«On sourira sans doute en lisant que je suis animatrice de pastorale. J’en suis plutôt fière : près de 20 % des élèves du collège où je travaille participent, chaque année, à l’une ou l’autre des activités que je propose.»
«On sourira sans doute en lisant que je suis animatrice de pastorale. J’en suis plutôt fière : près de 20 % des élèves du collège où je travaille participent, chaque année, à l’une ou l’autre des activités que je propose.»

Au plus fort la puck: pour le développement intégral des jeunes

Valérie Laflamme-Caron
Animatrice de pastorale
POINT DE VUE / Quand je suis arrivée à l’école, ce vendredi, la rumeur courait comme quoi le parascolaire pourrait reprendre dès lundi. Pendant un instant, j’ai eu l’œil humide. J’étais soulagée.

Comme l’ensemble de mes activités mobilise des élèves de classes-bulles différentes, je ne peux rien annoncer depuis la rentrée. Je tourne en rond. On sourira sans doute en lisant que je suis animatrice de pastorale. J’en suis plutôt fière : près de 20 % des élèves du collège où je travaille participent, chaque année, à l’une ou l’autre des activités que je propose.

Puisque la vie spirituelle et la participation citoyenne peuvent prendre différentes formes, j’ai facilement élaboré une programmation qui respecterait les consignes générales de la santé publique : récoltes en plein-air au profit des banques alimentaires du Québec, visite guidée du Vieux-Québec sur la présence noire en Nouvelle-France, retraite de silence au monastère où les élèves sont, de toute façon, déjà isolés les uns des autres. Et plus encore.

Ma joie a rapidement laissé place à la stupeur. J’ai compris qu’encore une fois, le ministre Roberge avait fait des annonces dont il n’avait prévu les implications pratiques. Comme d’habitude, au lieu d’éclairer la situation, il a suscité davantage de confusion.

Le service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (SASEC) a été créé il y a près de 20 ans par François Legault, alors ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport. À travers leurs activités, les animateurs (AVSEC) participent à faire de nos écoles de véritables milieux de vie. Nous développons la conscience sociale de nos jeunes et en faisons des citoyens à part entière, accomplis et engagés. On tend à croire qu’il n’y a que les élèves marginaux qui s’intéressent à ce genre d’activités, mais il n’en est rien. L’être humain est multidimensionnel, et les élèves qui se démarquent et performent le mieux sont généralement engagés dans toutes sortes d’activités.

Cet automne, de ce que j’en comprends, ils devront choisir quelle partie de leur être ils souhaitent développer. Ils pourront jouer au badminton ou faire partie de l’équipe d’impro ou amasser des fonds pour financer le forage de puits en Inde. Par exemple, Anne, la première ministre de notre Conseil des élèves, devra choisir entre la démocratie étudiante, le théâtre et le club de course. Son amie Géraldine, qui est engagée depuis cinq ans dans un projet d’entrepreneuriat étudiant, devra délaisser le comité de solidarité internationale dans lequel elle est impliquée depuis deux ans. Benjamin, Mathis et Anthony, qui jouent tous au football, ne pourront participer à notre sortie annuelle à la Vieille Prison de Trois-Rivières. Anne et Géraldine non plus. Même si dans toutes ces situations, les règles de distanciation sociale pourraient être appliquées de façon rigoureuse.

Je suis très heureuse pour tous ces élèves qui pourront reprendre les activités de leurs programmes de sports-arts-études ainsi que pour leurs enseignants dont la vie se retrouve facilitée.

Mais je reste déçue pour Anne, Géraldine et tous les autres. Pendant que leurs camarades sportifs s’entraîneront en prévision des parties à venir, parties qui les mettront en contact avec des élèves d’autres écoles, sport interscolaire oblige, ces dernières ne pourront s’asseoir plus d’une journée par semaine pour changer le monde, une réunion à la fois.

Elles qui sont habituées d’être occupées devront trouver autre chose à faire. Peut-être iront-elles rejoindre ceux qui flânent autour de la crèmerie du coin, en compagnie des élèves d’autres écoles, qui se rassemblent par dizaines, se chamaillent et s’enlacent.

Les élèves impliqués dans les activités communautaires ont parfois l’impression que seul le sport est valorisé dans les écoles.

Le ministre Roberge nous le confirme : tant pis pour la cohérence, au plus fort la puck.