L’auteur de cette lettre s’adresse aux Canadiens anglophones leur demandant d’être solidaires de leurs compatriotes francophones partout au pays.

À mes amis du Canada anglais

L’auteur, Jean-Pierre Jolivet, a été député du Parti québécois dans la circonscription de Laviolette de 1976 à 2001.

Le 27 octobre 1995 à la Place du Canada à Montréal, vous êtes venus par milliers nous dire que vous nous aimiez et nous prier de ne pas quitter le Canada

Qu’en est-il aujourd’hui?

Êtes-vous solidaires de vos compatriotes francophones comme vous l’étiez en 1995?

Appuyez-vous les récentes dérives du gouvernement ontarien dans ses décisions honteuses et indignes?

Si oui, serait-ce la preuve que vos démonstrations d’amour de 1995 n’étaient que du vent?

Ces derniers jours, j’ai été déçu par le comportement de certains de vos représentants envers nos frères et sœurs francophones hors Québec, en particulier par le comportement du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et par celui du gouvernement conservateur nouvellement au pouvoir au Nouveau-Brunswick, qui est appuyé par les membres de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Les assauts pour enlever ou du moins pour restreindre les droits des francophones de ces provinces ne concordent pas, dans mon esprit, avec ceux conférés par la loi du multiculturalisme de Pierre Elliot Trudeau, loi en vigueur au Canada en vertu de la Loi constitutionnelle de 1982.

Monsieur René Lévesque, ce grand démocrate, s’est toujours battu pour que les anglophones québécois conservent leurs droits prévus par cette loi, loi qui prévoit la reconnaissance du bilinguisme fédéral et des droits des autochtones, ainsi que le respect des droits de tous les Canadiens, sans distinction fondée sur l’origine, la langue ou la religion. Le Québec a toujours appliqué le principe voulant que les services soient donnés en anglais partout où le nombre le permettait.

Alors que les anglophones du Québec ont des écoles régies par les commissions scolaires anglophones, alors qu’ils possèdent leurs cégeps et leurs universités ainsi que leurs hôpitaux anglophones, nous ne pouvons pas en dire autant pour la minorité francophone dans les autres provinces canadiennes.

Il faut se rappeler qu’en 1890, le Manitoba a voté la Loi sur les écoles du Manitoba, abolissant le français comme langue officielle de la province et retirant le financement pour les écoles catholiques.

L’Ontario a ensuite tenté de fermer les écoles primaires françaises en 1912, par l’infâme Règlement XVII, qui a enfin été abrogé en 1927 grâce à la lutte, à la persévérance et à la solidarité entre francophones de l’Ontario et du Québec.

Voici maintenant que l’Ontario, pour des raisons budgétaires, revient sur sa promesse électorale et met fin au projet de la création d’une université de l’Ontario français à Toronto tout en dissolvant le Commissariat des services en français restreignant ainsi les droits à l’éducation française et, qu’au Nouveau-Brunswick, certains voudraient revenir en arrière et abolir le caractère bilingue de la province acquis en 1969.

En s’inspirant du profond respect que le Québec accorde à sa minorité anglophone, il me semble qu’il serait tout à fait de mise que l’Ontario revienne sur ses positions et honore ses promesses électorales en offrant les services promis aux francophones de sa province.

Quant au Nouveau-Brunswick, le gouvernement de M. Higgs devrait résister aux désirs de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick qui voudrait revenir en arrière en abolissant le statut bilingue de leur province, en éliminant le réseau de santé francophone, en mettant fin à la séparation des élèves francophones et anglophones dans les autobus scolaires et en supprimant le Commissariat aux langues officielles.

À cet égard, c’est à l’aune des décisions que prendront prochainement l’Ontario et le Nouveau-Brunswick que le Québec devra forger son opinion quant au réel amour que le Canada anglais porte envers le Québec.

Est-il besoin ici de rappeler que le référendum pancanadien de 1992 (Proposition de Charlottetown) s’est soldé par un NON?

Non au Canada anglais parce que le ROC (Rest of Canada) considérait que le fédéral en donnait trop au Québec et NON au Québec parce que le Québec trouvait que le Fédéral n’en donnait pas assez.

Devant le traitement que les provinces anglophones accordent à nos frères et à nos sœurs francophones de leur province respective, ces derniers ne seraient-ils pas mieux servis si le Québec accédait à son indépendance et leur offrait de l’aide comme pays?

Nous sommes encore dans un dilemme qu’il faudra certainement régler un jour.