Constat d'infraction

Billet de faveur au goût amer

J'agis comme bénévole au sein d'établissements de santé et d'organismes communautaires de Trois-Rivières et aussi lors d'événements ponctuels. Je le confesse, par souci d'enrichissement personnel puisque donner c'est aussi recevoir.
En décembre dernier je participais à une clinique de vaccination au CIUSSS (pavillon Saint-Joseph). Un peu pressé, ayant débuté ma journée avec un rendez-vous médical, je me stationne dans un espace réservé aux détenteurs de vignette et je m'empresse de joindre l'équipe de bénévoles déjà en place.
À la fin de journée, surprise! Je retrouve un constat d'infraction de 43 $ déposé dans mon pare-brise pour un véhicule non muni d'une vignette apposée au pare-brise ou au rétroviseur. Oups, ma vignette est entre les deux sièges avant de ma voiture, j'ai oublié de l'afficher, l'utilisant très rarement.
Le poste de police étant sur mon chemin de retour, je rencontre un très gentil policier qui, sincèrement désolé, me suggère d'écrire à la cour municipale, d'expliquer cet oubli et de joindre une photocopie de ma vignette. Je m'exécute aussitôt en plus de signaler candidement que le numéro de plaque sur le constat d'infraction comporte une erreur dans un des chiffres, je confirme ma condamnation.
Deux mois plus tard, le greffier, au nom du procureur de la Ville, m'annonce que la poursuite est maintenue et que des frais supplémentaires de 94 $ s'appliqueront si je maintiens ma contestation et que je suis reconnu coupable. Craignant un jugement qui s'appuie sur la lettre de la loi plutôt qu'une décision appuyée sur le bon jugement, je baisse les bras. Dura Lex sed Lex (La loi est dure mais c'est la loi), disait le notaire de Séraphin.
Il me revient à la mémoire une controverse concernant nos élus municipaux et l'annulation de constats d'infraction et même une remarque de notre maire sur le malaise d'une contravention à payer pour un homme d'affaires en visite pour investir à Trois-Rivières, pas très invitant selon lui. Pas plaisant non plus pour un bénévole qui est en droit cependant, mais qui oublie de l'afficher.
Tout à coup je me souviens qu'à la fin de l'été 2016, comme bénévole au sein d'un organisme, on m'a offert un billet de faveur pour le spectacle d'un humoriste à l'amphithéâtre, j'ai passé mon tour, manque de temps et d'intérêt. Ce billet devait valoir autour de 43 $ sans doute. Par contre, malgré mon opposition au projet d'amphithéâtre, quelques semaines avant, j'ai assisté à mes frais au spectacle du Cirque du Soleil. 
Cette histoire m'a donné le goût de contacter mon conseiller municipal au cas où il aurait encore de nombreux billets pour l'été prochain; au nom de la Ville il pourrait s'excuser de cette intransigeance avide.
Mais à bien y penser, pas question de cautionner ce genre de privilège. Il me reste le goût amer de soutenir par mes taxes et ce constat d'infraction, une corporation qu'on dit rentable (retombées incalculables, emplois multiples, semble-t-il) hautement subventionnée, dont la contestation exprimée démocratiquement a été contournée par des surplus accumulés par notre ville.
Peut-être que mon constat servira à offrir un billet de faveur, finalement...
Jean-Pierre Gagnon
Trois-Rivières