Avoir cent-vingt-douze ans...

OPINIONS / C’est probablement l’âge que les teen et les vingtenaires me donneront si jamais cet article leur était lu. Les journaux écrits leur seraient plutôt inconnus. Méconnus? Dommage!

Parce que j’ai toujours cru qu’une démocratie doit être une démopédie constante et renouvelée. Une éducation de la population conviée à se prononcer de façon démocratique sur des sujets importants.

Comme: un gouvernement; un système de santé; un régime scolaire; un budget de répartition juste, équitable, sans échappatoires (ça, vraiment, ce n’est qu’un rêve); un système d’impôt équilibré; la protection des terres contre l’achat et le détournement de vocation…

L’éducation, l’instruction, la formation de la population à la démocratie arrivent – entre autres – par les journalistes et les journaux. Le douloureux abîme dans lequel les quotidiens régionaux écrits voient leur route se terminer à défaut d’un redéploiement des argents réalisés par le marketing dans la publicité électronique est d’une tristesse sans nom. D’une immaturité déplorable.

Comme Trifluvien indécrottable, je soutiens mon quotidien Le Nouvelliste du mieux que je peux. Je n’aime pas tout ce que j’y lis mais j’aime lire ce qui me déplaît, me confronte, m’indispose autant que ce dans quoi je reconnais des valeurs communément partagées.

«Ce qu’il y aurait de bon avec un gouvernement élu ouvertement social-démocrate, c’est qu’il saurait qu’il a été élu par des personnes affûtées, à l’esprit alerte, suffisamment instruites. Un tel gouvernement s’affairerait à rendre l’école obligatoirement réussie pour tout le monde jusqu’à l’âge adulte. Ainsi, toute la société se porterait mieux».

C’est à partir de ce jour-là que la démocratie saurait être rentable. Il faut absolument qu’elle le devienne pour éviter le péril de s’amoindrir dans le «moins d’État». Tellement trop d’argent ne revient pas à qui choisit encore de s’exprimer en démocratie.

Sinon, en toute démocratie émotive, les dirigeants avoueront leurs incapacités à réglementer ce qu’ils appelleront «la sphère privée»… des affaires publiques… en se lavant les mains. Oubliant qu’en démocratie, tout est public.

Essayez d’imaginer la région, et Trois-Rivières même, sans la sagacité, la finesse, la clairvoyance, la perspicacité des journalistes sur le beat et des journalistes- éditorialistes. Notamment du Nouvelliste.

Bien honnêtement c’est la démarche démocratique qui serait mise à mal par la disparition des journalistes et du journal lui-même. C’est sûr que l’Hebdo, la Gazette, Radio-Canada et TVA sont présents. De même que les radios et plateformes diverses. Leurs assignations ne sont pas les mêmes qu’un quotidien écrit.

La parution quotidienne d’un journal est nécessaire et impérative à une bonne marche de ce qu’il faut bien nommer «le système démocratique».

Les journalistes dérangent. Souvent. Avec raison et bon sens. Il y en a beaucoup pour tenter de les faire taire. Contentons-nous de citer Stephen Harper (non! Il ne vient pas du 19e siècle) et Yves Lévesque.

Il faut se souhaiter bonne chance et triple merde. Parce que l’audace et le courage, l’imagination et l’innovation n’ont plus grande valeur à la «Bourse politique des valeurs».

On se quitte sur une p’tite question: quand je prends un abonnement auprès d’un nouveau commerce et qu’il me charge TPS et TVQ, est-ce que je paye une «nouvelle taxe»? Trudeau a bien l’air de dire «oui» pour Netflix et les autres. Nous prend-il pour des caves? Y en a un autre qui «chire» sur l’avortement… c’est un autre débat mais c’est encore de la politique en démocratie.

Protégeons Le Nouvelliste et «donnons-nous, aujourd’hui, notre journal quotidien».

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières