Au-delà de la crise, la mobilisation

OPINIONS / Les auteurs, Marc Benoît et François Melançon, sont respectivement coordonnateur du ROEPAM (Mauricie) et de l’AGEPA (Centre-du-Québec).

La crise de santé publique que nous vivons actuellement a des impacts majeurs sur l’ensemble de la population du Québec. Nul doute qu’elle aura des conséquences significatives sur notre mode de vie future. Comme toute crise majeure – même la plus grave – peut être une opportunité vers le changement, nous avons renoué avec l’esprit d’entraide qui caractérise notre communauté. Nous avons aussi redécouvert un sentiment d’appartenance collectif beaucoup plus fort que le simple statut de citoyen le laisse supposer. Qui plus est, ce phénomène s’accompagne aussi de modifications importantes à nos perceptions et à nos rapports avec notre société.

Désormais, nous ne sommes plus de stériles contribuables. Notre compte bancaire n’est plus le reflet de notre valeur intrinsèque. Et même la soi-disant lutte intergénérationnelle laisse place à une solidarité très large et sentie... Il y a quelque temps encore, nul ne voyait à quel point le livreur de supermarché, la préposée aux bénéficiaires de CHSLD ou même la commis au dépanneur du coin, réalisent tous et toutes un travail essentiel. Nous prenons aujourd’hui la mesure de leur travail invisible. Le salaire minimum qu’on leur versait paraît plus que jamais dérisoire. Dommage qu’il ait fallu cette crise sociosanitaire pour s’en rendre compte.

Dès lors, l’illusion s’estompe encore. D’autres réalités nous frappent. Les compagnies de cartes de crédit nous vident les poches avec des taux d’intérêts usuraires. Les organisations qui nous attribuent une cote de crédit agissent dans l’opacité la plus complète. La trop forte dépendance à nos voisins du sud rend notre autonomie alimentaire toute théorique. L’industrie du logement priorise le rendement à tout prix au détriment de la population. La violence faite aux femmes est une horreur encore très présente au Québec… La liste est longue. À ces constats très difficiles s’ajoute aussi l’état pitoyable de nos initiatives environnementales, qui font pâle figure face à la crise mondiale du climat qui arrive à grands pas. Tous et toutes ensembles, nous payons aujourd’hui le prix de notre tolérance extrême face à un système économique et social déshumanisant, inégalitaire et qui n’a que faire de nos efforts de solidarité actuels ou futurs.

Lorsque la crise de santé publique se terminera progressivement, alors que le poids du deuil que nous portons sera moins lourd et que la reconstruction pourra débuter, nous insisterons avec conviction, et même avec entêtement, pour que nous corrigions les erreurs du passé. Après une bouleversante et très difficile prescription médicale, nous serons prêts pour une prescription sociale de la même ampleur: un grand projet mobilisateur qui trouvera ses fondements par-delà les intérêts partisans ou la vision économique du moment. Le Québec de demain ne sera plus celui d’hier, il devra être équitable, juste et voué à l’intérêt collectif.