Il faut apprendre à vieillir et à lâcher prise, selon l’auteur de cette lettre.

Apprendre à mieux vieillir en 2019!

L’auteur, Daniel Brouillette, est directeur des programmes à CKOI 96,9 à Montréal et copropriétaire de la résidence Villa Saint-Narcisse. Il tient également un blogue, que l’on peut consulter à l’adresse danielbrouillette.com.

On va se parler «des vieux»! Et du mot «vieux» ici, que j’utilise avec le plus grand respect du monde. Vous comprendrez.

Quand on vieillit, ça se peut que la vie soit bonne et qu’elle nous garde en forme longtemps.

Très longtemps pour les plus chanceux.

Nous le souhaitons tous.

Mais ça se peut aussi qu’on devienne un peu «semi».

Semi-autonome.

Semi, c’est quand une personne vieillissante a réellement besoin d’un bon coup de main pour s’habiller.

Semi, c’est quand une personne a besoin d’assistance pour changer sa culotte d’incontinence à n’importe quel moment du jour.

Semi, c’est quand il faut être accompagné pour se laver dans sa douche.

Semi, c’est quand on a le droit, ô Ciel!, au deuxième bain du fameux docteur Barrette déchu! Bain numéro 2! C’est «la prime» quand tu passes «GO»!

Semi, aussi, c’est quand l’angoisse réveille grand-maman la nuit.

Elle appuie sur son bouton avertisseur. Elle avait juste besoin d’être rassurée mamie! Persuadée, bonne grand-maman, qu’une personne la regardait par la fenêtre.

Semi, c’est quand on vieillit et qu’on ne sait pas qu’on a vieilli.

Semi, c’est quand tu changes beaucoup et que tes enfants ne te le disent pas parce qu’ils sont gentils.

On est semi quand on répète la même chose deux pis trois fois dans la dernière demi-heure.

Et qu’on le sait pas qu’on répète!

Semi, encore.

C’est quand on pense qu’on est capable de marcher sans son déambulateur et qu’on tombe... la nuit!

C’est quand nos vieux os flanchent toujours dans le coin de la hanche!

On peut devenir un «SD» aussi. Un «soi-disant» autonome à la maison!

L’État te dit en période électorale: «Hey! On va s’occuper de toi dans ta maison! On va venir te voir le matin, le midi et le soir!»

Les élections sont passées. Et le «SD» attend son tour dans sa lucarne.

Voilà.

Si vous ne connaissez pas mon attachement pour les personnes âgées, je vous l’annonce. Et je vous déclare toute l’admiration que j’ai pour ma conjointe qui opère, avec une équipe formidable, notre petite résidence de 23 personnes autonomes et semi-autonomes dans le village de Saint-Narcisse. On fait de notre mieux pour rendre nos résidents heureux.

Alors...

Personne ne va venir m’apprendre avec de grandes études, la réalité d’une personne autonome et la condition d’une personne semi-autonome. On ne se dit pas les vraies affaires.

C’est vrai qu’il y a des résidences pour âgées mal foutues! Mais nous ne sommes pas tous des résidences toutes croches.

Vous savez, on ne voit pas tout ce qui se passe non plus, dans le domicile de matante! Et je ne parle pas de la parenté, parfois, qui en profite de matante!

On se fait des contes! Ça parait bien!

On pense tous devenir des bonnes vieilles autonomes. Et des bons vieux «prostateux» bien heureux!

Mais ça ne fonctionne pas toujours comme ça.

Alors encore...

S’il y a une chose que j’aurai apprise dans mon expérience de seize ans de vie avec les aînés, c’est la différence entre «un vieux» dans le monde des Calinours et «un vieux» dans la vraie vie sur ma rue principale.

La Protectrice du citoyen va bien encore dénoncer dans son rapport 2018 le manque de soins à domicile pour les personnes âgées. Vous dire combien je suis tanné de nous entendre radoter.

Sincèrement. Pensons-nous réellement que nous pourrons répondre à toutes ces demandes de maintien à domicile? Combien de fois par jour on pourra se payer une préposée de l’État dans notre maison pour changer notre culotte?

Combien de fois, le préposé, devra-t-il aller à la maison de madame très semi-autonome pour ouvrir son «dispill» à chaque repas?

Parce que Rose n’a plus la motricité assez fine pour ouvrir son système de distribution de médicaments.

Combien il en faudra de préposés pour répondre à tous les besoins des grands-parents des X, des Y et des milléniaux? Combien il en faudra des préposés ambulatoires pour aider les baby-boomers qui débarqueront demain matin?

Oui, je pense que nous aurons plus besoin de soins que de sa maison. Plus de soins que sa belle vaisselle, son marteau, ses meubles, sa fougère et son vieux poêle!

Dans la vie, quand on vieillit, et qu’on est moins chanceux avec notre santé, on a bien plus besoin de soins que de maintien.

Plus d’amour et moins de promesses.

Maintenir dans sa maison «un bon vieux» autonome avec des soins adéquats et raisonnables. OUI! Mais quand on est en trop grande perte d’autonomie, trop «semi» ou un «soi-disant», alors là, il faut savoir partir à temps.

J’ai vu des «maintenus usés». J’ai connu une «maintenue oubliée».

Trop usés d’être restés dans leur belle maison. À refuser l’aide par orgueil bien des fois. À penser qu’ils étaient encore bien capables! À attendre, sans quémander, que la visite promise arrive en soirée! À ne pas dire la vérité. Parce qu’il parait que l’autonomie à la maison, c’est «in»!

De grâce!

Arrêtez de faire des accroires à «mon vieux moi-même». On ne pourra pas tous demeurer dans nos maisons et continuer de faire sa soupe dans nos chaudrons Ricardo!

Il faut apprendre à vieillir. Apprendre à lâcher prise.

Je voulais juste vous l’écrire. C’est tout.

Vous dire que mon essentiel quand je serai vieux, ça ne sera pas d’être gardé longtemps chez nous. Mais d’être vraiment aimé et respecté toujours partout!

Derrière son vieux rideau de dentelle, c’est pas tout le monde qui peut arroser sa fougère jusqu’à 100 ans!

En tout cas, moi ça ne me tente pas de vieillir tout seul, malade, dans ma lucarne!

Je le répète. Deux et trois fois.

Je nous souhaite d’apprendre à mieux vieillir en 2019!