C’est seulement le mois prochain que l’on atteindra officiellement le milieu du premier mandat présidentiel de Donald Trump.

À mi-chemin du (premier) mandat Trump

L’auteur, Rafael Jacob, est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Il est originaire de Trois-Rivières.

Il peut paraître dur à croire, avec le rythme effréné de la scène politique américaine, que c’est seulement le mois prochain que l’on atteindra officiellement le milieu du premier mandat présidentiel de Donald Trump. Que retenir donc de cette deuxième année au pouvoir pour ce président différent de tous les autres – et pour son pays, également différent de tous les autres?

En une phrase, elle aura largement été à l’image de la première. Alors que l’économie américaine roule à plein régime, la Maison-Blanche a été le lieu d’un chaos quasi quotidien, tel que décrit dans deux best-sellers majeurs publiés en 2018, The Fire and the Fury de Michael Wolff et Fear de Bob Woodward. Le jeu de la chaise musicale s’est poursuivi, notamment avec le congédiement, via Twitter, du secrétaire d’État, du procureur général et du conseiller à la sécurité nationale du président. L’actuel chef de cabinet du président, dont Trump a également annoncé le départ d’ici la fin de l’année, est cité comme ayant décrit la Maison-Blanche comme «Crazy Town».

Cela ne revient pas à dire que cette Maison-Blanche n’a rien accompli en 2018. Après des semaines de tourmente autour d’allégations d’inconduite sexuelle, Brett Kavanaugh est devenu le deuxième juge à être confirmé à la Cour suprême par le président Trump. Ce dernier a également continué à faire confirmer un nombre record de juges aux tribunaux fédéraux, incluant 17 à des cours d’appel – plus que le nombre total au courant des deux premières années de la présidence de son prédécesseur, Barack Obama. Les implications pour la société américaine d’un système judiciaire plus conservateur sont importantes.

Sur la scène internationale, après avoir passé 2017 à menacer son pays de «destruction totale», Trump a tenu un sommet historique avec le dictateur nord-coréen, Kim Jong-Un, ouvrant la porte à une accalmie entre deux pays ennemis depuis des générations – une porte semblant depuis avoir été quelque peu refermée par les agissements du régime nord-coréen. Il a chamboulé les relations commerciales qu’entretiennent les États-Unis avec plusieurs de leurs partenaires traditionnels, à commencer par le Canada, auquel il a imposé d’importants tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium. Ces tarifs demeurent toujours en place malgré l’indignation du gouvernement canadien actuel, mais n’auront pas empêché la signature d’un accord de libre-échange révisé entre les deux pays et le Mexique. Les tensions commerciales ont particulièrement battu leur plein avec la Chine – la cible constante de Trump pendant la campagne présidentielle de 2016, vue comme l’adversaire numéro un d’aujourd’hui et de demain pour l’Amérique.

Cela dit, l’étau se sera resserré autour de Trump en 2018 d’abord et avant tout en raison de ses agissements personnels. Le président a été éclaboussé dès les premiers mois de l’année par la sortie publique fracassante de l’ex-vedette pornographique Stormy Daniels et de l’ex-mannequin Karen McDougal, avec lesquelles il aurait entretenu des relations extra-conjugales avant son entrée en politique. Alors que l’année tire à sa fin, on apprend que c’est sur cette question – plus spécifiquement celle des paiements effectués pour faire taire les deux femmes avant le scrutin de 2016 – que la Justice américaine semble déterminée à coincer l’ex-avocat personnel de Trump et, potentiellement, le président lui-même.

Et c’est le comportement personnel du président qui aura largement contribué à pousser l’électorat féminin, particulièrement les femmes issues des banlieues cossues ayant traditionnellement appuyé les républicains, dans les bras des démocrates lors des élections de mi-mandat de novembre 2018, menant le parti adverse à une prise de contrôle de la Chambre des représentants. L’année prochaine s’entamera avec un Congrès divisé – un Sénat républicain, une Chambre démocrate – où peu de choses risquent d’être accomplies… autre que des enquêtes sur le président et son entourage. Les démocrates sentent le sang dans l’eau d’un président qui, dans une situation normale, serait assurément nettement plus populaire qu’il ne l’est présentement compte tenu de la performance de l’économie sous sa gouverne. Mais nous n’avons évidemment pas à faire à une présidence normale… et il y a fort à parier que 2019 risque à nouveau de le démontrer.