L’auteur de cette lettre souhaite que les mesures de déconfinement annoncées dans les écoles primaires par le ministre de l’Éducation François Roberge ne mènent pas à un dérapage.
L’auteur de cette lettre souhaite que les mesures de déconfinement annoncées dans les écoles primaires par le ministre de l’Éducation François Roberge ne mènent pas à un dérapage.

Allez à l’école, sauvez des vies!

OPINIONS / Le jeudi 12 mars dernier a été la dernière journée d’école, une des nombreuses mesures audacieuses adoptées par le gouvernement pour contrer la contamination communautaire de la COVID-19. La population du Québec a été très docile et a suivi très sérieusement les directives du gouvernement, évidemment guidé par les recommandations de la Santé publique.

Malgré le fait que la population a obéi aux directives comme une armée obéit aux directives du général, cela n’a pas empêché le dérapage dont nous avons tous été témoins dans les centres pour personnes âgées et les CHSLD. À ce jour, plus de la moitié des décès enregistrés au Canada depuis le début de la pandémie proviennent de la belle province. L’ensemble des analyses à ce jour démontre l’aspect déconnecté entre les directives annoncées par Québec quotidiennement dans le cadre du point de presse du premier ministre François Legault, et les actions sur le terrain. Il est clair aujourd’hui que l’appareil gouvernemental en matière de santé a beaucoup de difficulté à suivre durant des périodes comme celle-ci, alors que nous devons nous «revirer sur un 10 cents» et agir rapidement. Lorsque les décideurs publics ont décidé de centraliser les pouvoirs à Québec et en créant les immenses centres de services de santé (CIUSSS), ils avaient certainement de bonnes intentions et voulaient augmenter l’efficacité du réseau. Or, force est de constater aujourd’hui que c’est un échec et que la bureaucratie a eu raison sur l’efficience.

En février dernier, le système d’éducation a subi le même sort que le système de santé avec une centralisation des pouvoirs vers Québec en abolissant toutes les commissions scolaires partout au Québec pour faire place à des centres de services. Je ne veux pas ici reprendre le débat autour du maintien de la démocratie scolaire, mais j’ai tout de même d’énormes craintes dans le contexte du déconfinement et de la réouverture de nos écoles, comme plusieurs parents, cadres scolaires et enseignants.

Il est clair que le choix du retour à la normale par le gouvernement doit passer par un déconfinement très structuré, très ordonné et évidemment compatible avec les recommandations des autorités de la santé publique. Or, depuis la fermeture des écoles à la mi-mars, les messages du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge ont été pour le moins confus, pour ne pas dire absents. Après avoir déclaré une période de «vacances» tant pour les élèves que pour les enseignants, tout le monde de l’éducation a été dans le néant, à partir des syndicats, des directeurs d’établissement ou encore les parents. Heureusement, nous avons été témoins de plusieurs belles initiatives de nos équipes-écoles et des cadres pour maintenir la motivation des élèves, mais ces mesures demeurent inégales à travers le réseau.

Alors que le gouvernement annonce son plan de déconfinement de nos écoles qui commencera le 11 mai prochain, disons que les différents acteurs du monde de l’éducation incluant les parents ont raison d’être inquiets pour la suite des choses.

Il serait grand temps d’ailleurs que le ministre de l’Éducation se ressaisisse et se présente aux points de presse plus régulièrement pour démontrer que le ministère est en mode action et surtout, pour s’assurer que les directives dictées par Québec atterrissent bien et rapidement partout dans les régions du Québec.

Le choix de centraliser les pouvoirs, en éducation comme en santé, vient avec d’énormes responsabilités et une grande imputabilité. Pour donner suite à l’abolition des commissions scolaires en février dernier, le ministre de l’Éducation a décidé de se priver de précieux partenaires pour s’assurer de l’efficacité de la mise en œuvre de différentes mesures sur le terrain.

Le premier ministre Legault a fait un mea culpa à la suite de l’échec des mesures dans les CHSLD en période de confinement, un geste honorable, mais nécessaire. Je souhaite à nous tous que le ministre de l’Éducation n’ait pas à faire ce même mea culpa à la suite d’un échec des mesures de déconfinement dans nos écoles. Nous n’avons pas les moyens de subir un deuxième dérapage.

Pour le ministre de l’Éducation, le défi reste entier. Il devra être plus persuasif et beaucoup plus convaincant durant les prochains jours pour nous faire passer de «Restez chez vous, sauvez des vies!» à «Allez à l’école, sauvez des vies!».

Patrick Charlebois

Membre du comité conseil

Commission scolaire du Chemin-du-Roy