Aide à mourir ou permis de tuer?

Afin de réduire les dépenses publiques et de compenser au manque de main-d’œuvre important, nos gouvernants décident d’orchestrer l’opération grand ménage. Diminuer les dépenses en hébergement, en soins, en médicaments, en appareils médicaux dans les hôpitaux, en maisons d’hébergement et en résidences de personnes âgées, en perte d’autonomie ou handicapés, s’avère un choix judicieux, propre et surtout une solution rentable.

On te place en psychiatrie parce que tu as fait des tentatives de suicide, la peine de mort et l’aide au suicide sont considérées comme meurtres et comme gestes inacceptables dans une société évoluée. Nous optons pour le politiquement correct et l’hypocrisie en offrant à la société une aide à mourir comme un acte de charité et un geste naturel d’humanité, sous prétexte du libre choix.

Subtilement et avec grande publicité, nous offrons à nos personnes âgées la chance de se prévaloir d’une aide à mourir, leur évitant souffrances, perte graduelle de capacités, isolement et surtout de devenir un fardeau pour les proches, etc. Nous étendrons ensuite notre aide à mourir à nos handicapés, aux personnes découragées, aux prisonniers et ainsi de suite.

D’un côté, on dépense des sommes faramineuses pour sauver la vie d’un humain et même d’un animal et de l’autre on cherche le moyen de précipiter une fin de vie. Il nous est défendu de tuer un animal de compagnie pour lui éviter de souffrir. Par contre, si tu réussis à convaincre un proche d’obtenir son permis d’aide à mourir, alors là, tout va.

Ça ressemble étrangement à de l’hypocrisie.

Alors que les prisons regorgent de meurtriers qui ont mis fin à des vies, notre société décide de faire le grand ménage en toute bonté et légalité. Tu te sens inutile, seul, abandonné, triste, angoissé, découragé, malheureux, souffrant? Sois patient, tu peux maintenant compter sur toute l’aide requise pour quitter ce monde impitoyable. Tu es sous l’effet de l’alcool, de la drogue ou de l’intimidation, tu as des dettes, on te traite de bon à rien, tu es complètement découragé, fais-nous signe, on va t’aider.

Tu te sens présentement en pleine forme? Ne crains rien, ton tour viendra aussi. Et si tu n’arrives pas à te décider, on finira par te convaincre que c’est pour ton bien que nous décidons pour toi. D’ailleurs nous offrirons bientôt en vente libre, une «trousse de fin de vie», un choix de poison, arme ou corde, facile à utiliser, avec feuille d’instructions et garanti à vie.

Comme le pendule, la société passe d’une extrémité à l’autre. Par contre nous développons de plus en plus notre instinct animal. Les animaux sont impitoyables envers les plus faibles, ils vont jusqu’à les tuer. Seuls les plus forts doivent subsister pour la survie de la race et le bien du troupeau.

Notre monde est supposé être en plein évolution et sur le point de donner tout son sens à la vie?

Tu connais l’histoire de la grenouille? Fais bouillir de l’eau et jettes-y une grenouille. Elle sautera aussitôt hors de l’eau et s’enfuira. Place la grenouille dans l’eau froide et amène-la graduellement à ébullition. La grenouille s’endormira doucement et mourra. Morale: à toi de trouver.

Tu me trouves sarcastique et dur? Tu as bien raison.

Je m’interroge simplement en me demandant où sont rendues les valeurs qu’on nous a enseignées. J’ose dire tout haut ce que je pense tout bas. Suis-je le seul à penser ainsi et à m’interroger à ce sujet?

Accepter que le gouvernement ait droit de vie ou de mort sur ses citoyens s’approche étrangement du totalitaire.

Réfléchissons.

C’est vraiment ce que nous voulons? Où tout cela s’arrêtera-t-il? À quand l’abattoir pour humains?

Henri Provencher

Trois-Rivières