La tenue de registre pour le règlement d'emprunt de 53,1 millions $ associé au projet de construction d'un nouveau colisée bat son plein jusqu'à jeudi à l'hôtel de ville.

Avons-nous les moyens de rouler en Ferrari?

Cela fait plusieurs mois que j'essaie de me faire une tête sur le projet du colisée. Aujourd'hui, ce que je peux dire, c'est que peu importe que l'on soit pour ou contre, une chose est sûre: en tant que citoyens, nous ne sommes pas bien informés. Alors comment peut-on prendre une décision éclairée, comment peut-on se prononcer en ayant aussi peu d'information?
Ce que j'entends, c'est que les joueurs ont besoin de plus de glaces. Les arénas ne suffisent pas à Trois-Rivières. Principalement parce que les jeunes sont à l'école le jour, et les moins jeunes, au travail.
Donc le soir et les fins de semaine, tout le monde réquisitionne les glaces en même temps. Un colisée permettrait donc d'ajouter deux glaces supplémentaires. Mais ça, c'est à condition que celle de Cap-de-la-Madeleine ne soit pas fermée et que celle de Trois-Rivières-Ouest ne devienne pas une bibliothèque, auquel cas tous les efforts pour avoir plus de glaces s'annuleraient. 
Donc si on part de là, le besoin premier auquel doit répondre le colisée est de fournir des espaces supplémentaires pour les jeunes et moins jeunes qui jouent au hockey. C'est très louable en soi, sauf que peut-être que moi, qui ne joue pas au hockey, et dont le fils ne joue pas non plus, n'ai pas envie de payer pour ça.
Et peut-être que mon voisin qui lui, n'a pas d'enfant, n'a pas envie non plus de payer pour ça. Mais peut-être que oui aussi. Peut-être que comme population, nous sommes prêts à dépenser notre argent pour que ces enfants et ces adultes puissent pratiquer leur sport à des heures plus convenables et permettre aux parents de souffler un peu et ne pas devoir s'absenter du travail parce que fiston a une partie de hockey à 15 h 30.
Mais si c'est le cas, je pense que c'est justement à nous (la population) de faire ce choix. Et pas seulement en cochant une case, mais en étant informés adéquatement des pour et des contre, ainsi que des besoins réels et bien analysés auxquels répond cette méga infrastructure. 
C'est facile de dire «oui je le veux». Mais «oui je le veux» ne veut pas dire «oui je le peux». Demandez à un fan d'automobile s'il veut une Ferrari et il vous dira certainement oui, mais ça ne veut pas dire qu'il sera en mesure de la payer.
Parce qu'il faut garder en tête que le colisée n'est pas un investissement. C'est une dépense, et une grosse, pure et dure. Il n'y aura pas de retour sur investissement. Il y aura des coûts d'entretien, des frais pour les infrastructures, des employés à payer. Le colisée n'est pas acheté par une compagnie privée. Entendons-nous, il est public, donc payé par nos taxes, qui viennent de nos poches. 
Et n'oublions pas que du temps de glace, ce n'est pas gratuit. Donc pour l'utilisateur aussi, il y aura des frais de location de glace qui s'ajouteront à ceux déjà payés par ses taxes. Seront-ils aussi exorbitants que ceux du nouveau Colisée de Québec qui peuvent aller jusqu'à 3000 $ pour une heure et demie?
Ce qui m'amène à me demander si on a vraiment évalué le projet sous tous ses angles. A-t-on pesé les pour et les contre? A-t-on analysé les forces et les faiblesses d'un tel projet ou a-t-on simplement dit «oui je le veux»?
Si ce qu'on veut, c'est permettre à nos joueurs de jouer, alors quelle est la pertinence de faire aussi gros? Cinq mille places, vraiment? A-t-on vraiment besoin de tous ces sièges? A-t-on besoin de plus de places ou plus de glaces? À ce que je sache, les joueurs sont sur la glace, pas assis sur des sièges. Et ce sont pour eux que nous bâtissons le colisée. À moins qu'il y ait d'autres raisons? Mais ça, je ne le sais pas, on ne m'en a pas informée. 
Avant d'entreprendre d'autres projets d'envergure dont le paiement s'ajoutera à celui de toutes ces belles idées de grandeur, réfléchissons. Réfléchissons, et demandons-nous ce que nous voulons pour notre ville. Et si c'est un colisée, j'espère au moins que ce sera parce que nous avons été consultés. 
Valérie Renaud-Martin
Trois-Rivières