Quebec Solidaire co-spokesperson Gabriel Nadeau-Dubois and Manon Masse wave to supporters as they arrive to launch their campaign in Montreal on Thursday, August 23, 2018. The party has found its support in the same urban ridings where the Parti Quebecois started in the 1970s, among young and educated francophones who want to transform Quebec society. THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

À qui le tour?

Je considère les années soixante comme une période phare de l’histoire politique du Québec. Ce qui paraissait impossible avant la mort de Duplessis (1959) n’a pris que quelques années à se concrétiser: mise en place d’un véritable État-providence, création des ministères de l’Éducation et des Affaires culturelles, nationalisation de l’hydroélectricité, instauration des cégeps et des Universités du Québec. Et tout cela s’est opéré dans un contexte plus large de laïcisation, de défense des droits des travailleurs, de révolution sexuelle. En moins d’une décennie, le Québec avait choisi de s’adapter aux défis de son temps. Le Québec vivait sa «Révolution tranquille».

Est-ce qu’une telle vague de réformes serait possible soixante années plus tard? Ma réponse est oui. Plus encore, je réponds qu’elle serait nécessaire. Le chantier des réformes à mettre en place est vaste: crise écologique mondiale, inégalités socioéconomiques grandissantes, dégradation des conditions de travail dans les secteurs de la santé et de l’éducation, crise de légitimité des pouvoirs politiques. À en croire les «vieux» partis (CAQ y compris), faire de la politique au XXIe siècle, c’est l’art de gérer le quotidien. Et selon cette acception de la politique, nos dirigeants auraient tout simplement l’étroit mandat d’équilibrer les budgets et de gérer les crises au jour le jour. Fini les aspirations et la vision à long terme.

Je refuse cette vision! Je refuse également une vision de la politique qui instrumentalise les défis de demain pour s’assurer une gouvernance aujourd’hui. On sait que les campagnes électorales peuvent servir à se draper de beaux discours. Rappelons-nous l’exemple récent de la campagne fédérale de 2015, alors que le «bitumineux» Trudeau annonçait qu’il allait rompre avec la décennie Harper en matière environnementale. Rupture dans la forme. Continuité dans le fond.

Trois ans plus tard, dans cette campagne provinciale, seul Québec solidaire (QS) propose de prendre un virage à 180 degrés pour faire du Québec un lieu d’avant-garde de la cause environnementale. Seul QS propose de ramener la notion de «bien commun» au cœur des préoccupations des décideurs. QS propose un cadre financier non orthodoxe, le seul qui prévoit une hausse à la fois des revenus et des dépenses de l’État. Ses propositions sont parfois déstabilisantes, car elles obligent une posture progressiste qui force à penser la politique autrement. Mais elles sont ambitieuses et nécessaires pour les générations à venir.

En somme, bien que je comprenne très bien une nostalgie péquiste appelant les solidaires à «mettre fin aux exils» (dixit Aussant), mon constat est le suivant: QS présente aux Québécois une offre réellement distincte de celle du Parti québécois (PQ). Malheureusement, le PQ porte assez mal le projet de souveraineté depuis 20 ans. Et surtout, pour paraphraser un slogan de campagne, il s’est fait «dépasser à gauche» par un véhicule plus rapide, plus vert et plus collectif.

Je suis convaincu que mes grands-parents ont eu raison de placer les libéraux au pouvoir après 14 années consécutives de pouvoir de l’Union nationale (1960). Mes parents ont également visé juste avec le PQ, en donnant sa chance à une jeune formation souverainiste qui promettait de faire la politique autrement (1976). À qui le tour maintenant? Plus tôt qu’on le pense, il faudrait donner sa chance à Québec solidaire.

Daniel Landry

Professeur de sociologie au collégial

Trois-Rivières