Abaisser les taxes ou abaisser la vitesse?

Samedi dernier, une «consultation populaire» avait lieu au Centre des Ormeaux. Le dépliant remis à l’entrée s’intitulait «Vision zéro accident». Il énonçait les thèmes «abordés durant les tables rondes». De tous les thèmes, l’abaissement de la vitesse était le plus populaire. Pourtant, dans le dépliant, aucune donnée statistique n’indiquait dans quelle proportion la vitesse avait causé les «accidents mortels» et les «accidents graves» recensés au cours de dix dernières années.

À ma question sur le nombre d’accidents causés par la vitesse, un policier d’expérience, présent au kiosque de la Sécurité publique de Trois-Rivières, m’a affirmé que les accidents ayant causé des lésions corporelles et des décès au cours des dix dernières années n’étaient que rarement attribuables à la vitesse.

En France, depuis le premier juillet 2018, la vitesse permise sur les routes secondaires est passée de 90 à 80 km/h. Le gouvernement français invoquait une donnée selon laquelle, en 2016, 31 % des décès survenus à la suite d’un accident routier avaient été causés par la vitesse excessive comme le rapportait Le Monde, publié le 9 janvier 2018. Malgré cela, la mesure n’a jamais été acceptée socialement. D’ailleurs, Le Point titrait ainsi son édition du 21 janvier 2019: «Coignard - Limitation à 80 km/h: l’erreur politique de 2018.»

N’y aurait-il pas lieu de recueillir et d’analyser toutes les données disponibles pour bien cerner le problème avant de proposer des pseudo-solutions?

L’application de la loi était un autre thème à l’ordre du jour.

Tous les conducteurs qui ont circulé sur une autoroute au Québec savent que les policiers de la Sûreté du Québec n’interceptent un véhicule routier pour vitesse excessive qu’une fois la vitesse de 120 km/h atteinte ou dépassée alors que la vitesse permise par le Code de la sécurité routière est de 100 km/h. Personne ne peut contester que la vitesse moyenne dépasse cette limite.

Pierre Noreau, professeur de droit à l’Université de Montréal, déclarait au congrès de l’ACFAS en 2017 que cela transformait les automobilistes québécois en délinquants.

Quel est l’impact de cette situation sur notre conduite dans un quartier résidentiel? Probablement difficile à évaluer, mais le sentiment de culpabilité lié à un dépassement de la vitesse permise en milieu urbain ne s’en trouve certainement pas exacerbé. Certains peuvent même croire que la tolérance s’applique aussi en ville.

En conséquence, ne devrait-on pas suggérer au gouvernement québécois d’augmenter la vitesse permise sur nos autoroutes à 120 km/h? Si les autorités policières provinciales le tolèrent déjà, il y a lieu de croire que cette tolérance ne nous met pas en danger sur les autoroutes. Le respect de la limite de vitesse pourrait et devrait ainsi s’appliquer partout.

Et le Grand Prix n’était pas un thème.

Au kiosque de la Sécurité publique, j’ai aussi appris ceci: la surveillance policière accrue au cours du Grand Prix, et même après, permet l’interception de contrevenants auxquels on remet plus souvent qu’en d’autres temps des constats d’infraction reprochant une «grande vitesse» (90 km/h et plus dans une zone de 50 km/h).

Si les policiers surveillent de plus près la conduite automobile au cours du Grand Prix de Trois-Rivières, c’est qu’ils appréhendent l’impact de l’événement sur la conduite des automobilistes trifluviens. Les constats d’infraction émis, pendant et après le Grand Prix, confirment son existence. Comment juguler le danger créé par les grandes vitesses qui semblent provoquées par le mugissement des véhicules automobiles en accélération et la glorification de la vitesse en plein cœur de la cité? Une politique d’abaissement de la vitesse pour les citoyens est-elle compatible avec l’existence du Grand Prix?

À l’intérieur même du Grand Prix, les dernières années sont éloquentes. En 2014, un jeune homme a frôlé la mort à la suite d’un accident dans le Petit Monaco et en 2018, un conducteur de quad est demeuré inconscient après avoir été éjecté de son véhicule. Deux cas de plus pour les statistiques!

Une suggestion: tenir des consultations où les citoyens et citoyennes de Trois-Rivières pourraient suggérer des moyens d’abaisser les taxes plutôt qu’une consultation pour tenter de les convaincre d’un péril dont le Grand Prix de Trois-Rivières fait la promotion: la vitesse.

André Mélançon, avocat

Trois-Rivières