L’auteur de cette lettre offre quelques suggestions aux syndiqués et aux dirigeants de l’ABI pour que les négociations puissent déboucher sur une résolution du conflit qui dure depuis plus d’un an.

ABI: des résultats peu reluisants d’Alcoa à considérer

La reprise des contacts entre la direction d’ABI et le syndicat de ses travailleurs est certes la bonne nouvelle du moment en Mauricie.

Voici quelques faits dont le syndicat devrait tenir compte dans ses revendications afin de ne pas frapper un mur.

La production d’aluminium est présentement la division la moins payante d’Alcoa derrière la bauxite et l’alumine. La majorité des profits d’Alcoa en 2018 provenaient de sa division Alumina dont le prix avait considérablement augmenté vu les difficultés de Norsk Hydro, le plus important producteur d’alumine, et le ban des produits de l’entreprise russe RUSAL. La situation mondiale de l’alumine étant revenue à la normale pour 2019 avec le retour de Norsk Hydro et la levée des sanctions contre RUSAL, les analystes prévoient que les profits provenant de cette division accuseront une forte baisse en 2019.

Lors de sa dernière divulgation de résultats trimestriels, la direction d’Alcoa a aussi dévoilé ses projections pour l’année 2019 qui ne sont pas des plus reluisantes. Alcoa s’attend au mieux à ce que la demande d’aluminium stagne vu la situation en Chine où on ajoute de la capacité mais dont la demande interne ralentit. La Chine a augmenté ses exportations d’aluminium de 17 % en 2018 et on s’attend à ce que ce chiffre augmente en 2019, ce qui pourrait mener le prix de l’aluminium actuellement de 1850 $ à la baisse vu l’augmentation de la disponibilité sur le marché mondial.

L’action d’Alcoa a subi une forte baisse dans la dernière année passant de 53 $ à son sommet de décembre 2017 au prix actuel d’environ 28 $. Une perte de 47 %, ce n’est pas rien. De plus, le Zack Index américain classe présentement l’action d’Alcoa dans la catégorie des Strong Sell suggérant une future baisse du prix de l’action. En d’autres mots, débarrassez-vous des actions d’Alcoa et investissez ailleurs. Pas de quoi permettre à la haute direction d’Alcoa de se frotter les mains. En fait, ceux-ci sont aussi présentement lourdement pénalisés financièrement. Dans le système de paye des membres de la haute direction, l’absence de bonis de performance et la non-profitabilité des programmes d’options d’achats d’actions leur coûtent beaucoup d’argent.

Cette performance peu reluisante place une forte pression sur la haute direction d’Alcoa pour corriger la situation. D’autant plus qu’une glissade de la valeur des actions peut exposer la compagnie à une offre d’achat hostile qui ne leur laisserait pas la chance de voir leurs actions reprendre sa valeur. Lors de l’analyse de la direction, qui accompagne toujours la publication de ses résultats financiers, la direction d’Alcoa voyait une diminution de ses coûts de production comme seule solution pouvant ramener ses profits à un niveau plus acceptable pour ses actionnaires et les marchés financiers.

Devant cette conjoncture, il serait surprenant que la direction d’Alcoa lâche du lest en ce qui concerne la productivité et la diminution des coûts de production.

Dans un tel contexte, une approche collaborative dans vos négociations fera que la direction d’Alcoa vous verra comme des alliés les ayant aidés à se sortir d’une situation précaire. Vous y gagnerez beaucoup à long terme d’autant plus que de vivre dans une atmosphère où tous poussent dans le même sens vous rendra la vie au travail beaucoup plus agréable. Bonne chance les gars.

Du côté de la compagnie, celle-ci y gagnerait certainement beaucoup en travaillant à donner à ses employés des raisons pour se sentir fier de travailler dans une entreprise performante qui veut le bien-être de son personnel.

Jacques Desmeules

Trois-Rivières