L’auteur de ce texte est un travailleur en lock-out de l’ABI. Dans la foulée des déclarations du premier ministre Legault, il présente avec ironie certaines propositions pour formuler une hypothèse de règlement.

ABI: petite hypothèse de règlement...

Voici une proposition pour tenter de régler le conflit à l’ABI. On parle souvent du salaire des employés d’ABI, autant dans l’opinion publique qu’au parlement. Le premier ministre «accroche» lui aussi là-dessus, disant qu’avec un tel salaire, on se doit de faire des concessions si on veut être raisonnable. Curieusement, le salaire n’est jamais évoqué dans les négociations et je crois que c’est là que tout le problème se trouve. Pourquoi ne pas mettre le salaire parmi les demandes de concessions?

Faisons un exercice en ce sens… Réduisons le salaire à la hauteur d’une autre demande de l’employeur, disons celle donnée en exemple par notre premier ministre, soit les libérations syndicales. Si on applique les mêmes pourcentages on obtient un salaire annuel de 28 000 $ au lieu du 92 000 $ décrié par l’opinion publique et notre premier ministre. C’est bien mieux que le salaire minimum (25 000 $), donc c’est plus que raisonnable.

Si cette demande avait fait partie de la dernière offre patronale, le syndicat aurait demandé, dans sa contre-offre, un salaire de 35 000 $. Le premier ministre aurait alors déclaré que c’est franchement beaucoup trop, qu’il faut être raisonnable et faire des concessions. Restons-en donc à 28 000 $! Tant qu’a y être, pourquoi ne pas enlever le régime de pension, ainsi que les assurances, et tous les autres bénéfices marginaux. On sait que c’est presque toujours sur ces broutilles que les négociations achoppent; les normes du travail sont bien suffisantes. On peut présumer que certains employés «chialeux» démissionneront alors… et selon l’opinion publique, tous les employés syndiqués de l’ABI sont des «chialeux» sans aucune exception, alors, on peut donc présumer que tous les employés démissionneront, incluant l’exécutif syndical. Bon débarras! Oh! On vient de régler le conflit! Plus d’adversaires, plus de combat.

Il reste un petit détail cependant: on peut aussi présumer que de nouveaux travailleurs ne se bousculeront pas trop à l’embauche étant donné la pénurie de main-d’œuvre et les nouvelles conditions… Qu’à cela ne tienne, il existe une solution simple et qui a fait ses preuves: engageons des Mexicains (quand je parle de Mexicains, j’inclus les travailleurs de certains autres pays latino-américains). Pour ces gens, notre salaire minimum correspond à un très gros salaire dans leur pays, imaginez donc ce merveilleux salaire (on parle de 3000 $ de plus que le salaire minimum, tout de même!).

Idéalement, il faudrait embaucher des travailleurs saisonniers car ceux-ci échappent au contrôle d’immigration étant donné qu’ils sont temporaires. On pourrait créer trois cohortes de 850 travailleurs qui se relayeraient sur une année complète et qui seraient réengagés les années subséquentes. Bien sûr, cela occasionnerait des dépenses de formation, mais ce serait seulement la première année. En plus, ce système élimine les départs en vacances, on donne le 4 % réglementaire au départ d’une cohorte à la fin de son visa, et le tour est joué. Il suffit ensuite d’empêcher toute possibilité de postuler sur des postes devenus vacants (on offre le poste à un nouveau, tout simplement) et on élimine alors tout mouvement de main-d’œuvre. La beauté de ce scénario est qu’il est «exportable» aux autres usines du Québec. En plus, s’il y a présence d’un syndicat, celui-ci ne pourra plus accuser l’employeur d’un recours à la sous-traitance car la sous-traitance coûterait forcément plus cher que les employés réguliers.

Il reste encore un épineux problème à régler: les tarifs d’électricité… Ceux-ci sont une part encore plus importante des coûts de production. Pas de problème: les propriétaires n’ont qu’à menacer le gouvernement de fermer les trois usines, comme ils l’ont fait avec le dernier gouvernement. Le premier ministre se devra alors d’être raisonnable et de faire des concessions pour sauver les 3300 emplois occupés par 10 000 Mexicains qui en ont grandement besoin, tout ça au risque de se faire traiter de «junior» par le prochain gouvernement… Remarquez qu’avec les décisions qui ont déjà été prises par ce gouvernement, il n’y a plus de risque, le premier ministre se fera traiter de «junior» de toute façon. Cependant, celui-ci a une excuse toute faite: la très grande majorité de ses députés en sont à leurs premières armes en politique; ce sont donc des «juniors».

Normand Daigle

Électronicien non reconnu

Lockouté de l’Aluminerie de Bécancour

Trois-Rivières