Une majorité de Canadiens veulent réduire l’utilisation des emballages alimentaires à usage unique en plastique à cause de leurs répercussions sur l’environnement. Or, peu d’entre eux paieraient plus cher pour un emballage vert.

Accros du plastique

OPINIONS / L’auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et directeur scientifique à l’Institut des Sciences analytiques en agroalimentaire.

«Nous sommes tous accros du plastique qu’on le veuille ou non. L’industrie agroalimentaire peine à trouver des solutions de rechange à ce problème complexe, mais elle y arrivera ; il faudra cependant s’armer d’un peu de patience.»

Nous sommes tous accros du plastique. Ce matériau maintenant maudit par plusieurs se retrouve partout. Le plastique a envahi nos supermarchés et nos restaurants pour de très bonnes raisons cependant, fait-il le rappeler. Sans s’en rendre compte, le plastique est devenu la solution facile en alimentation. Il garde nos aliments frais, salubres, et limite le gaspillage alimentaire en nous permettant de conserver les denrées plus longtemps. De plus, le plastique constitue une solution très abordable, ce qui le rend pratiquement irrésistible. Mais peu à peu, on s’aperçoit à quel point le plastique peut devenir une véritable menace pour la planète.

Selon une récente étude effectuée par l’Université Dalhousie, 93,7 % des Canadiens, consciemment motivés, veulent réduire l’utilisation des emballages alimentaires à usage unique en plastique à cause de leurs répercussions sur l’environnement. C’est pratiquement l’unanimité. En effet, 56,4 % d’entre eux cherchent activement des emballages sans plastique lorsqu’ils font leurs emplettes. Et au cours des six prochains mois, 56,6 % des gens interrogés ont l’intention d’augmenter leurs achats d’aliments offrant des emballages verts. L’étude démontre hors de tout doute que le facteur environnemental prend plus d’importance que la salubrité alimentaire. Bien sûr, ces résultats demeurent précaires puisqu’il suffit d’un rappel alimentaire, d’une éclosion majeure, pour tout chambarder.

Toutefois, peu de Canadiens paieraient plus cher pour un emballage vert. D’ailleurs, 89,8 % des gens sondés croient que les emballages en plastique devraient céder leur place à des alternatives vertes, mais sans entraîner de coûts supplémentaires. Si on demande aux Canadiens de mettre un prix au facteur environnemental, 83,3 % d’entre eux ne paieraient pas plus de 2,5 % pour un produit alimentaire offrant un emballage vert alternatif. Quand on sait qu’un emballage vert, compostable, peut coûter entre 20 % et 50 % de plus que le plastique, il devient difficile pour l’industrie agroalimentaire d’absorber ces coûts supplémentaires. L’histoire semble vouloir se répéter, car pendant des décennies, le secteur agroalimentaire augmentait ses coûts de production afin de garantir la salubrité des aliments.

Le problème du plastique dans le domaine agroalimentaire ne peut pas se résoudre simplement, loin de là. En revanche, notre dépendance au plastique nous mène droit vers un désastre environnemental sans précédent. Un rapport l’an dernier sonnait déjà l’alarme en pointant l’industrie agroalimentaire comme le plus grand responsable des déchets que l’on retrouve dans les parcs, sur les berges, et dans l’océan. Notre dépendance au plastique ne peut plus durer, point.

Le groupe de l’Université Dalhousie offre quelques pistes de solution. D’abord, le plastique demeurant dans la chaîne d’emballage doit subir une simplification et une normalisation pour l’ensemble du pays. Il existe en ce moment toute sorte de plastique, certains se recyclent, d’autres pas. Il faut éliminer cette confusion à tout prix. De plus, un meilleur alignement entre la réglementation de la salubrité alimentaire et les obligations environnementales du secteur agroalimentaire doit exister. Cette application doit s’implanter aux divers paliers gouvernementaux. Présentement, avec les nouvelles règles, il reste difficile de voir comment on arrivera à réduire l’utilisation du plastique, surtout pour les fruits et légumes.

Il faut encourager et récompenser l’utilisation d’emballage compostable (polymères à base de plantes). Cette solution semble la plus populaire auprès des Canadiens puisqu’elle ne change pas grand-chose pour eux. Même produit, mais son prix pourrait changer vu les coûts plus élevés associés à cet emballage. Aussi, certains emballages compostables réduisent la durée de vie de certains produits, compromettant ainsi le niveau de gaspillage alimentaire.

Un support accru à la recherche et à la mise en marché de solutions d’emballage compostable avec une participation active des municipalités constituerait un modèle idéal. Les municipalités deviennent ultimement responsables de la gestion des déchets. Alors même si les instances gouvernementales au provincial et au fédéral affichent un comportement zélé, les municipalités méritent d’être écoutées.

Bien sûr, encourager l’industrie à adopter le modèle d’économie circulaire en s’alignant avec la stratégie zéro déchet plastique du gouvernement fédéral en réjouit plusieurs. Même si plusieurs juridictions discutent de taxes et d’interdictions, ces moyens sont souvent considérés comme des mesures populistes ayant des résultats limités et potentiellement compromettants. Cela étant dit, une période d’élimination volontaire des sacs en plastique pourrait s’instaurer partout au pays, afin que les consommateurs et l’industrie aient le temps de s’y habituer.

Bref, même si plusieurs prétendent que le plastique doit disparaître à tout prix, et le plus rapidement possible, le problème demeure difficile à régler. Principalement l’industrie agroalimentaire reconnaît que nous avons un problème. Laissons-lui chance de s’adapter afin qu’elle puisse nous offrir des solutions durables et bénéfiques pour tous.