Au tour des relations étrangères

En réaction à l’éditorial de Martin Francoeur intitulé «Le sommet de l’hypocrisie», publié dans notre édition du 12 octobre.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’éditorial de Martin Francoeur au sujet de l’Organisation internationale de la Francophonie et je souhaite réagir en reprenant le passage suivant, qu’on retrouve en conclusion: «La Francophonie s’éparpille, s’éloigne de ce qui unit d’abord ses membres. Elle se donne des airs d’organisation internationale à vocation plus large. Et on sait tous ce qui est arrivé à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.»

D’une part, il me semble que la volonté de Michaëlle Jean de présenter sa candidature sous l’angle de la défense de «l’humanisme intégral et des valeurs universelles» participe de cet éparpillement. L’ancienne gouverneure générale semble ainsi utiliser un poste de prestige pour défendre une cause, certes très noble, mais qui dépend davantage de sa mission personnelle que de l’institution elle-même. En ce sens, le jugement exprimé par la France et le Québec sur l’importance de remettre la langue française au centre des actions de l’OIF est, malgré toutes les vicissitudes de cette institution identifiées par M. Francoeur, une bonne nouvelle.

Au Québec, cette expérience du sommet d’Erevan inspirera sans doute le nouveau gouvernement sur l’ensemble de sa diplomatie. Au sommet de 2016 à Madagascar, Christine St-Pierre, l’ancienne ministre des Relations internationales dont le caractère et le parcours professionnel ressemblent étrangement à ceux de Michaëlle Jean, avait annoncé que la défense des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres ferait désormais partie intégrante de la politique étrangère québécoise. Autre cause pertinente et noble, autre cause opportune (pensons au référendum tout récent, en Roumanie, sur la constitutionnalisation d’une définition strictement hétérosexuelle du mariage), mais autre source d’éparpillement.

En appuyant la candidature de Louise Mushikiwabo, le Québec s’est engagé dans une révision de sa politique extérieure. Il faut saluer ce progrès sur le plan local, national. Il reste maintenant à recadrer de façon analogue et conséquente l’ensemble des actions diplomatiques de l’État québécois, en fonction des mêmes impératifs, de l’intérêt national, de la promotion de la langue française et de la culture québécoise sur la scène mondiale et du progrès économique. Et espérons que le gouvernement de François Legault gardera une considération particulière pour l’autre nation francophone d’Amérique: Haïti. Qui d’autre, précisément, pourrait remplir cette importante mission?

Simon Couillard

CIEQ-UQTR