En novembre 2016 le ministre de la Santé Gaétan Barrette avait fait servir, dans le cadre d’une conférence de presse organisée au Centre des congrès, les nouveaux menus concoctés pour les CHSLD.

Aînés traités aux petits soins?

ÉDITORIAL / Devant les caméras, le gouvernement et son ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se montrent aux petits soins avec les aînés. Ajout de personnel, bain supplémentaire, et dernière annonce, des menus élaborés par l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Sur le terrain toutefois, le Protecteur du citoyen constate des pratiques qui soulèvent de sérieuses questions sur le traitement réservé aux personnes âgées.

Le jour même où Québec annonçait un partenariat entre le réseau de la santé et l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec pour diversifier l’offre alimentaire dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), le Protecteur rendait public un rapport d’intervention sur les critères d’accès à ces mêmes établissements publics.

Il s’inquiète que le CIUSSS (centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de la Capitale-Nationale tienne compte des revenus d’un malade lorsqu’il évalue si celui-ci est admissible à une place dans un CHSLD.

Selon le Protecteur, «les pratiques du CIUSSS conduisent à ce que l’hébergement public soit réservé essentiellement aux personnes qui ne disposent pas des moyens financiers pour aller vivre dans un milieu de vie du secteur privé».

Or, cette procédure n’apparaît dans aucune loi, politique ou orientation du ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Dans le cas soumis au Protecteur, un patient de 91 ans a séjourné plusieurs semaines à l’hôpital même si son état commandait un placement dans un CHSLD public. Le CIUSSS a d’abord évalué si une résidence privée ou un CHSLD privé pouvait l’accueillir et si le malade avait la capacité de payer. L’épaisseur du portefeuille avant le profil de besoins du patient.

La protectrice Marie Rinfret demande au ministère de clarifier d’ici le 31 décembre les critères d’accès à l’hébergement public, en statuant sur la légitimité de tenir compte des revenus des usagers lors de l’évaluation de leur admissibilité à une place en CHSLD. Elle invite aussi le ministère à diffuser l’information auprès des établissements concernés.

On pourrait aussi ajouter, auprès de la population. Lorsque l’état de santé d’une personne se dégrade et que celle-ci et ses proches doivent décider d’un nouveau milieu de vie, il est difficile pour plusieurs de s’y retrouver à travers les résidences privées pour aînés, les résidences intermédiaires d’hébergement et les CHSLD. 

Que les établissements soient certifiés par un conseil d’agrément ou financés par Québec n’est pas un gage de bons soins et de sécurité si chacun peut agir à sa guise sans être rappelé à l’ordre par le ministère de la Santé et les autorités locales s’il déroge aux règles établies et aux bonnes pratiques.

Encore là, un rapport du Protecteur rendu public récemment sème l’inquiétude. L’organisme a été appelé à la résidence privée pour aînés Domaine La Marguerite, à Rimouski, où un signalement faisait état de lacunes dans la sécurité des usagers, le service des repas, la formation du personnel, et la prévention des infections. 

Dans ce cas aussi le Protecteur pointe du doigt le CISSS. Il conclut que celui-ci «n’a pas exercé le leadership nécessaire et a laissé perdurer des situations inacceptables relativement à la santé, à la sécurité et au bien-être des résidents, notamment lors des éclosions de gale». 

Il est bienvenu que le gouvernement s’engage à améliorer l’hygiène des résidents et bonifie l’offre alimentaire dans les CHSLD. Mais il doit également s’assurer que la gamme de soins et de services est à la hauteur partout et que les représentants du ministère s’en préoccupent, qu’importe où la personne âgée est hébergée.