Assez c’est assez!

OPINIONS / Moi, j’avoue que je suis profondément choquée par ces horreurs concernant nos aînés. Où sommes-nous rendus comme peuple et comme individus qui le constituons pour n’avoir rien vu ou pour avoir laissé passer?

Certes, nous savons que nos gouvernements récents, par leurs coupures exagérées, ont consenti, pour ne pas dire choisi, ce laisser-aller scandaleux dans les services. Mais n’avons-nous pas les gouvernements que nous méritons?

Aussi, comment se fait-il que les familles de ces résidents n’ont rien vu ou n’ont pas dénoncé? On nous donnait dans les journaux il y a quelques jours le pourcentage des personnes âgées non visitées par leurs proches. Pourcentage que je n’ai pas noté malheureusement mais qui était assez important. Ce fait, s’il existe, ne favorise pas bien sûr le bien-être du parent concerné. Il favorise plutôt son dépérissement.

Le député Enrico Ciccone qui donne de son temps au Centre d’hébergement Nazaire Piché de Lachine, à Montréal nous dit:«Moi, tu me donnerais 100 $ de l’heure je ne serais pas capable de faire cette job-là. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de subir ce que tu vois là. Moi, quand j’ai vu l’os d’un coccyx parce qu’il y avait un patient qui avait une grosse plaie de lit, ça n’a pas de bon sens. Les genoux m’ont plié et je suis devenu blanc».

Mais avant que l’os apparaisse, il s’est passé un bon bout de temps et Dieu sait la douleur occasionnée par une simple plaie de lit, même au début.

Moi, avant d’être théologienne, je suis infirmière licenciée et durant notre formation on nous disait que si nous avions un patient avec une plaie de lit, c’est que nous l’avions mal soigné. Pour la bonne raison qu’un malade alité incontinent doit être changé de position souvent et ne pas être laissé avec une couche ou des draps souillés… Mais par manque de personnel on ne peut satisfaire ces exigences évidemment.

De plus on nous apprenait mercredi que dans le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, «des résidents n’ont pas pu être nourris une partie de la journée mardi par manque de personnel soignant». Et que si ça se poursuit, «les gens vont se laisser aller plus vite. On ne peut plus garantir aux enfants que leurs parents vont mourir sans souffrance et dans la dignité», déplorait Michel Pagé, le médecin responsable de l’établissement.

Devant cette situation scandaleuse, sommes-nous rendus, comme société au Québec, de devoir élargir la loi sur mourir dans la dignité en y incluant les vieillards en fin de vie?

Une atrocité qui révélerait où nous en sommes rendus comme Québécois humainement et spirituellement.

Pierrette Maheu

Trois-Rivières