Selon l'auteur de ce texte, la légalisation prochaine de la marijuana est une excellente nouvelle.

Au-delà de la légalisation du «pot»... la responsabilisation des individus

Depuis que la légalisation de la marijuana est annoncée pour le 1er juillet 2018, on a eu droit à une multitude de commentaires, de sondages et d'analyses dans les médias qui montrent la complexité de l'enjeu. Alors que certains se questionnent sur les avantages et les inconvénients sur le plan strictement économique, d'autres semblent ne voir que les problèmes sociaux ou psychologiques soi-disant causés « uniquement » par la consommation, négligeant bien souvent d'aborder de front les contextes dans lesquels celle-ci se déroule actuellement.
Peu importe qu'on soit pour ou contre, il s'agit d'un sujet dont on ne peut se dérober et qu'on ne pourra balayer sous le tapis « ad vitam aeternam », à moins bien sûr de vouloir continuer à jouer à l'autruche. 
Pour bon nombre de Québécois et Canadiens de ma génération, la réaction est simple: «Enfin, il était temps!» 
Il est temps qu'on devienne responsables de nos choix et de nos décisions en tant que société. Il est temps de faire passer l'éducation avant la prohibition. Il est temps surtout qu'on cesse de stigmatiser, de culpabiliser et d'emprisonner des gens sous le prétexte que la substance qu'ils consomment est une «drogue illégale» et qu'ils mériteraient donc de recevoir un châtiment.
 D'ailleurs, pourquoi une substance devient-elle légale et une autre illégale ? Qui décide et quels sont les critères ? Voilà la question à laquelle nous sommes confrontés. Et tant qu'à réfléchir à celle-ci, il faudrait aussi oser poser une autre question très simple à laquelle nous devrions pouvoir répondre en face de nos enfants: «C'est quoi au juste de la drogue?»
Quand on pose la question en anglais, l'ambiguïté entre «drug»  (médicament) et «drug» (drogue) est encore plus flagrante! On devine que l'écart entre les deux mots reflète les jugements de valeur d'individus ou de groupes, selon leur degré de connaissance et de compréhension, en fonction des époques, des intérêts, voire des lobbys et des contextes. 
Prenons la morphine, la codéine, l'opium et l'héroïne, qui sont toutes dérivées de la même plante - le pavot - comment expliquer que les deux premières soient des médicaments indispensables à notre système de santé et que les deux dernières soient des fléaux qu'il faudrait faire disparaître de nos sociétés ? Se peut-il qu'il s'agisse simplement d'un manque de connaissance à l'égard des produits en question ? 
En creusant l'histoire de quelques centaines d'années, on découvre que le sucre était, jusqu'aux environs de 1600, une «drogue» bien gardée dans les armoires des apothicaires européens. On apprend aussi que les Jésuites qui se trouvaient en Chine sauvèrent pratiquement la vie de l'empereur Kangxi en avril 1709, grâce à leurs «médicaments miracles» qui incluaient notamment le chocolat et le vin rouge. 
Quelles sont les raisons historiques ayant fait en sorte que le sucre, le chocolat, l'alcool, le tabac, voire l'essence soient tous des produits de consommation courante et des produits «légaux» dans notre société, alors qu'à l'inverse, la marijuana se retrouve encore du côté des substances dites «illégales» ? De toute évidence, en comparant l'impact de ces produits sur la santé, il est clair que le facteur de risque et de danger est loin d'être le seul critère qui a été pris en considération pour déterminer le bien-fondé de la légalité ou non d'un produit.
La légalisation prochaine de la marijuana est une excellente nouvelle. C'est une occasion de réapprendre à s'éduquer collectivement et à tirer parti de connaissances qui ont longtemps été ignorées ou rejetées à tort. 
Au-delà de la dramatisation, ne perdons jamais de vue le fait que même si «tout nous est possible, tout ne convient pas à tous de la même manière». Mais pour faire un choix éclairé sur le sujet, il faut agir en connaissance de cause. Seule l'éducation permet de former des individus responsables de leurs choix et de leurs décisions.
La légalisation est une occasion d'assumer notre maturité en tant que société. Une occasion de nous responsabiliser davantage et de prendre le temps de nous questionner en profondeur sur ce que nous sommes et sur ce que nous acceptons, collectivement et individuellement.
Carl Déry 
Trois-Rivières