Les dénonciations publiques ou médiatiques d'agressions sexuelles ont été nombreuses au cours des dernières années. Mais les victimes sont plus nombreuses et souvent plus près de nous qu'on pense.

Abus sexuels: nous avons tous un rôle à jouer

Nous avons assisté cet automne à une vague de dévoilement d'agressions sexuelles. En effet, différents événements tels que ceux survenus dans une résidence du campus de l'Université Laval, le dévoilement d'Alice Paquet ou encore les agressions faites aux femmes autochtones ont fait ressortir par centaines des histoires enfouies, secrètes, des histoires dites honteuses.
Ces victimes d'agressions sexuelles sont l'objet de toutes sortes de préjugés. Si elles dévoilent leur histoire ou dénoncent leur agresseur des années après l'événement, on peut les faire se sentir coupables de ne pas l'avoir fait plus tôt, on peut les porter responsables des autres victimes potentielles que l'agresseur a pu faire (comme si elles n'y arrivaient pas déjà toutes seules, à se sentir coupables...).
Les victimes n'ont pas de beau rôle, quoi qu'elles fassent. Et si elles arrivent à la dévoiler, leur histoire, qu'elles semblent fortes, courageuses, qu'elles prennent sur leurs épaules les malaises qui s'en suivront, qu'elles assument les regards de pitié qu'elles inspireront à certains, voire qu'elles confrontent un agresseur qui leur dira peut-être qu'elles sont folles, menteuses ou qu'elles ont eu bien de la chance de recevoir une telle éducation sexuelle, si elles arrivent à bien gérer le tout, même en consultant une ressource spécialisée, il n'en reste pas moins que, peut-être, elles pleureront, seules dans leur voiture en se rendant au travail le matin.
Peut-être qu'elles auront des flashs suicidaires, se verront faire un accident, penseront à mourir. Même si elles souriront en arrivant au travail. Elles auront peut-être envie de boire pas mal plus qu'à l'habitude. Elles auront peut-être moins de patience avec leurs enfants. Lorsqu'on dévoile, on s'expose à revivre l'événement et ses conséquences.
Pour la psychanalyste Anna Freud, il faut frapper deux fois pour faire un traumatisme: une fois dans le réel (l'épreuve) et une fois dans la représentation du réel. Le discours des autres sur les abus sexuels ou, s'il y a dévoilement, la réceptivité de l'entourage, voire de la société entière revêt une importance capitale. Peu importe que ce soit deux jours ou 30 ans plus tard.
Il se peut que l'entourage ne soit pas prêt à recevoir un dévoilement au moment où la victime souhaite le faire, encore plus si l'agresseur est un ami ou un membre de la famille. Mais la victime, elle non plus, n'était pas prête à recevoir cette agression.
Non seulement elle a dû gérer cela, mais en dévoilant elle doit encore gérer son entourage et tout ce qui vient avec. Beaucoup de victimes craignent de perturber la vie de leurs proches. C'est souvent une raison qui fait qu'elles tardent à dévoiler ou à dénoncer, si elles choisissent de le faire. Pensons donc aussi à elles...
Les Fêtes arrivent. Sachant qu'une femme sur trois sera victime d'au moins une agression sexuelle après l'âge de 16 ans (cela sans compter les agressions sur les jeunes filles de moins de 16 ans, nombreuses), et qu'un homme sur six sera victime d'une agression sexuelle au cours de sa vie, un party de Noël où 15 femmes et 12 hommes seront présents comptera statistiquement cinq femmes et deux hommes ayant déjà été agressés.
Certaines de ces victimes auront peut-être dévoilé leur histoire récemment, d'une manière ou d'une autre. L'entourage ne le saura peut-être même pas, dépendamment de la teneur du dévoilement.
J'ai envie qu'on fasse attention à ces victimes, à ces femmes, à ces hommes qui ont dû endurer l'inacceptable. Qu'elles aient dévoilé leur agression ou non, qu'elles veuillent le faire ou non.
J'aimerais que les familles ou les groupes d'amis, lors des réunions des Fêtes et en tout temps, évitent de tenir des propos grossiers sur les abus sexuels ou d'endosser de tels propos entendus dans les médias.
Un débat autour de la table de cuisine sur le fait que les victimes d'agressions l'ont bien cherché? Qu'elles n'avaient qu'à barrer leur porte? À garder leurs jambes serrées? Non! Il n'y a pas de débat à faire là-dessus! Les propos de chacun forgent notre société. En cette période des Fêtes, pourrions-nous contribuer à rendre la société meilleure? J'ose le croire.
Marianne Cornu
Trois-Rivières