Nous entendons beaucoup parler des cadeaux qui pleuvent, courtoisie du gouvernement libéral.

Cadeaux électoraux, dites-vous?

En ce début d’année électorale au Québec, nous entendons beaucoup parler des cadeaux qui pleuvent, courtoisie du gouvernement libéral, qui après deux années d’austérité, nous redonne ce qu’il nous a enlevé pour que nous les reconduisions au pouvoir plus tard cette année. Il ne faut pas s’en étonner, tous les gouvernements tentent de le faire puisque c’est une bonne façon de gérer dans la façon actuelle de faire de la politique.

Il s’agit donc de faire avaler les pilules difficiles en début de mandat pour se dégager une marge de manœuvre afin de mousser sa popularité juste avant les élections, puisque le but ultime de tous les partis politiques en démocratie est d’être réélu. Nous ne pouvons que constater que les libéraux de M. Couillard ont réussi de belle façon.

Mais comment pourrait-il en être autrement? Ne soyons pas hypocrites! Si un candidat ou un parti proposait en campagne électorale de faire ce qu’il faut pour redresser une situation économique difficile en ne demandant qu’un seul mandat pour faire le ménage, très peu de gens voteraient pour lui. On obtient donc ce qu’on est prêt à soutenir de notre vote et, depuis 40 ans au Québec, pour les 50 % qui votent, c’est la rivalité entre deux partis politiques qui se surpassent à nous endetter pour nous séduire en nous convainquant à coups de dizaines de millions de ne pas voter pour l’autre.

Donc les libéraux ont réussi l’exercice mais il n’est pas certain qu’ils en retireront le prix ultime, soit quatre autres années au pouvoir. Pourquoi? Il y a toutes ces histoires de copinage entre ministres et big shot de l’économie québécoise qui agacent de plus en plus de gens, mais surtout les magouilles obscures qui entourent ces amitiés lucratives. Bien qu’il n’y ait rien de prouvé encore, on se dit qu’il n’y a pas d’odeur sans pet.

Les libéraux auraient cependant pu faire beaucoup mieux dans cet exercice de redressement des finances publiques. Ils ont réduit le rythme des dépenses et réaligné certaines priorités, mais les façons de faire des ministères n’ont pas été affectées outre mesure. Il n’y a qu’à lire le Bulletin des ministères publié par L’Actualité pour s’en convaincre: «Dix-sept ans après l’adoption de la Loi sur l’administration publique […] seulement quatre ministères (sur 13) obtiennent la note de passage.» En somme, je veux dire que malgré une autre vague de coupures qui a duré deux ans et fait mal à bien des gens, le système n’a fondamentalement pas changé et nous revoilà à la case départ. Le gouvernement réinjecte des fonds dans une bureaucratie qui n’a pas foncièrement modifié ses façons de faire où le gaspillage est honteusement ignoré.

Mon expérience personnelle dans un important ministère fédéral m’a appris que les gestionnaires à tous les niveaux ne résistent pas à la nature humaine de protéger ses acquis. Quand nous donnons des responsabilités à un individu, il cherchera naturellement à se bâtir un petit empire qui servira à le faire bien paraître. Tous souhaitent être bien perçus et obtenir de l’avancement et des promotions.

Quand vient le temps de sabrer les dépenses, la première chose à faire est d’aligner les procédés et les choix sur les priorités, dire non à ce qui n’en fait pas partie et réassigner le personnel aux choses importantes. Mais ce n’est pas ce que les gestionnaires font car ça voudrait dire qu’il leur sera beaucoup plus difficile d’impressionner les patrons et être promus, d’autant plus que le collègue dans le département à côté ne fera pas ces rationalisations essentielles et s’attirera toutes les faveurs n’ayant pas amputé sa capacité à charmer. Ils coupent donc dans les services et se plaignent ensuite que ce n’est pas de leur faute, ce sont les décisions du gouvernement. Soyons clairs, je ne parle pas ici de malveillance, mais bien de nature humaine.

Dans ce contexte, les ministres n’ont pas le temps ou même la connaissance fine de tous les rouages de leur ministère pour s’assurer que les actions suivent les intentions. La meilleure solution est d’embaucher des pros de la rationalisation pour faire un exercice complet et durable.

Ceux-ci peuvent aussi être mis à profit pour élaborer les plans stratégiques des ministères comme le prévoit la Loi sur l’administration publique. Il est totalement irresponsable de ne pas le faire dans les plus brefs délais et de s’assurer de faire beaucoup mieux avec les ressources disponibles. Les Québécois sont en droit d’en avoir pour leur argent.

Louis Fortin

Trois-Rivières