Jean Boulet

ABI: le ministre met de la pression dans un sens seulement

OPINIONS / En réaction à l’article de Marc Rochette intitulé «Le ministre lance un appel au compromis», publié dans notre édition du 27 avril.

Par ses propos, le ministre Boulet semble vouloir remplacer l’employeur dans ce conflit. Il a suggéré une hypothèse et maintenant il augmente la pression sur les travailleurs pour que ces derniers l’adoptent en leur disant qu’ils en demandent trop en même temps.

Pourtant, il est, semble-t-il, très au fait des processus de relations de travail et du Code du travail du Québec.

Je crois qu’il n’a pas tenu compte de la définition du lock-out dans le Code du travail. Dans un lock-out, c’est l’employeur qui demande à ses employés de faire des concessions et d’accepter ses conditions avant de reprendre le travail et la production pour ainsi atteindre ses objectifs de profitabilité et de rendement envers ses actionnaires.

Ce ne sont pas les employés qui se font revendicateurs dans ce conflit en demandant des augmentations de salaires, des bonifications de leur régime de retraite et des conditions de travail à la hausse.

Même si cela a déjà été dit, je le répète: dans ce cas, le syndicat n’est vraiment pas en mode demande, il est en mode de préservation de ses acquis.

Alors il faudrait que le ministre et son chef cessent de mettre de la pression sur les travailleurs et de dire que le syndicat en demande trop. Ensuite, même s’il se dit être un médiateur facilitateur, il se substitue à l’employeur et y met toute son ardeur pour augmenter la pression seulement sur le Syndicat et les employés.

Ça me semblerait être beaucoup plus le jeu de l’employeur de dire aux employés et à leurs représentants syndicaux qu’il ne faut pas jouer avec le feu, d’évoquer les mauvaises conditions du marché, de préserver cette entreprise-là, de brandir le spectre de l’arrêt des opérations.

L’employeur a-t-il adressé ce genre de propos à ses employés?

Alors pourquoi le ministre ne cesse pas de dire en s’adressant aux représentants syndicaux, que quand tu négocies, il faut que tu fasses des compromis, comme si les travailleurs et leurs représentants ne savaient pas que c’est ça qu’il faut faire pour s’entendre dans une négociation.

Vous voulez négocier, c’est beau... C’est un conflit privé et ça fait 15 mois que je vous aide et ça ne donne pas de résultat, a mentionné le ministre en ajoutant que c’est devenu d’intérêt public.

Monsieur le ministre, pouvez-vous nommer et rendre publiques les concessions que vous souhaiteriez que le syndicat fasse pour mettre un terme à ça comme vous dites? Je peux vous aider un petit peu...

Dans votre appel au compromis et pour donner suite à votre démarche de substitution à l’employeur, dites aux représentants de l’employeur que vous leur suggérez les compromis suivants à demander aux employés syndiqués:

- une baisse de leur salaire de 2,5 % par année pour la durée du contrat;

- l’abolition du régime de retraite à prestation déterminée;

- une banque d’heures annuelle de libérations syndicales laissée à l’entière discrétion de l’employeur;

- le droit d’utiliser du personnel en sous-traitance pour remplacer les travailleurs en vacances ou en absence temporaire;

- le droit d’utiliser sur tous les postes de travail les employés qui ont les compétences sans égard à leur ancienneté;

- une réduction du nombre de postes de 200 travailleurs.

Pour une compagnie qui pourrait cesser ses opérations, c’est une proposition monsieur le ministre, offrez cette liste aux représentants de la partie patronale que vous allez rencontrer pour la suite des choses.

Je ne sais pas si vous ferez ce que je viens de vous dire, mais à votre place, je n’irais pas voir les représentants patronaux; je leur dirais simplement dans une communication téléphonique: allez vous rassoir avec la partie syndicale et négociez, ça presse...

Ça serait plus facile pour vous, monsieur le représentant du gouvernement.

Denis Rioux

Trois-Rivières