Des voix s'élèvent contre le «mobilier luxueux» auquel ont accès les détenus à la prison de Sept-Îles.

Aide sociale: une sentence acceptable?

Vous avez vu que le gouvernement a construit une nouvelle prison de 55 places à Sept-Îles en mars 2017 au coût de 91 millions $ pour remplacer l'ancienne qui était trop vieille et trop petite? Les médias ont décrit de quoi était équipée celle-ci. Il y aurait en dedans des télés plasma, une salle communautaire et de jeu, des laveuses et sécheuses munies d'une technologie qui permet de personnaliser les cycles de ses lavages à partir d'un téléphone intelligent.
Sans chercher à tout comparer avec la situation des prisonniers, mettons quelques éléments en parallèle avec la situation de personnes à l'aide sociale.
Au lieu d'avoir des agents correctionnels, on a des agents d'aide sociale et des enquêteurs qui ont un pouvoir discrétionnaire très grand. Oui, ils doivent appliquer la loi. Mais en faisant ça, ils exercent une pression très forte sur nous (et parfois même de l'acharnement), ce qui nous amène à vivre beaucoup de stress. De plus, les enquêteurs ont la possibilité de fouiller dans nos finances personnelles... Aux yeux de plusieurs agents, on est souvent perçus comme ayant des choses à cacher et n'ayant pas respecté la loi, alors que c'est rarement le cas. On nous considère comme coupables jusqu'à preuve du contraire. Parfois même, quand on parle avec certains agents, on se sent comme des moins que rien.
Souvent, les personnes à l'aide sociale ne peuvent même pas bénéficier d'internet ni de bien d'autres loisirs. C'est particulièrement le cas pour les personnes qui ont le montant le moins élevé d'aide sociale (628 $ par mois). Vous comprendrez qu'une fois qu'ils ont payé le loyer, le téléphone, un peu d'épicerie, et, pour certains, une assurance (auto, vie et logement), il ne reste plus grand-chose pour les loisirs.
Aussi, il y a bien des personnes assistées sociales qui ne peuvent pas manger trois repas par jour par manque d'argent, surtout les fins de mois. Je ne peux pas me permettre d'acheter du «luxe». C'est aussi souvent le cas pour de la viande, des fruits et des légumes. Je suis obligé d'en acheter moins que mes besoins pour les mêmes raisons. En plus, quand on n'a pas les moyens d'acheter en grande quantité, on doit prendre des petits formats ou acheter les choses à l'unité; ça revient plus cher en fin de compte et on en a pour moins longtemps. Pour ma part, je reçois la prestation la plus élevée d'aide sociale. Dieu merci. Cela ne me permet toutefois pas de dépasser 80 $ d'épicerie par semaine, sinon je risque de me mettre dans le rouge, si vous me permettez l'expression.
Parfois, je sens que je vis un peu, moi aussi, comme dans une prison... Quand est-ce qu'on va s'occuper des conditions de vie de l'ensemble des personnes les plus vulnérables?
André Drouin
Sainte-Geneviève-de-Batiscan