L’opinion exprimée récemment par Henri Provencher concernant l’aide médicale à mourir a suscité de vives réactions. L’auteure de cette lettre estime qu’on peut être en désaccord avec le propos de celui-ci, cela ne justifie pas des attaques aussi dures comme celle par laquelle on l’accuse de ne pas avoir de compassion.

À propos de la dignité

Le terme souffrance, ou douleur au sens large du mot, est, chez l’être humain, une sensation désagréable parfois même terrifiante. Qui d’entre nous n’a pas vécu de souffrance physiologique ou psychologique, une seule fois dans sa vie? La douleur fait partie intégrante de la vie.

L’intensité de la souffrance physique ou psychologique peut se présenter dans toutes les spirales, passant de la douleur isolée ou passagère jusqu’à l’atroce douleur insupportable, De l’apothicaire au pharmacien des temps modernes, nous désirons tous que les découvertes soient toujours empreintes d’efficience et nous sommes tous favorables à une technologie médicale évolutive et performante. L’attitude des individus envers la souffrance peut varier énormément, selon la mesure où, estiment-ils, elle est légère ou banale, sévère, évitable ou inévitable, utile ou inutile, méritée et issue d’une éducation judéo-chrétienne ou imméritée, choisie ou non voulue, acceptable ou inacceptable.

On parle abondamment de la notion de dignité humaine, particulièrement celle de mourir dans la dignité. Cette notion peut contenir des dimensions multiples, philosophiques, religieuses, et juridiques. En bioéthique, elle fait référence à une qualité qui serait liée à l’essence même de chaque homme, ce qui expliquerait qu’elle soit la même pour tous et qu’elle n’admette pas de degré (Paul Ricoeur, philosophe). Considérée en ce sens, je crois profondément que tout être humain mérite un respect inconditionnel, quels que soient l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, la religion, la condition sociale ou l’origine ethnique de l’individu.

La notion de mourir dans la dignité invoquée conduit cependant à d’importants débats philosophiques. Deux valeurs essentielles que sont la compassion et l’amour doivent être omniprésentes dans nos vies et malheureusement, notre société actuelle est trop souvent en carence de ces deux valeurs.

On me soulignait récemment que le manque de compassion dans notre société faisait réagir. Cette valeur devrait être un élément intrinsèque dans nos comportements envers autrui. Je ne peux qu’applaudir aux résultats de l’introspection. Malheureusement, la méchanceté, les guerres de pouvoir et les ignorances multiples ont trop souvent préséance à la loyauté et à la justice.

Les idéologies s’affrontent lorsqu’il est question d’euthanasie ou d’acharnement thérapeutique mais plus encore sur l’aide médicale à mourir. M. Henri Provencher nous faisait part de son opinion dans votre édition du 14 janvier dernier au regard du cheminement des valeurs qui lui ont été inculquées et je le cite:

«Je m’interroge simplement en me demandant où sont rendues les valeurs qu’on nous a enseignées. J’ose dire tout haut ce que je pense tout bas. Suis-je le seul à penser ainsi et à m’interroger. D’un côté, on dépense des sommes faramineuses pour sauver la vie d’un humain et même d’un animal et de l’autre on cherche le moyen de précipiter une fin de vie. Notre monde est supposé être en pleine évolution et sur le point de donner tout son sens à la vie?»

Les répliques de lecteurs faisant suite au texte de M. Provencher ne se sont pas fait attendre. Le traitant de non-compatissant et d’éligible à se faire greffer un cœur, les mots peuvent dépasser la pensée mais ils sont cruels et injustes pour cet homme. M. Provencher exprimait son opinion tout simplement et sa crainte de voir dériver la loi en devenant de plus en plus permissive. La description que vous faites de M. Provencher n’est pas la mienne. C’est un homme bon, sage, réfléchi, croyant et qui a énormément souffert contrairement à une lectrice qui le soupçonnait de n’avoir jamais connu ce qu’est la douleur. Pour avoir avec courage et détermination mis sur pied la fondation qui porte le nom de sa petite-fille (fondation Cédrika-Provencher), il ne mérite aucunement ces propos.

Chacun et chacune de nous a le libre choix de ses convictions. En ce qui me concerne, mon expérience me permet de voir et de vivre une tout autre dimension de la dignité. Elle ne s’invente pas, ne s’apprend pas, elle se vit et elle se termine en son temps. Tout comme la vie a un début, elle a aussi un terme puisque nous avons tous une finitude et telle cette grande sagesse dont l’écrivain Jean D’Ormesson nous le décrivait si bien dans son œuvre: C’est une chose étrange à la fin que le monde: «la mort ne cesse jamais de nous accompagner… à chaque instant de notre vie, nous sommes en train de mourir». Et, j’ajouterais, de vivre.

Céline Tessier

Trois-Rivières