Avant de mourir dans la dignité

OPINIONS / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie. Il habite à Saint-Mathieu-du-Parc.

Avant de mourir dans la dignité, pouvons-nous vivre dignement? La question se pose, car vivre dans la dignité est essentiel à notre bonheur. Nous avons tous besoin de ressentir que nous sommes respectés dans ce que nous sommes, dans nos besoins, traités avec diligence et respect par les autres, et ce à tous âges. Ressentir un lien parental d’attachement inconditionnel chez le jeune enfant, se sentir aimé et valorisé chez l’enfant plus vieux, puis enfin vivre une vraie intimité à partir de l’adolescence. Cette intimité que nous espérons tous préserver notre vie entière auprès de notre conjoint, de nos enfants et nos amis.

Mais l’atteinte d’une vie empreinte de dignité n’est pas toujours facile. Tous les événements de maltraitance d’enfants en témoignent. Et que dire du taux de délinquance juvénile, d’anxiété et de dépression chez les jeunes, du titre mondial peu enviable que détient le Québec en matière de suicide chez les moins de 40 ans. Puis, viennent les événements de violence conjugale alors qu’un être humain malmène systématiquement un autre être humain. Une maltraitance psychologique et physique qui entache à jamais la dignité de la victime. Tous ces événements ont un point en commun, celui de la souffrance humaine vivant dans un contexte relationnel où la dignité de la personne a été constamment bafouée.

Le Québec a fait un bond de géant dans l’accompagnement des mourants dans la dignité, il est temps maintenant de s’attaquer à la dignité des vivants. Le besoin de vivre dans la dignité marque une tendance naturelle qui motive tous les individus. Dans ce sens, il faut réaliser que les malaises de notre corps tant physique que psychologique sont liés à un manque de sentiment d’être traité avec respect et compassion. En fait, ce sentiment de dignité est apaisant, car il implique la sensation d’être traité avec justice et considération.

Transmettre le goût de vivre dignement

L’enfant qui se développe dans un environnement familial respectueux et aimant se sent digne de l’amour qu’il reçoit. Il s’accordera ainsi une valeur importante (une estime de soi) qui marquera le seuil acceptable de ce qu’il peut tolérer dans ses futures relations.

Ainsi, l’enfant bien traité et respecté s’attendra à recevoir la même qualité d’interaction dans les relations qu’il établira avec ses amis, futurs conjoints, ses collègues de travail, etc.

Bref, le respect initial auquel l’enfant a été habitué placera «la barre» de son besoin de dignité au niveau duquel il réagira. Sous le seuil acceptable pour lui, il réagira en s’opposant au traitement qu’il vient de recevoir. Ainsi, ses réactions motiveront son entourage à s’ajuster.

Toutefois, pour l’enfant qui s’est développé dans un environnement familial irrespectueux, la valeur que l’enfant s’attribuera sera bien en deçà de celle d’un enfant aimé. Son seuil acceptable de ce qu’il peut tolérer comme mépris, irrespect et mauvais traitement dans ses futures relations sera malheureusement plus élevé.

L’enfant maltraité s’attendra à recevoir la même qualité d’interaction dans les relations futures.

En conclusion, se sentir bien, heureux et libéré de nos tracas implique nécessairement de vivre dans un environnement où l’on se sent traités avec dignité. Vous et moi avons besoin de vivre dignement.

Et lorsque nous sommes réellement à l’écoute de ce besoin, nous remarquons que la voie s’ouvre pour mettre en place ce qu’il faut pour y arriver et en faciliter l’atteinte.