À quand un pouvoir citoyen?

Cela fait des lunes qu'il existe de la corruption, de la collusion et j'en passe... Il n'y a pas une journée ou une semaine qui passe sans que nous n'entendions parler d'un scandale quelconque, d'une supercherie honteuse qui nous sidère un instant et hop! nous voilà déjà le lendemain à vaquer à nos occupations journalières. Ce qui est encore plus désolant, c'est cette manière qu'a le pouvoir par le biais de ses institutions, de gérer ces scandales de façon unilatérale sans aucun consentement des acteurs existants, faisant partie intégrante d'un nécessaire consensus.
Le gouvernement se réfugie toujours sous le couvert de l'appareil administratif en créant de façon sporadique de fausses investigations, sinon de multiples commissions bidon qui n'ont de résultats que l'effet marketing. Les dépenses reliées à ces décisions sont telles que l'on pourrait créer un ministère pour y consacrer un poste budgétaire, ce qui dépasse l'entendement.
Il y a une question qui se pose: comment un seul individu en la personne du premier ministre lui-même, peut s'octroyer tant de prérogatives à pouvoir nommer les chefs de police des grandes agglomérations, les membres des c.a. de plusieurs institutions publiques, les chefs de direction de nos grandes sociétés d'État ou encore instituer de son propre chef une commission d'enquête selon les circonstances? Comment cette même personne, qui se doit d'être la plus démocratique des nôtres, s'abstient-elle de démontrer une minimale intention de remédier à cet excès de pouvoir, sinon de remettre en cause cet abus déraisonnable? Nous ne pouvons supporter une telle nonchalance morale. 
Force est de constater que nous sommes à l'apogée d'un dysfonctionnement, voire d'un débalancement évident des pouvoirs et contre-pouvoirs mis en place jadis, ce que j'appellerais un antidémocratisme. Il ne fait aucun doute que pour expliquer de tels constats, il n'y a que l'histoire, c'est-à-dire cette culture politique coupable qui a perduré au fil du temps et qui n'a pas su se métamorphoser pour faire renaître des nouvelles façons de gouverner moins pitoyables.
Notre système politique, par ses organes décisionnels, s'est constitué sur un modèle qui n'est plus dans l'air du temps, qui n'a pas su se moderniser en prenant en considération les réalités d'aujourd'hui, ce qui le rend complètement obsolète et rétrograde. Sa gouvernance, par ses bureaucraties, est guidée sous d'anciens schémas contre-productifs qui se doivent d'être effacés et qui n'ont fait qu'accélérer un insupportable laxisme. Les sociétés ont changé, évolué, ce qui veut dire que le peuple, le citoyen du Nouveau Monde, est de plus en plus sensible à ce que leur désir ou à tout de moins leur volonté se fasse entendre auprès des responsables politiques.
À compter d'aujourd'hui, il est essentiel que soient réformées nos grandes institutions publiques afin que nous puissions tous ensemble ériger le socle d'une démocratie nouvelle qui puisse asseoir un nouveau pouvoir citoyen. L'idéal supposerait que nous dessinions collectivement l'esquisse de ce que cela pourrait représenter à tous les niveaux. Il resterait à développer ces nouvelles orientations et en même temps définir les contours et grandes lignes de ce que cela comporterait pour que cette nouvelle démocratie incarne un changement majeur. 
Sous Jean Lesage, nous avons profité de sa fameuse Révolution tranquille, alors que maintenant, nous devons nourrir l'espoir de profiter d'une judicieuse Révolution démocratique.
Mario Bérubé
Stoneham-et-Tewkesbury