La Régie de l'énergie souligne que le projet Énergie Est a été conçu pour desservir avant tout les expéditeurs de pétrole. Donc, selon elle, ce devrait être eux qui assument les coûts du volet pétrolier du projet.

700 kilomètres de silence électoral

L'auteur, Jean Baril de Trois-Rivières, est avocat et administrateur du Centre québécois du droit de l'environnement.
Lettre aux chefs des principaux partis politiques québécois.
Imaginez-vous à bord de votre autobus de campagne et entreprenez le périple vous faisant suivre le trajet de la portion québécoise du projet de pipeline Énergie Est visant à relier l'Alberta au Nouveau-Brunswick.
Vous suivrez ainsi le tracé de plus de 700 kilomètres de canalisations d'un diamètre de 42 pouces, nécessitant une emprise moyenne de 40 mètres et allant de Hawkesbury jusqu'au Témiscouata. Ces canalisations devront traverser 22 rivières, donc certaines des plus importantes du Québec méridional.
Le pipeline traverserait le fleuve un peu avant d'arriver à Québec avant de poursuivre sa route vers l'Est. À Cacouna, un parc de réservoirs de stockage permettant d'entreposer 500 000 barils de pétrole serait construit de même qu'un terminal maritime permettant le chargement de pétroliers d'une capacité de 700 000 à 1,1 million de barils de pétrole.
La partie plus «bucolique» de votre parcours vous ferait traverser un certain nombre d'aires protégées ainsi que des habitats fauniques et floristiques désignés, des aires de concentration d'oiseaux aquatiques et des aires désignées d'hivernage des cerfs de Virginie.
À Cacouna, le terminal maritime prévu coïncide avec la limite spatiale de la population résidente menacée de bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent et d'autres concentrations de mammifères marins jugés menacés en vertu de lois provinciales ou fédérales.
Les impacts de ce projet sur le territoire québécois sont nombreux et variés. En outre, ce projet inscrit le Québec comme un acteur majeur de l'expansion de l'industrie canadienne des hydrocarbures, particulièrement celle des sables bitumineux. Cela même si tous nos récents gouvernements se sont déclarés à l'avant-garde de la lutte mondiale contre les changements climatiques.
L'actuelle constitution canadienne fait en sorte que la décision finale sur ce projet interprovincial reviendra au gouvernement fédéral. En revanche, cela n'est pas une raison pour abdiquer et laisser l'évaluation des impacts de ce projet sur le territoire du Québec à l'Office national de l'Énergie de Stephen Harper!
Le Règlement québécois sur l'évaluation et l'examen des impacts sur l'environnement assujettit à cette procédure tout nouvel oléoduc de plus de 2 km à être construit au Québec. Le prochain gouvernement québécois devrait immédiatement aviser l'entreprise qu'elle doit préparer une étude d'impacts selon une directive qui lui serait transmise par le MDDEFP.
Cette directive devrait inclure la question des impacts du projet sur les GES et sur les objectifs fixés par le Québec en cette matière ainsi que le respect des lois spécifiques au Québec (Loi sur le développement durable, Loi sur l'eau, protection du territoire agricole et de notre biodiversité, etc.).
Cette façon de faire amènerait le BAPE à tenir des audiences publiques sur les impacts au Québec de ce projet pancanadien. De telles audiences sont ouvertes à tous sans exception, contrairement à l'ONÉ. Un rapport et des recommandations du BAPE auraient, pour le gouvernement du Québec, un poids politique beaucoup plus fort que les pauvres «conditions» de la dernière commission parlementaire sur le projet Enbridge face au fédéral.
Ce projet exige une affirmation forte de nos compétences sur l'utilisation de notre territoire et l'évaluation de ses impacts selon les procédures québécoises.
Pour pouvoir parler des vraies affaires, pour décider avec notre tête s'il faut donner, ou non, le «Go» à ce projet, vous devez être déterminés à exiger de TransCanada qu'elle se plie à la procédure québécoise d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement. Prenez-en l'engagement durant cette campagne!