Et de jours en semaines, de mois en années, cette bête jaune tu l’auras apprivoisée...

Aujourd’hui j’ai le goût de te dire…

Toi! L’enfant qui n’a pas envie d’entrer à l’école… C’est à toi que j’ai envie de parler ce matin. Pas celui qui sourit devant son cartable neuf et ses beaux souliers et qui rêve depuis une moitié de vie au grand jour; où enfin l’accès au savoir, aux amis, à la place dans ce monde lui sera ouvert à pleines portes…

Non, j’ai envie de te parler à toi. Toi, le petit enfant qui au fond de ton cœur, et même si tu n’oses pas le dire, frissonne devant cette bête jaune, cet engin plein de géants qui te conduira vers l’inconnu.

Tu as le droit d’avoir peur, j’ai eu cette peur… Celle-là même qui bouffe les entrailles si fort, que même une maman ne saurait entendre telle confidence. Alors tu gardes cette peur pour toi… Ou alors, peut-être sera-t-elle partagée par une peluche de confiance, un oreiller ou un fidèle gros pitou qui jamais ne trahira ton secret.

Elle te fait mal cette peur et tu crois être seul à la porter. Tout autour de toi on te parle d’école, on te félicite d’être devenu si grand, on t’habille pour le jour J, peut-être même verse-t-on une larme au temps qui passe… Une larme d’adulte, de celles que tu ne comprends pas très bien. Mais tu ne veux surtout pas faire de peine à tes parents alors tu t’isoles avec ta peur et ce mal qui gruge ton ventre.

Tu ne peux me lire ce matin petit enfant… Mais tu sais ce qui est magnifique? C’est que moi je sais comment tu te sens. Je sais aussi que ce trou dans ta poitrine te semble sans fin. Mais le plus merveilleux? Je sais que grâce à l’école qui ce matin te fait si peur, bientôt tu pourras lire ces mots, et tant d’autres qui te permettront une liberté que tu n’oses même pas imaginer. Et de jours en semaines, de mois en années, cette bête jaune tu l’auras apprivoisée. Un petit coin de ce territoire sera devenu tien et tu oublieras probablement cette horrible crainte qui te bouffe les entrailles jusqu’au jour où près de toi, un matin de septembre, un petit enfant qui te ressemble te sourira; mais tu sauras lire au fond de son regard et déceler cette angoisse qu’il ne pourra partager. Alors sauras-tu d’une caresse complice apaiser, ne serait-ce qu’un tout petit peu, son vertige?

Bonne rentrée mon petit… heu mon grand…

Marjolaine Cloutier

Trois-Rivières