L’auteur dénonce le fait que la majeure partie de la clientèle de la SQDC est contrainte de fournir une preuve de son âge visiblement légal.
L’auteur dénonce le fait que la majeure partie de la clientèle de la SQDC est contrainte de fournir une preuve de son âge visiblement légal.

Abus de pouvoir à la SQDC?

OPINION / Depuis le 1er janvier 2020 «au Québec, la Loi encadrant le cannabis a changé: l’âge légal pour acheter du cannabis […] ou accéder à un point de vente est maintenant de 21 ans», nous répète la publicité gouvernementale. Mais ce que cette pub omet de dire, c’est qu’une carte d’identité est à présent obligatoire pour entrer dans une succursale de la SQDC, et ce, que vous ayez 21 ans ou 81 ans!

Ainsi, depuis un mois, je me suis buté à différents préposés à l’accueil de boutiques de la SQDC qui ont tous exigé que je m’identifie tout en pointant une affichette ministérielle et en répétant que «maintenant, c’est la loi». Personnellement, j’ai 65 ans, la barbe cendrée et le caillou dégarni; et je ne suis pas du genre béni-oui-oui. Je me vois donc privé de mon droit légal d’acheter du cannabis car je refuse en tant qu’aîné d’être caqrté. (Le gouvernement tient double discours: montrez tous vos papiers aux vigiles de mes pot-rooms; mais prenez bien garde à vos données personnelles.) En me voyant tourner les talons et ressortir, une agente s’est exclamée: «C’est ça, retournez voir votre pusher!»

Sur quel article de la Loi encadrant le cannabis se base la SQDC pour me refuser l’accès à ses magasins? Sur la rédaction alambiquée de cette phrase de son article 36: «Toute personne qui désire être admise dans un point de vente de cannabis ou y acheter du cannabis est tenue de prouver qu’elle est majeure sur demande d’un préposé de la Société québécoise du cannabis.» Texte perverti en obligation systématique de présenter une preuve officielle d’âge légal (comme si mon vieux corps ne l’attestait pas), sans aucun discernement en Mauricie (et ailleurs au Québec?). Une insulte à l’intelligence.

Ce libellé s’apparente pourtant à l’article 13.1 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme, à l’article 25.1 de la Loi sur la Société des loteries du Québec et aux articles 103.5 et 103.7 de la Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques, lois interdisant toutes trois la vente aux mineurs. Or, il y a belle lurette que l’on ne m’a pas carté pour du tabac, de l’alcool ou un billet de loto.

« […] nous accompagnons nos clients en toute confidentialité et tout respect», lit-on sur le site web de la SQDC qui y prétend aussi: «Notre mission consiste à assurer la vente du cannabis conformément à la Loi [...], afin d’intégrer les consommateurs au marché licite du cannabis et de les y maintenir». Je témoigne que c’est mal foutu pour ceux et celles qui portent fièrement leur âge et que vous refoulez vers la rue. Discartés, comme les 18-20 ans. (Capsule de goût: la SQDC embauche à 18 ans…).

Qu’on ne me rétorque surtout pas comme la tout jeune préposée à Shawinigan: «Ben, c’qu’on vous demande c’est juste une carte.» Non pas! Par ce contrôle indu on fait fi de nos droits fondamentaux au respect de notre vie privée et à la sauvegarde de notre dignité et de notre honneur tel qu’inscrits aux articles 4 et 5 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Sans parler de la Canadienne. Se pose donc chez nous depuis le début de 2020 un inacceptable problème étatique d’abus de pouvoir, découlant de l’application aveugle et bête du libellé de la Loi encadrant le cannabis.

Je ne vois ici qu’une juste alternative: soit que le ministre responsable fasse parvenir un rectificatif clair (style: une carte est requise si l’on doute de l’âge légal du client) aux interprètes malavisés des affiches problématiques qu’il a fait placarder à l’entrée de toutes les succursales de la SQDC; soit que ce ministre des Finances, monsieur Éric Girard, fasse appliquer avec la même rigueur zélée cette kafkaïenne politique de cartage systémique à tous ces autres organismes qui relèvent aussi de lui: SAQ, points de vente de tabac et de billets de Loto-Québec. En ce dernier cas cependant, je ne me sentirais plus seul lésé et indigné; j’entends déjà gronder un tollé national.

Vous voulez contraindre la majeure partie de la clientèle de la SQDC à fournir une preuve superflue de notre âge visiblement légal. Et pour ne pas me plier à cette absurdité tout en faisant valoir notre bon droit et dénoncer votre scabreux stratagème, je dois maintenant m’identifier, publiquement. Je ne vous en remercie pas.

Guy Rivard

Trois-Rivières