Le 4 septembre dernier, une importante mobilisation en soutien à la presse régionale a eu lieu au Musée POP. C’était deux semaines après l’annonce de la mise sous protection des tribunaux pour les journaux du Groupe Capitales Médias.

2019: l’année d’un tremblement de terre régional

OPINIONS / L’auteure, Sylvie Tardif, est coordonnatrice de COMSEP. Elle a été conseillère municipale à Trois-Rivières de 2003 à 2013.

J’aime Le Nouvelliste. J’aime Le Nouvelliste depuis que j’ai douze ans. À cet âge, je commençais par la fin, lisant les résultats sportifs des Ducs, des Draveurs et des Aigles. Adolescente, je surveillais les résultats des sports que je pratiquais. Nous étions euphoriques quand le journaliste Claude Mongrain écrivait un entrefilet de 50 mots sur nos équipes! Depuis 1986, combien d’articles, éditoriaux, photographies ont servi la cause de COMSEP, l’organisme d’aide aux personnes en situation de pauvreté que je coordonne. Dans les années 2000 pendant mon expérience politique, le nombre de textes et de lettres ouvertes – pas toujours élogieuses – qui ont jalonné mon parcours. Et que dire des caricatures de Jean Isabelle, pas toujours élogieuses elles non plus. Je me rappelle d’une caricature qui me présentait avec un chandail des Nordiques et… un triple menton. Comme fan des Nordiques, je voulais avoir ladite caricature. J’ai donc demandé à Jean Isabelle de me l’envoyer, mais avec un menton de moins. Jean avait refusé me disant qu’il faisait dans la caricature et non dans la chirurgie esthétique! Je la ris encore. Toute cette introduction est pour démontrer que Le Nouvelliste fait partie de ma vie depuis toujours.

Le tremblement de terre

Quel jour noir, ce 19 août, quand nous avons appris la réelle possibilité de sa fermeture. En fait, le jour noir est plutôt celui de mars 2015, où la famille Desmarais et Power Corporation ont décidé de larguer leurs journaux régionaux pour sauver leur bateau amiral, La Presse. Larguant ses retraités et vendant ses journaux régionaux à Martin Cauchon, qui n’avait aucune expérience connue de gestion de médias écrits. Quel coup fumant. Que notre quotidien régional, le plus performant au niveau économique et au niveau de la confiance de ses lecteurs, soit abandonné de la sorte. Quel mépris envers notre région! Dès ce moment-là, ça sentait les difficultés à venir.

À la suite de sa mort annoncée, notre région s’est mobilisée comme jamais. On a senti une onde de choc partout. Société civile, lecteurs et lectrices, entreprises, organismes communautaires et secteur culturel, tous se sont levés pour signifier l’importance de ce quotidien dans leur vie ou leur milieu. Le gouvernement Legault a bien senti qu’il devait soutenir rapidement les journaux régionaux qui permettent de garder bien vivantes l’information et la démocratie hors de Montréal.

L’économie sociale en renfort

On a pu voir aussi la force de mobilisation des employés de ces quotidiens qui ont décidé de se battre pour sauver leur bateau qui coulait. Leur choix de créer des coopératives de solidarité est fort judicieux. Le modèle coopératif est un des trois volets de l’économie sociale, tout comme les mutuelles et des organismes à but non lucratif.

Il y a quelques jours à peine, le tribunal entérinait le plan de relance des quotidiens régionaux. Cela marquait en quelque sorte le coup d’envoi de la coopérative de solidarité Le Nouvelliste, dont le conseil d’administration (ci-dessus) a été nommé au début du mois de décembre.

Œuvrant dans ce secteur depuis le début des années 90 et ayant créé avec mes collègues et des partenaires plus de 350 emplois, je sais à quel point cette avenue peut être intéressante. Toutefois, la réussite ne se fera pas sans l’aide et l’engagement de notre milieu. En effet, en plus de la finalité sociale de répondre aux besoins de notre collectivité, de leur autonomie de gestion et de leur gouvernance collective, cette coopérative doit aussi viser la rentabilité économique. C’est le plus grand défi de toute entreprise, mais particulièrement en économie sociale.

Ce que je constate depuis toutes ces années, c’est que les entreprises qui s’en sortent plus facilement sont celles qui ont le soutien de l’État: aide domestique, CPE, culture, etc. Ce sur quoi pourra compter la nouvelle coopérative du Nouvelliste, avec, entre autres, la réduction d’impôt de 35 % sur les salaires des employés.

L’autre défi est l’engagement de notre communauté envers cette entité. Abonnements, commandites, dons, soutien financier, prêts seront sûrement demandés pour garder à flot cette nouvelle entreprise. Il faudra dire «présents!» lorsqu’on fera ces demandes. Déjà, certains ont levé la main: Fondaction, Fonds de solidarité FTQ, Filaction.

Ce qui m’a déçue énormément, c’est la frilosité de Desjardins, la plus vieille coopérative du Québec. Pour nos entreprises d’économie sociale, les caisses Desjardins de nos quartiers ou d’économie solidaire de Québec ont toujours été à nos côtés et certains de nos projets étaient plus risqués.

Or, je ne comprends pas pourquoi Desjardins s’est fait tirer l’oreille pour soutenir un projet vital pour six régions du Québec. C’est dans leur ADN. Le montant qui leur est demandé n’est pourtant pas si élevé.

Pour la suite, il faudra soutenir Le Nouvelliste selon nos capacités, espérer que Desjardins poursuive comme partenaire et que Power Corporation ainsi que la famille Desmarais traiteront les retraités de Groupe Capitales Médias comme ils traitent les retraités de La Presse. Ils ont participé à faire leur richesse en travaillant pour eux toutes ces années.

Si tout le monde met l’épaule à la roue, l’espoir est permis de sauver notre Nouvelliste et de lui souhaiter encore un autre 100 ans!