André Drouin

Adieu, monsieur Drouin

Voici que depuis le décès du conseiller Drouin d'Hérouxville, Le Nouvelliste a jugé pertinent de diffuser des opinions de lecteurs qui veulent ressusciter son discours alarmiste d'antan sur les personnes aux croyances musulmanes.
Il faut remercier M. Drouin d'avoir alerté les gouvernements du temps sur le danger que nous avons cru courir avec l'avènement en masse au Québec des femmes voilées et leur conjoint musulman; il faut cependant constater l'erreur magistrale que nous avons tous commise en croyant que cette alarme était fondée. De vrais Québécois pure laine avaient déjà commis de plus graves attentats que ceux attendus par le port du voile ou celui de la pratique religieuse musulmane.
Je pense que la majorité des Québécois d'aujourd'hui ont reçu cette alarme comme une vraie peur, laquelle s'est révélée complètement fausse. Elle est devenue avec le temps un constat d'erreurs, lequel a permis une meilleure réflexion sur notre éducation tendancieuse reçue. La peur de l'autre avait fait son oeuvre et le gouvernement a dû calmer les citoyens mal informés sur des dangers qui étaient complètement inexistants.
Merci à M. Drouin d'avoir alerté les gouvernements du temps, mais ce temps est révolu et les Québécois avisés sont maintenant sous d'autres cieux, plus nuancés, plus colorés, moins sombres. Oui, les gouvernements ont encore été avertis, et nous sommes rassurés de savoir qu'aucune religion ne viendra plus jamais diriger le pays du Québec. Charbonneau et le chef sont bel et bien morts, et les abus de pouvoir réprimés selon nos lois civiles.
La vie de tous les jours bien que jamais facile n'est pas totalement pénible; elle a son lot de difficultés à conjuguer. La dangerosité de vivre ensemble avec l'étranger que nous sommes tous vis-à-vis de l'autre n'est plus à démontrer, mais elle n'est pas à craindre non plus.
Sans risquer cette «dangerosité», aucun chaleureux rayon de vie ne sera possible. Souvenons-nous que nous sommes toutes et tous les artisans de ce bien-vivre ensemble. Cette responsabilité nous incombe à tout instant, peu importe nos croyances religieuses ou non religieuses.
Il faut établir le dialogue nécessaire au respect de chacun; sans cet effort à bien communiquer, à la recherche de la lumière, nous demeurons dans le noir.
La prudence dans nos propos demeure à cultiver; c'est là le plus grand enseignement que nous a laissé le conseiller Drouin, et l'histoire du monde nous a tant enseigné cette vertu de la tolérance.
«Que celui qui n'a jamais péché lui lance la première pierre.» 
François Champoux
Trois-Rivières