Cannabis: encore beaucoup de travail à faire

ÉDITORIAL / Manifestement, il y a encore du travail de sensibilisation à faire concernant la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis. Particulièrement chez les 18-34 ans. C’est une des conclusions qu’on peut tirer en prenant connaissance des résultats d’un sondage commandé par l’Association canadienne des automobilistes (CAA).

Le sondage en question révèle que le quart des jeunes Canadiens de 18 à 34 ans auraient déjà conduit après avoir consommé du cannabis ou été passagers d’un véhicule dont le conducteur avait les facultés affaiblies par le cannabis. C’est considérable. Le CAA estime qu’il est, à la lumière de ces résultats, nécessaire d’accroître la sensibilisation du public sur le sujet. Cela doit, en effet, devenir une priorité.

Jusqu’à maintenant, les publicités sociétales sur le sujet, notamment celles de la Société de l’assurance automobile du Québec ou celles des gouvernements fédéral et provinciaux, ne frappent pas l’imaginaire comme elles le devraient. Plusieurs campagnes précédentes, particulièrement sur la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool, se sont avérées très percutantes et avaient des conséquences positives directes sur le comportement des clientèles visées.

Mais avec la consommation de drogue, on est plus souvent dans des publicités qui font rigoler plutôt que dans des messages qui dérangent. Il faudra certainement réajuster le tir.

Il faudra, particulièrement, convaincre les jeunes qui consomment du cannabis et qui décident de prendre le volant que le geste qu’ils posent est aussi dommageable que de conduire sous l’influence de l’alcool. Il y a un écart injustifié de 16 points de pourcentage entre l’importance de prévoir d’autres moyens de rentrer à la maison après avoir consommé de l’alcool (reconnue par 86 % des répondants du sondage) et l’importance de faire de même après avoir consommé du cannabis (70 %).

Encore trop de jeunes considèrent que la consommation de cannabis n’altère pas leurs facultés de conduite. Les effets de la consommation d’alcool et de la consommation de cannabis ont beau être différents, il n’en demeure pas moins que les deux ont un effet ralentissant sur les réflexes, ce qui constitue une cause de nombreux accidents.

Il est intéressant de constater que les résultats du sondage mené pour le compte du CAA sont similaires à ceux d’un sondage fédéral réalisé il y a un peu plus de deux ans, avant que le gouvernement libéral de Justin Trudeau légalise le cannabis. Ce sondage révélait alors que 28 % des répondants disaient avoir conduit un véhicule sous l’influence du cannabis. Et plus du tiers des personnes interrogées indiquaient avoir été un passager dans une voiture où le conducteur avait fait usage de cannabis. Même similitude pour la perception de l’absence de risque pour la conduite automobile: 17 % dans le sondage fédéral en 2018 contre 15 % pour le plus récent sondage du CAA.

Plus d’un an après la légalisation du cannabis à des fins récréatives, on peut donc faire deux constats: la catastrophe appréhendée avant la légalisation n’a pas eu lieu et il importe de maintenir voire d’intensifier les campagnes de sensibilisation ou de prévention.

Essentiellement, la légalisation a libéré les consommateurs du caractère illégal du geste qu’ils posaient en consommant du cannabis et a eu pour effet de leur donner accès à des produits de qualité accompagnés d’une information précise et contrôlée.

L’impact de la légalisation s’est manifesté dans les semaines qui ont suivi la légalisation: on a alors remarqué une légère hausse de la consommation, mais celle-ci s’est stabilisée par la suite.

L’approche paternaliste de la réglementation associée à la consommation de cannabis aurait y a peut-être été pour quelque chose. Maintenant, les gouvernements et les organismes auraient avantage à déployer des campagnes publicitaires plus musclées pour sensibiliser aux dangers de la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue.