Andrée Lachapelle

Adieu et merci, Andrée, mon amie

OPINIONS / Je suis triste, ébranlé et ressens un vide avec la confirmation de son départ tel qu’elle me l’avait annoncé le 13 novembre dernier, alors que je lui téléphonais pour son 88e anniversaire comme je le faisais depuis... de nombreuses années. Nous nous sommes connus à Montréal dans les années 60 et toujours restés amis et toujours heureux de nous revoir même si nous rencontres étaient espacées; d’ailleurs, rien d’exclusif, elle n’avait que des amis.

Sans que je sois du domaine du théâtre, elle m’avait alors demandé d’agir comme administrateur avec responsabilités en publicité pour la troupe – éphémère – de son conjoint de l’époque, Robert Gadouas, ce qui m’a permis de collaborer avec d’autres comédiens.

J’aimais le théâtre. mais plus encore quand je la voyais jouer et découvrir de nombreux auteurs. Je me souviens d’une lecture d’un texte, à Trois-Rivières, de Vaclav Havel, auteur et ancien président de la République tchèque, alors qu’elle était porte-parole d’Amnistie internationale, lequel confirmait sa grande passion du théâtre comme miroir des gens et de l’humanité. Son immense talent était reconnu dans toute la large palette de tous les rôles qu’elle a interprétés tant au cinéma, à la télé qu’au théâtre.

Le qualificatif de «grande dame» est noble, mais ne décrit pas sa simplicité. Elle était enjouée, généreuse, sincère, fière de ses origines modestes, très respectueuse de tous ses pairs comédiens; jamais un mot contre l’un d’eux, mais plutôt d’encouragement. Elle s’informait si j’allais bien ainsi que ma famille. Une des peu nombreuses personnes que l’on peut admirer, en quelque sorte, dans sa vie. Elle était pour moi un exemple.

Parlant de personnes que l’on admire, elle m’a dit plusieurs fois sa tristesse que Marcel Dubé n’ait pas eu toute la reconnaissance qu’il aurait méritée pour son théâtre et du peu de reconnaissance de son décès, Elle lui vouait un immense respect, lui qui lui a permis de subsister dans des années de misère à Paris, avec ses trois jeunes enfants.

J’ai pu connaître son dernier conjoint et grand amour, André Melançon, homme de théâtre et du cinéma hélas lui aussi décédé. Sa pièce La promesse de l’aube, inspirée d’un roman de Romain Gary dans laquelle Andrée jouait, à l’Espace Go, était un grand moment.

Comme d’autres avant moi, il était impératif pour moi d’écrire ce texte comme exutoire de ma tristesse de perdre cette grande amie que je devais revoir cet été mais qui était trop souffrante pour cela soit possible. Heureusement, ce dernier téléphone m’aura permis de lui dire toute ma reconnaissance et mon amour.

Adieu et merci, Andrée, mon amie.

Claude Aubry

Trois-Rivières