L’auteur de cette lettre présente son analyse du drame qui se joue actuellement au Venezuela.

Ali-Baba, les quarante voleurs et le Venezuela

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Devant le drame qui se joue actuellement au Venezuela avec un gouvernement qui s’accroche au pouvoir en continuant de se réclamer d’une idéologie qui avait fonctionné du temps de Chavez quand le prix du pétrole était à son plus haut niveau, sans se préoccuper, quand c’était encore temps, de mettre à niveau cette première source de richesse, on peut lui faire endosser tous les malheurs qui frappent sa population. Population qui n’en peut plus de manquer de denrées, de médicaments, et autres biens nécessaires pour vivre. Population dont une partie fuit dans les pays voisins en espérant que la pression internationale, avant tout américaine, fasse basculer le pouvoir même dans les mains de l’oligarchie traditionnelle qui l’avait pourtant exploitée depuis des décennies. On peut aussi se demander si derrière tout ça il n’y aurait pas ce que Naomi Klein appelle la stratégie du choc ou le capitalisme du désastre.

Stratégie où l’on retrouve systématiquement les Chicago Boys et ainsi l’idéologie économique de l’Université de Chicago qui proclame que seuls les riches sont capables de gouverner les peuples plus ou moins ignorants.

Idéologie qui a fonctionné, par exemple, au Chili, en Russie, en Indonésie et en Irak. Quand on sait dans ce dernier cas comment l’administration américaine encouragea le régime de Saddam Hussein à envahir une partie du Koweit, anciennement irakien, pour ensuite l’attaquer sans l’aval des Nations Unies en forgeant le mensonge éhonté de la présence d’armes de destruction massive. Pays déjà exsangue miné par l’embargo sur le pétrole irakien et l’absence d’investissements pour moderniser ses champs pétroliers. On sait aussi qu’une partie de l’armée américaine était composée de mercenaires dirigés par les entreprises de Dick Cheney, vice-président, et de Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, sous la présidence de George W. Bush, qui ont gagné des milliards de dollars avec cette guerre et par la suite en s’incrustant dans la reprise de la production du pétrole irakien, comme l’explique en partie le film Vice. Ces deux voleurs parmi les quarante voleurs sinon plus, de la caverne d’Ali-Baba irakienne, et qui en plus contrôlent le «Sésame, ouvre-toi». On peut se poser des questions si derrière toutes les magouilles qui ressemblent en partie à l’histoire récente de l’Irak, pour isoler Maduro et soutenir Juan Guaido, sans savoir si ce dernier le sait. Alors que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole connues, réserves à prendre par les successeurs de Dick Cheney et en plus est à la porte des États-Unis. Ajoutons que Maduro n’est pas plus dictateur que Poutine en Russie, avec leur simulacre de démocratie élective ou Mohamed ben Salmane d’Arabie Saoudite, ce dernier qui a fait assassiner et démembrer il y a peu le journaliste Jamal Khashoggi.

Sans soutenir l’inefficace Maduro, il serait intéressant de connaître les noms de ceux qui possèdent réellement le «Sésame, ouvre-toi», de cette caverne vénézuélienne pour s’assurer que les citoyens de ce pays – et non uniquement les riches – en tirent profit, alors que la plupart des enfants en connaissent la première traduction.