Avant l'assurance dentaire pour tous

ÉDITORIAL / On peut se moquer et juger irréaliste la proposition de Québec solidaire d’instaurer une assurance dentaire publique et universelle qui coûterait près de 950 millions $ par an aux contribuables. La formation politique met néanmoins le doigt sur un réel bobo que les autres partis ne peuvent ignorer à moins qu’ils acceptent que les Québécois continuent d’afficher un des pires états de santé buccodentaire au pays.

L’assurance dentaire publique et universelle est loin cependant d’être l’unique solution pour réduire les caries, les maladies péridentaires et l’édentation. Si le Québec estime qu’il n’a pas les moyens de faire un ajout dans le panier de services couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) parce que les coûts du système de santé exercent déjà une forte pression sur son budget, il peut agir sur d’autres fronts. 

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«L’ajout de fluor à l’eau de consommation est un premier pas élémentaire dans une démarche qui se veut crédible», plaidait en 2013 l’Ordre des dentistes du Québec. Il rappelait que «les Québécois sont les Nord-Américains les plus affectés par la carie et les maladies péridentaires, ils sont les édentés, les porteurs de dentiers.» Un dollar investi en fluoration pourrait réduire de 38 $ à 60 $ la facture de soins dentaires.

La fluoration de l’eau est un moyen efficace et économique préconisé également par l’Organisation mondiale de la santé, l’Institut national de santé publique du Québec, le Collège des médecins et largement appuyé par la communauté scientifique internationale. 

Son acceptabilité sociale fait toutefois grandement défaut au Québec. Seulement 3 % de l’eau potable est ici fluorée — même si le Québec reconnaît l’importance de la fluoration de l’eau dans sa propre loi sur la santé publique- comparativement à 76 % en Ontario et 72% aux États-Unis. 

Les élus doivent s’attaquer à ce problème avant d’alourdir le fardeau public. 

Des économies et des gains dans l’accessibilité aux soins pourraient par ailleurs être réalisés si les hygiénistes dentaires jouissaient d’une plus grande autonomie et pouvaient notamment faire le tour des écoles et des CHSLD pour faire de la prévention et donner des services. Dans d’autres provinces, elles peuvent pratiquer sans être sous l’autorité d’un dentiste. 

À la condition que certaines balises soient fixées, l’Ordre des dentistes appuie une plus grande autonomie des hygiénistes. L’Association des chirurgiens dentistes s’y oppose cependant. Un futur gouvernement devra mettre fin à ces tiraillements entre professionnels qui perdurent en ce domaine aussi depuis des années. 

Avant d’élargir la couverture publique ou de la rendre universelle, il y a lieu aussi d’examiner comment les services actuels sont utilisés.

En 1974, le gouvernement libéral avait instauré un programme pour les enfants de moins de 16 ans. À partir de 1992, la couverture a été réduite. Aujourd’hui, à moins d’être bénéficiaires de l’aide de dernier recours, seuls les enfants de moins de 10 ans sont couverts par le régime public. Les coûts d’un nettoyage, d’un détartrage, d’une application de fluorure et d’un scellement de puits et de fissures ne sont toutefois pas assumés par la RAMQ.

La couverture a été restreinte au fil du temps certes pour réaliser des économies, mais aussi parce que Québec constatait que le programme profitait davantage aux mieux nantis. Ce n’est sûrement pas l’objectif premier des troupes de Manon Massé de mettre plus d’argent dans les poches des plus riches.

D’où la nécessité de bien cibler les clientèles et de prévoir des campagnes de sensibilisation et d’éducation pour rejoindre les personnes plus vulnérables et éviter que celles-ci aboutissent à l’hôpital faute de prévention en amont.