88 ans et 70 ans de conduite sans accident!

J’ai travaillé dans le domaine funéraire toute ma vie. C’est à l’âge de 16 ans que j’ai conduit mon premier véhicule, un corbillard avec mon père. Avec ses recommandations très explicites sur quoi faire et quoi ne pas faire sur la route, je m’en suis servi tout au long de ma vie de conducteur, même encore aujourd’hui. C’était une fierté pour moi de voir mon père me laisser le volant lorsqu’on devait voyager à l’extérieur.

À 18 ans, je m’en vais vivre à Montréal pour y étudier et travailler. Quel changement, tout bouge et vite: camions, autos, tramways. Je suis sur la route régulièrement, il va sans dire qu’avec toute cette circulation dense, cela m’a été profitable dans ma façon d’apprendre les pièges de la route et d’étudier les comportements des autres chauffeurs.

Après Montréal, c’est à Saint-Hyacinthe que je vais travailler. À mon travail de directeur de funérailles s’ajoute celui d’ambulancier, il faut dire qu’à cette époque il n’était pas rare que les maisons funéraires aient aussi les ambulances. Je me souviens de mon premier transport, le pied sur l’accélérateur qui tremblait, aller vite pour sauver des vies, activer la sirène pour aviser les autres véhicules qu’ils devaient nous laisser passer, et ce, en évitant de faire un accident. Sur la route 9, il pouvait y avoir facilement dix accidents par semaine, nuit et jour, beau temps, mauvais temps... Que de va-et-vient j’ai dû faire sur cette fameuse route 9 et que de souvenirs à se remémorer!

En 1965, je déménage à Cap-de-la-Madeleine afin de travailler pour la Maison J. D. Garneau. Le même travail m’attendait: transport, ambulance, direction de funérailles et toutes autres tâches connexes, 24 heures sur 24 et parfois 7 jours sur 7.

J’ai passé plus de temps sur la route au cours des années que j’ai travaillé que dans un bureau à compléter des dossiers.

Naturellement, lors des vacances, quoi de mieux que visiter les beaux coins: Gaspésie, Saguenay, Cantons de l’Est, région d’Ottawa et j’en passe.

Enfin, la retraite arrive, pensant me reposer de la route, je m’étais carrément trompé. Moi et ma conjointe avons vécu six mois par années pendant dix ans en Floride: trois jours de route pour aller et trois pour revenir. Au bout de dix ans, nous avons vendu et avons décidé de rester chez nous au Québec. Fini la route!

Je suis devenu, du même coup, chauffeur privé pour les petits-enfants: à l’école, discothèque, hockey, amis et j’en passe. J’ai eu droit, comme cadeau de Noël en guise de remerciement, une plaque d’auto sur laquelle il est inscrit: «Grand-Papa Taxi». Juste à titre personnel, j’ai l’habitude de toujours inscrire mon kilométrage pour chacun de mes déplacements. Ainsi ça me permet – par curiosité on s’entend –, de savoir combien de déplacements et de kilométrage j’ai faits. En devenant le taxi de mes petits-enfants, j’ai fait dans une année 1300 déplacements. Quand même pas mal pour quelqu’un à la retraite.

Et tout ça, sans accident. On pense réduire le nombre d’accidents en baissant la limite de vitesse, probablement pour les accidents mortels mais les autres... La règle première de chaque conducteur devrait être: vigilance, attention constante, prévention et le RESPECT. On ne conduit pas pour nous mais pour les autres.

Denis Michaud

Trois-Rivières