À propos de l’«innumérisme»

En réaction à la chronique de David Goudreault intitulée «Le réchauffement du climatoscepticisme», publiée dans l’édition du 4 novembre dernier.

En voyant le titre de l’article de David Goudreault dans Le Nouvelliste du 4 novembre Le réchauffement du climatoscepticisme, je me doutais bien du contenu et du ton de son article.

Je le cite: « [...] j’ignorais l’ampleur du désastre intellectuel dans lequel nous baignons».

On y reconnaît la suffisance, l’assurance d’être les seuls à posséder la vérité absolue, et le mépris envers quiconque ne possède pas l’intelligence pour comprendre le message des verts.

Il est évident que la diversité d’opinion n’a pas sa place en présence de l’extrémisme et de l’intolérance.

À la lecture de l’article de M. Goudreault, deux citations me viennent à l’esprit.

La première: «Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges», écrivait un jour Nietzsche. Et la seconde: «Les statistiques, c’est comme le bikini. Ce qu’elles révèlent est suggestif. Ce qu’elles dissimulent est essentiel», mentionnait Aaron Levenstein, tel que cité dans Statistiques, méfiez-vous!, de Nicolas Gauvrit.

Un seul élément de son article mérite que je m’y attarde, question d’y apporter une précision: «l’innumérisme», qu’il définit comme étant cette incapacité à maîtriser les nombres, les calculs et les raisonnements en découlant. Difficile de ne pas y voir une autre insulte envers les hérétiques que sont les climato-sceptiques.

Sa définition est valable, mais c’est une définition parmi tant d’autres.

Voir Innumérisme: l’illettrisme en mathématiques et ses conséquences de John Allen Paulos, et Understanding Variation – The Key to
Managing Chaos
, de Donald J. Wheeler.

Selon M. Paulos, l’innumérisme est une incapacité à traiter de façon confortable les notions fondamentales du nombre et de la chance. Il ajoute même que ce problème affecte un trop grand nombre de citoyens autrement bien informés.

Donald J. Wheeler est plus direct. Il définit l’innumérisme comme suit: ce n’est pas une incompétence en arithmétique, mais une incapacité à utiliser les outils de base de l’arithmétique pour comprendre les données. Dans les faits, M. Wheeler préfère l’expression numerical illiteracy ou illettrisme numérique. Il considère innumérisme comme un terme plus précis, mais moins explicite.

Même si les références en français font plutôt allusion à la simple maîtrise des nombres, au niveau scolaire par exemple, Paulos et Wheeler s’attardent plus aux individus maîtrisant ou pensant maîtriser les bases de l’arithmétique.

M. Paulos et M. Wheeler sont tous les deux dotés de diplômes Ph. D., le premier en mathématiques, le deuxième en statistiques. Les deux sont des auteurs prolifiques.

M. Goudreault ne semble pas réaliser que cette expression prend tout son sens dans le contexte de gens bien informés en matière des nombres: des ingénieurs, techniciens, diplômés en sciences appliquées et administration des affaires, et oui, y compris les verts!

Je me trompe peut-être, mais de nos jours, il semblerait que l’innumérisme serait un des rares aspects de la société qui n’est pas affligé par les dogmes idéologiques, exception faite de M. Goudreault.

Un individu qui ne maîtrise pas les fondements de l’arithmétique n’est pas dangereux, il est facile à identifier. Le danger vient des milieux scientifiques, techniques, du génie et de l’administration des affaires où l’innumérisme y est très présent. J’en sais quelque chose, je viens de ce milieu.

Un petit conseil pour M. Goudreault: si vous vous débrouillez en anglais, donnez-vous la peine de lire en premier lieu le bouquin de M. Wheeler mentionné dans cet article, et ensuite, celui en français de M. Gauvrit.

Cela vous permettra peut-être de comprendre que ce «désastre intellectuel» qui semble tant vous perturber ne se situe pas exactement où vous le pensez.

Ken Godin

Shawinigan