amusent peut-être une certaine presse et certaines personnes, mais force est de constater que le résultat est déplorable. Le désintéressement de la population face à la politique est inquiétant. La population a besoin de retrouver sa confiance dans ses élus. Rappelons-nous la maxime suivante: «Qui sème le doute, récolte la tempête». Présentement, on sème le doute au lieu de la confiance! 

Si dans mon enfance, j’ai eu des rêves que j’ai pu accomplir, c’est que j’ai eu autour de moi des gens qui m’ont fait confiance, qui m’ont aidée à aller plus loin! Nos jeunes ont besoin d’avoir des modèles à la hauteur de leurs attentes, des modèles qui les inspirent! Ils ont besoin d’être accompagnés dans leur projet de vie par de personnes compétentes. Donnons-leur les moyens de s’accomplir!

Si plus tard dans la vie, j’ai eu le goût de relever de nouveaux défis, c’est que j’avais des modèles qui me poussaient à aller plus loin. Ces modèles ont été des hommes et des femmes qui ont marqué l’histoire! Ces modèles existent encore, certains sont même très actuels, mais est-ce que l’on se donne la peine de mettre nos jeunes en contact avec ces modèles de réussite? Il serait temps d’y penser!

L’année 2018 sera une année électorale. Je ne vous apprends rien, bien sûr. J’ai compris que nos médias se préparent déjà non pas aux débats mais bien aux combats entre les chefs! Que ferons-nous des centaines de candidats et candidates qui débattront à travers le Québec afin de séduire les électeurs? Seront-ils ignorés comme par le passé? L’année 2018 s’annonce houleuse malheureusement! À quoi devons-nous nous attendre? À des débats de fond… à des propositions inspirantes sur l’avenir du Québec? C’est ce que je souhaite de toutes mes forces! Mais dans les faits, est-ce que nous allons passer l’année 2018 à regarder le combat de nos chefs dans l’arène publique? À une époque pas si lointaine, on donnait du pain et des jeux pour amuser le peuple.
Avons-nous besoin de cet amusement en 2018? Je suis convaincue que non! 

L’équipe qui aura mon appui le 1er octobre 2018 sera l’équipe qui m’aura convaincue que mes enfants et petits-enfants ont encore un avenir au Québec. C’est l’équipe qui m’aura convaincue que ma langue et mon identité seront respectées! Bref, ce sera l’équipe qui aura des engagements à la hauteur de l’intelligence des Québécois et des Québécoises!

Oui je me donne encore le droit de rêver à une société meilleure basée sur des valeurs de partage, d’honnêteté et de respect! 

Je nous souhaite une année 2018 remplie de ces valeurs!