Selon les auteurs de ce texte, le manque criant de main-d’œuvre découle du fait qu’une grande proportion des emplois qui doivent être comblés ne sont tout simplement pas attrayants, que ce soit sur le plan du salaire ou des conditions de travail.

5-10-15: un projet pour le Québec

Les auteurs, Anne-Marie Tardif, Catherine Gendron, Stéphan Béland, Jean-René Leblanc Gadoury et Marc Benoît, sont membres du Comité 5-10-15 Mauricie.

Il est de notoriété publique que le Québec d’aujourd’hui vit une importante crise de main-d’œuvre au moment même où les mesures d’employabilité classiques, bien qu’importantes et nécessaires, démontrent les limites de leur efficacité. Ainsi, après mûre analyse de la situation, nous constatons que le manque criant de main-d’œuvre découle d’une réalité économique incontournable: un grand nombre d’emplois qui doivent être comblés ne sont tout simplement pas attrayants. Pour utiliser un terme anglophone bien connu, le Québec est effectivement en manque de cheap labor, cette masse de travailleurs et travailleuses pauvres qui jadis était prête à accepter n’importe quel emploi, incluant le plus ardu et le moins bien rémunéré.

Devant ce constat, deux solutions crédibles s’offrent à nous. En premier lieu, il est possible d’utiliser les techniques passéistes, coercitives et répressives qui visent à réduire le citoyen sans emploi à une pauvreté telle, qu’il acceptera n’importe quel travail pour ne pas mourir de faim. Prenons note que l’ancien gouvernement du Québec semblait retenir cette approche avec le programme «Objectif emploi» qui, dans les faits, a toutes les apparences d’un programme de réduction à la pauvreté habilement camouflé en projet d’employabilité. Deuxièmement, il existe une alternative moderne et parfaitement réalisable qui vise à rendre les emplois disponibles plus attrayants pour les travailleurs et les travailleuses du Québec. Cette alternative s’appelle le «5-10-15», c’est-à-dire le projet de modifier les Normes du travail afin d’y inclure trois éléments fondamentaux: l’employé doit recevoir son horaire cinq jours à l’avance, bénéficier de dix jours de congé disponibles pour ses propres besoins personnels et, mesure phare du «5-10-15», avoir droit à un salaire au minimum de quinze dollars l’heure. Bien entendu, le projet proposé par le «5-10-15» devrait être flexible et bénéficier d’un appui financier réel de l’état québécois, particulièrement dans le cas des PME qui, a priori, n’auraient pas toujours les reins assez solides pour appliquer l’ensemble des mesures proposées.

C’est pourquoi nous invitons les élus du gouvernement du Québec, les employés et employeurs, ainsi que tous les citoyens et citoyennes de la belle province, à considérer la crise de l’emploi sous un angle nouveau et à donner leur appui aux mesures novatrices du «5-10-15». Soulignons au passage que des entreprises commencent déjà à appliquer certaines de ces mesures telles que, pour citer deux exemples médiatisés; la Maison Simons à Québec et les Magasins Nadeau à Drummondville.

Ainsi, nous souhaitons que le projet «5-10-15» soit appliqué largement et, avec un appui sérieux de l’État québécois, que la problématique de la crise de l’emploi se résorbe de la manière la plus humaine, efficace et moderne qui soit.