Au cours des prochaines années, près de 3000 nouveaux médecins de famille viendront gonfler les rangs des effectifs.

Aucune raison d'être pessimiste

L'auteur, le Dr Pierre Martin, est le président de l'Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie.
Automne 2008, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec sonne l'alarme. C'est deux millions de Québécois qui n'ont pas de médecin de famille. De loin la pire performance au Canada.
Le constat est cinglant, mais plus encore l'analyse des causes de cette triste situation résiste à la critique; on investit que trop peu dans la médecine de première ligne avec comme conséquence un exercice professionnel qui est fait dans des conditions désuètes et qui n'attire plus les jeunes étudiants vers ce secteur professionnel laissé à l'abandon par les gestionnaires du système.
Les solutions proposées sont bien campées dans le plan de valorisation de la médecine familiale mis de l'avant par la FMOQ à la suite de ce diagnostic. Ce plan réclamait des actions sur trois grands axes: l'enseignement, le support à la pratique et la réduction des écarts de rémunérations entre médecins de famille et spécialistes.
Beaucoup a été fait et a nécessité des investissements en médecine de première ligne qui étaient des incontournables si on voulait véritablement atteindre les résultats dorénavant à l'avant-plan dans les demandes du public courtisé par les divers partis politiques. Sur le plan des effectifs médicaux, les décisions prises dans les années qui suivirent l'alarme sonnée par la FMOQ porteront bientôt leurs fruits. Ainsi, de 2015 à 2020, c'est près de3000 nouveaux médecins de famille qui viendront gonfler les rangs des effectifs en place au Québec pour un ajout net voisinant les 2000 médecins de famille.
Bien sûr, il fallait attendre de terminer la formation de ces nouveaux médecins pour enfin alléger le sort de tous ceux et celles qui n'arrivaient que péniblement à obtenir des services médicaux. Alors pourquoi tant de messages négatifs entendus ces jours-ci? Pourquoi tant d'impatience alors qu'on est si près du but? Et surtout pourquoi tant de messages visant à faire mal paraître les omnipraticiens qui ont eu le courage de confronter nos élus et réclamer les investissements nécessaires à l'obtention d'une médecine de première ligne moderne et accessible?
Qui dit investissement dit opportunités pour une foule d'autres professionnels de réclamer une part de ces argents investis en médecine de première ligne. Aussi, pour nos gouvernements, pourquoi ne pas tenter d'obtenir des services médicaux à rabais faits par d'autres professionnels que des médecins?
C'est ainsi qu'on a vu apparaître les pharmaciens de famille et plus récemment les cliniques de proximité réclamées par les syndicats d'infirmières qui n'hésitent pas à promouvoir leur modèle de services visant à profiter des nouveaux investissements en médecine de première ligne. Mais plus triste encore que le simple fait de réclamer une part de ces investissements en première ligne est la banalisation de l'exercice professionnel du médecin de famille.
Prétendre pouvoir prodiguer à juste titre les conseils pour prendre soin d'un rhume ne permet pas d'occulter la démarche diagnostique qui doit mener à s'assurer qu'il s'agit bien d'une condition mineure. Les exemples sont trop nombreux de patients qui ont consulté avec des symptômes banals qui ont donné lieu à des diagnostics loin d'être aussi banals qu'on le croyait initialement.
Nul besoin d'inventer de nouveaux modèles de service. Nul besoin de confondre le public avec des appellations grotesques. Les ordonnances collectives sont des outils qui existent déjà, qui sont malheureusement nettement sous-utilisées, mais qui nous donnent tous les moyens d'optimiser l'organisation des services de première ligne tout en maximisant le travail interprofessionnel et éviter ainsi de perpétuer l'isolement traditionnel des différents intervenants.