«Recevoir un diagnostic de cancer est quelque chose de très difficile pour les personnes atteintes. Je le sais très bien pour l’avoir vécu en début d’année 2020. La vie change profondément. On sent très bien et très rapidement la fragilité de la vie.»
«Recevoir un diagnostic de cancer est quelque chose de très difficile pour les personnes atteintes. Je le sais très bien pour l’avoir vécu en début d’année 2020. La vie change profondément. On sent très bien et très rapidement la fragilité de la vie.»

Accompagner une personne atteinte de cancer, qu’est-ce que ça veut dire?

Nicole Moreau
Nicole Moreau
Québec
POINT DE VUE / Recevoir un diagnostic de cancer est quelque chose de très difficile pour les personnes atteintes. Je le sais très bien pour l’avoir vécu en début d’année 2020. La vie change profondément. On sent très bien et très rapidement la fragilité de la vie.

Le premier réflexe est d’informer nos proches de la situation. Quand ça se fait, comme maintenant, en temps de COVID-19, par téléphone, on ne peut prendre complètement la mesure de l’empathie de ces proches, mais les mots sont importants. Ils peuvent être positifs et rassurants, ils peuvent aussi laisser entrevoir une certaine dose d’indifférence.

À partir de cet instant, surtout quand on vit seule, comme moi, la responsabilité de tout ce qui nous arrive nous incombe. Ça rend la situation encore plus difficile.

On peut croire que nos proches vont être présents, vont trouver une façon de nous accompagner — la base serait au moins de s’informer de comment ça se passe pour la personne atteinte de cancer, puis de proposer de prendre en charge certains aspects de la vie, sachant très bien que cela allégera le poids de la maladie pour la personne atteinte de cancer, et plus encore si celle-ci doit s’engager dans des traitements de chimiothérapie dont les effets secondaires sont très importants et diversifiés.

Accompagner quelqu’un veut donc dire, pour moi, être présent de façon continue auprès de la personne qui en a besoin. Accompagner quelqu’un, c’est par conséquent très différent de rendre un service. Dans ce dernier cas, c’est la personne atteinte qui a la charge de demander à un proche de s’occuper d’une tâche précise et, si on peut le dire comme ça, le «mandat» se termine, une fois la tâche réalisée.

Il n’est donc alors pas question de quelque chose qui s’inscrit dans le quotidien. Demander un service risque d’avoir un impact sur le sentiment d’autonomie de la personne atteinte de cancer. C’est aussi quelque chose qui demande de l’énergie, ce qui s’avère délicat, considérant la fatigue extrême avec laquelle il faut vivre. Obtenir un service d’un proche est utile pour la personne atteinte de cancer, mais la présence continue d’un accompagnateur ou d’une accompagnatrice est quelque chose de beaucoup plus rassurant, c’est comme un pilier sur lequel la personne malade peut s’appuyer.

Accompagner quelqu’un, c’est aider la personne atteinte à faire face à la très grande vulnérabilité que la personne atteinte par cette maladie vit, une vulnérabilité qui doit être apprivoisée.

Je peux dire que je ne sais trop comment j’aurais passé au travers de l’épreuve (non encore terminée) de la chimiothérapie si je n’avais pu me fier à deux amies qui m’ont accompagnée ou encore à mon infirmière pivot qui a manifesté compréhension et qui a été proactive pendant ces mois qui ont changé profondément ma vie, à ces mois qui ont bouleversé ma vie.

Deux autres personnes se sont aussi avérées importantes par leur empathie à mon endroit lors de conversations téléphoniques, une personne connue à travers les réseaux sociaux et qui éprouve de sérieuses difficultés à se déplacer ainsi qu’une personne qui a pris contact régulièrement, à toutes les semaines, pour s’informer de ma situation, je la connaissais peu avant le cancer et j’ai vraiment beaucoup apprécié nos échanges. C’était deux belles surprises pour moi.

Mes accompagnatrices et ces deux autres personnes ont représenté un facteur positif dans mon parcours parce que je me suis sentie moins seule, en dépit du fait que je l’étais au quotidien, que j’étais responsable de toutes les démarches nécessaires pour vivre dans mon appartement et me déplacer pour avoir les traitements de chimiothérapie.