Abolissons les rodéos!

Des pays comme l’Angleterre, l’Écosse et les Pays-Bas, une vingtaine de villes américaines, de même que des villes canadiennes et québécoises comme Vancouver, Blainville et Saint-Hyacinthe, ont banni les rodéos. Peut-être ont-elles choisi l’éthique avant la rentabilité?

À l’été 2017, la SPCA de Montréal et plus de 600 vétérinaires se sont élevés contre la tenue de rodéos dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal. La SPCA a fait savoir que les activités de rodéo sont incompatibles avec les principes de la loi sur le bien-être et la santé animale et que les rodéos devraient tout simplement être bannis au Québec.

Malgré cette levée de boucliers, les dirigeants de Saint-Tite continuent à faire la sourde oreille en prenant toutes sortes de moyens fallacieux pour protéger leurs intérêts financiers. Vous devriez ériger un monument à la gloire de votre municipalité, représentant la prise du veau au lasso lorsqu’il se fait tordre le cou pour être rabattu violemment au sol. Ce serait un beau symbole de la culture barbare qui perdure depuis 50 ans chez vous. De quoi être fiers pour tous les humains qui aiment dominer les animaux en leur infligeant toutes sortes de souffrances... Après tout, nous sommes la race supérieure de l’échelle animale et pourquoi pas s’arroger le droit de soumettre les bêtes aux caprices de notre volonté?

Vous vous donnez bonne conscience hypocritement en assurant un encadrement pour le bien-être des animaux par un contrôle exercé par des inspecteurs et vétérinaires payés par vous. Je ne suis pas dupe de ce faux-semblant qui maquille le véritable enjeu de votre festival: la rentabilité des rodéos aux dépens d’animaux qui sont utilisés uniquement à des fins mercantiles.

C’est désolant de constater que votre seul argument face à la détresse des animaux est le profit. Vous avez le réflexe des multinationales en prenant tous les moyens pour vous enrichir davantage. Voilà la réalité que vous avez toujours camouflée jusqu’à maintenant et à quel prix pour les animaux. Vous défendez l’indéfendable, vous justifiez l’injustifiable et c’est ce qui m’attriste comme tant d’autres personnes qui dénoncent vos agissements tout à fait aberrants. Comment peut-on se réjouir d’un tel spectacle qui met clairement en péril le bien-être des animaux? Selon M. Pascal Lafrenière, le directeur du festival, les animaux sont sélectionnés d’après leurs aptitudes à participer aux rodéos. Est-ce que les animaux choisis seraient plus aptes à tolérer la souffrance et la détresse que les autres? Ça ne tient pas la route, car j’ai plutôt tendance à croire que ces animaux se rapprochent davantage de l’abattoir par les risques de blessures qu’ils encourent lors des spectacles.

Je suis toujours favorable au développement économique des régions, mais pas pour la vôtre, dû à votre manière de procéder pour y parvenir. C’est pourquoi je ne serai jamais un de vos partisans. Je ne serai jamais dans le camp des «Je suis rodéo», mais bien plutôt dans celui des «Abolissons les rodéos». Vous êtes un autre bel exemple qui démontre bien que l’argent est très souvent le nerf de la guerre dans les affaires humaines.

Je ne serais pas surpris qu’à la suite des appuis qui sont venus à votre rescousse jusqu’à maintenant, votre belle culture édifiante prenne encore plus d’expansion dans l’avenir. L’important avant tout, c’est de savoir protéger les acquis et je pense que vous êtes passé maître en ce domaine. Dans un cas comme le vôtre, je me réfère toujours à la célèbre boutade d’Einstein à qui on avait demandé ce qu’il pensait de la bêtise humaine. Il répondit: «Il n’y a que deux choses infinies: l’univers et la bêtise humaine et encore, pour l’univers je ne suis pas sûr.»

Je salue Me Alain Roy et son équipe qui ont le courage de défendre une cause noble en démontrant une meilleure utilisation de l’intelligence envers les animaux. Bonne chance face aux lobbys de la finance qui soutiennent ces événements absurdes et qui sont scandalisés par votre prise de position.

Michel Dallaire

Trois-Rivières