Allégorie de Rock-star et de sa Belle-Hélène*

L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur titulaire au département des sciences de l’éducation de l’UQTR.

Un bel après-midi de juin, un jeudi, Rock-star, se pensant une grande vedette, décide d’aller rendre visite à son amie la mini. Telle une poire, Belle-Hélène, la pauvresse, reçoit son homme-vedette dans ses officines, où se trouvaient tous les remèdes pour traiter tous les maux du monde. Elle jase, roucoule, l’écoute. Il jase, roucoule et n’écoute pas.

Belle-Hélène, elle, veut l’écouter parce qu’il est un homme qui, pendant son vedettariat, a posé de vilains gestes qui faisaient l’horreur des pauvres musiciens de son orchestre. En effet, le vilain avait lock-outé comme on n’a jamais lock-outé. Certes, la vedette, durant les jours suivant son horrible geste vivait des tensions, des remords, des anxiétés et des douleurs. Il avait perdu son beau sourire. Probablement qu’il se sentait coupable d’avoir écouté des amis malveillants qui lui avaient conseillé de poser le geste le plus méchant du monde du travail envers les musiciens de l’orchestre. À moins qu’il se soit senti encore plus coupable de s’être tiré dans les deux pieds. Lui, il était Rock-star et il savait tout. Il connaissait la musique et il connaissait même le grand compositeur du Québec qui pourrait, dès le lendemain, un vendredi, écrire une partition spéciale, à sa simple demande, pour faire souffrir ses musiciens et les mettre au pas.

Rock-star avait même avisé, quelques jours avant, ses musiciens qu’il recevrait cette partition spéciale si ceux-ci ne rentraient pas dans le pas ou si, selon lui, ils étaient de mauvaise foi. Rock-star savait ce qu’était la mauvaise foi. Il en usait et abusait lui-même avec art et adresse, mais il ne voyait jamais la poutrelle de mauvaise foi dans son œil alors qu’il savait si bien inventer afin de voir la brindille de la mauvaise foi dans l’œil de ses musiciens.

C’est certain que Rock-star devait se rendre voir sa mini Belle-Hélène pour lui conter ses malheurs. C’est elle qui l’avait invité dans son château. Eh oui! Les Rock-stars de ce monde doivent souvent se contenter des Belle-Hélène alors qu’ils rêvent de rencontrer le grand créateur des partitions.

Rock-star avait perdu la confiance de ses musiciens à 87,3 %. Ses musiciens, si soumis et souvent si occupés à préparer, de labeurs, sueurs et larmes, leurs propres spectacles, n’avaient plus confiance dans les propos, mensonges, fourberies et entourloupettes de Rock-star.

Pauvre Rock-star, lui qui rêvait de rencontrer son ami le grand compositeur, il se voyait contraint de séduire Belle-Hélène pour lui faire délier les cordons de son gousset et lui verser des deniers supplémentaires qui serviraient à propulser les spectacles de la vedette vers des cieux et, peut-être, verser quelques aumônes restantes à ses musiciens. Enfin! Rock-star serait riche, riche et riche. Il aurait le pouvoir. Le pouvoir de duper et jeter de la poudre de perlimpinpin aux yeux des musiciens. C’est lui le boss!

Belle-Hélène, ayant, les années précédentes, été chanteuse et musicienne, savait qu’il fallait faire plaisir à la Rock-star et aux musiciens. Elle susurra donc à l’oreille de Rock-star une somme qui permettrait à la vedette de retrouver son sourire et de se pavaner en disant qu’il avait gagné et que tout le mérite lui revenait d’avoir su faire fructifier sa chorale et son orchestre et d’avoir habilement soutiré les menues pièces que la Belle-Hélène ne voulait pas lui donner les mois auparavant.

Rock-star se pavanait, se dressait de joie et il décida de taire ce que la Belle-Hélène lui avait donné. Ce serait son secret. Lui seul saura quoi faire avec le cadeau de la Belle-Hélène-au-bois-dormant qui avait trop longtemps dormi avant d’entendre la détresse de Rock-star.

Rock-star pourra reprendre son sourire au moins jusqu’en septembre. Peut-être qu’en septembre, Rock-star pourra enfin rencontrer le grand compositeur qui lui écrira une partition spéciale. Entretemps, Rock-star va continuer à chanter. Il ne saura jamais tout le mal qu’il a fait à ses musiciens. Il n’aura jamais assez de l’éternité pour se faire pardonner d’eux. Il a brisé quelque chose appartenant au monde du merveilleux dans le chœur et le cœur de son orchestre. Saura-t-il voir tout le mal qu’il a fait? On l’aime not’ Rock-star.

*Toute ressemblance avec une Rock-star ou une Poire Belle-Hélène existant ou ayant existé n’est que pure coïncidence.