Aux parents des présumés tueurs du triple meurtre

Tout d'abord, j'aimerais vous exprimer mes plus sincères sympathies pour tout ce que vous devez traverser depuis une semaine.
On ne se connaît pas, mais c'est également vers vous que vont mes pensées les plus sincères. Vous qui vous sentez présentement comme les pires parents en partie responsables des gestes de vos fils. Vous n'osez probablement plus sortir sans avoir peur de vous faire montrer du doigt. Vous essayez de comprendre ce que vous auriez dû faire pour éviter ce drame. Vous devez vous montrer forts afin de consoler les autres membres de vos familles qui sont eux aussi démolis.
J'entends beaucoup de commentaires accusant les parents d'avoir manqué à leur devoir parental dans cette affaire. Mais qui sommes-nous pour juger aussi sévèrement?
On pense toujours aux parents des victimes d'un drame, et c'est normal. Mais vous êtes également victimes de cette tragédie. Vous devrez vivre avec cette histoire horrible pour le reste de vos jours et, d'une certaine façon, vous avez aussi perdu votre enfant dans cette tuerie. Plus rien ne sera comme avant.
Étant moi-même mère de deux garçons (17 ans et 14 ans), je peux comprendre ce que vous pouvez ressentir et comment ça peut vous faire mal. Il est facile de jeter le blâme sur les parents qui ont failli quelque part dans leur rôle de soutien à leurs enfants. On a beau leur donner tout l'amour, le respect et les valeurs qu'on est en mesure de leur fournir, avec le temps, ils en font ce qu'ils veulent. Ils deviennent des êtres à part entière qu'on doit laisser voler de leurs propres ailes afin qu'ils apprennent à vivre en société. Un jour ou l'autre, ils doivent assumer leurs faits et gestes sans qu'on soit derrière eux.
La période la plus difficile à gérer en tant que parent est, selon moi, l'adolescence. Je le sais parce que je suis en plein dedans. Combien de fois j'ai entendu: «p'tits enfants, p'tits problèmes; grands enfants, grands problèmes.» Ils sont dans la période de leur vie où ils cherchent leur propre identité et tentent de frayer leur chemin parmi les autres. C'est souvent là qu'on les perd de vue et qu'ils se ferment à nous. Ils en ont assez qu'on décide pour eux.
Ils croient qu'on ne comprend plus la réalité de leur génération et qu'on ne fera que les juger. Pourtant, c'est à cet âge qu'ils ont le plus besoin de nous. Ils ont besoin qu'on soit là pour les écouter et leur venir en aide lorsqu'ils se sentent en détresse à l'intérieur. On doit être là pour leur servir de figure d'adulte responsable. Mais, à cet âge, beaucoup se ferment à nous. On ne fait plus partie de leur source de réconfort et de conseils. Ils vont chercher leur support dans toutes sortes d'alternatives qui, souvent, ne font qu'aggraver la situation.
Toute cette histoire m'a fait prendre conscience qu'en tant que parent, je dois prendre le temps de m'asseoir avec mes ados pour parler de sujets qui les inquiètent. Je devrais répondre à leurs questions sans les juger, les conseiller dans leur cheminement.
C'est probablement ce que vous avez tenté de faire vous aussi. Mais lorsque nos enfants ne veulent pas se confier à nous, il est assez difficile de saisir le fond de leurs pensées. Je ne peux donc pas vous juger puisque ceci aurait pu m'arriver à moi ou à quiconque lirait cette missive. J'envie les parents qui réussissent à communiquer ouvertement avec leurs ados. Mais il n'y a malheureusement pas de recette miracle. Autant d'adolescents pour autant de façons de faire et aucune garantie de méthodes infaillibles.
C'est pourquoi je ne peux que vous transmettre mes plus sincères pensées en cette période difficile de votre vie. À vous autant qu'à toutes personnes affectées de près ou de loin dans cet événement tragique. Ne prenez pas tout sur vos épaules si vous voulez passer au travers vous aussi. Je vous souhaite bonne chance et bon courage pour la suite des événements.
Line Langlois
Trois-Rivières