L’ex-ministre Julie Boulet souligne que la campagne électorale fédérale a été marquée par la performance du Bloc québécois. Yves-François Blanchet, écrit-elle, a mené une bonne campagne en conservant un ton et une attitude calmes et posés. Un comportement un peu contrastant avec le caractère bouillant et souvent belliqueux qu’on lui connaissait à l’époque où il était ministre de l’Environnement à l’Assemblée nationale...

2019 nous en a fait voir de toutes les couleurs sur le plan politique...

OPINIONS / L’auteure, Julie Boulet, a été députée de Laviolette à l’Assemblée nationale de 2001 à 2018. Elle a également occupé plusieurs fonctions ministérielles, notamment au Tourisme, aux Transports, à l’Emploi et à la Solidarité sociale.

L’année 2019 vient de se terminer et nous pouvons dire, en toute honnêteté, qu’elle aura été riche en actualité politique sur la scène municipale, provinciale ainsi qu’au fédéral.

On dit qu’en politique, six mois peuvent paraître comme une éternité. Eh bien, ce vieil adage demeure encore très juste aujourd’hui et de fait, on réalise jour après jour que les événements bougent rapidement et déjouent bien souvent les prévisions, les commentaires et les sondages effectués par les professionnels. Les exemples ne manquent pas pour confirmer le tout.

Bien que tout au long de son premier mandat il ait misé énormément sur son image afin de séduire l’électorat canadien, l’année 2019 aura été particulièrement difficile pour Justin Trudeau. De jeune premier ministre prometteur, fils de l’illustre père, Justin est devenu un personnage insipide, faux et sans contenu. Celui qui défendait ardemment la place des femmes, le multiculturalisme et les relations harmonieuses avec les premières nations s’est retrouvé, à maintes reprises, dans des situations où ses discours et ses prises de position ont sérieusement miné sa crédibilité dans l’opinion publique.

Sans vouloir élaborer sur ses multiples déguisements ou sur l’épisode du «black face», rappelons simplement l’épineux dossier SNC-Lavalin. Au-delà de ses interminables hésitations à clarifier sa position et à se présenter comme un leader capable de prendre les décisions qui s’imposent dans les moments difficiles, il s’est attaqué, par personnes interposées, à deux femmes dont l’une aura été la première autochtone nommée ministre de la Justice dans l’histoire du Canada.

À l’aube d’une campagne électorale, la très grande majorité des analystes convenaient que Justin Trudeau s’était lui-même placé dans une position où il prêtait flanc à une sérieuse critique. La porte semblait alors grande ouverte pour les conservateurs qui, selon les sondages et sur papier, étaient au coude-à-coude avec les libéraux.

L’année 2019 en a jugé autrement et l’histoire retiendra que M. Scheer a lamentablement échoué dans sa tentative de se présenter comme une alternative crédible au règne libéral. Déjà en très mauvaise position avec l’effet Doug Ford en Ontario, le chef conservateur s’est lui-même enfargé, sans être en mesure de se relever, sur ses positions ambigües concernant l’avortement et le mariage entre personnes de même sexe. Sans l’aide de ses adversaires, il a anéanti ses chances de prendre le pouvoir et de faire des gains au Québec, laissant ainsi filer le vote anti-Trudeau vers le Bloc québécois. Malgré un suffrage universel qui l’avantage, M. Scheer est demeuré «un bon deuxième» ce qui, en politique, mène inexorablement à la porte de sortie.

Au niveau provincial, le gouvernement Legault vogue toujours sur son erre d’aller. Malgré quelques dossiers mal ficelés et improvisés, les caquistes sont toujours en lune de miel et conservent un appui considérable de la population du Québec. Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État a été, selon Julie Boulet, l’élément déterminant de leur législation. Il ne faudrait pas se surprendre que ce dossier devienne une histoire sans fin, croit-elle.

Une course à la chefferie devrait s’amorcer dans les prochains mois pour le parti conservateur et le choix du prochain chef sera déterminant pour la suite des choses. L’opinion publique canadienne est largement divisée sur des enjeux fondamentaux tels que le pétrole, l’environnement et la laïcité. Les grands débats sur l’unité canadienne referont surface et deviendront un incontournable aussi bien pour le gouvernement libéral de Justin Trudeau que pour les autres partis fédéraux qui prétendent au pouvoir. Le message du prochain chef conservateur doit se faire rassembleur et rassurant pour l’Ouest canadien considérant ses difficultés économiques actuelles et plaire à l’électorat québécois en reconnaissant sa diversité et ses particularités.

Est-ce que Jean Charest sera sur la ligne de départ? Les paris sont ouverts. Nul doute qu’il connaît parfaitement bien le Canada et qu’il jouit assurément d’appuis considérables partout à travers le pays. Tout comme Jean Chrétien, il est un excellent tribun et un habile politicien qui, soyez-en assurés, nous en mettrait plein la vue dans un débat des chefs l’opposant à Justin Trudeau et Yves-François Blanchet. Seule ombre au tableau: les enquêtes pendantes à l’UPAC et leurs conclusions qui ne cessent de se faire attendre depuis maintenant plus de cinq ans. Seront-elles un frein à son irrésistible envie de faire un retour en politique fédérale? Voilà bien des questions qui feront assurément partie intégrante de l’analyse qu’en fera M. Charest.

L’année 2019 aura également été marquée par la performance du Bloc québécois aux dernières élections fédérales. Son chef, Yves-François Blanchet, a mené une bonne campagne en conservant un ton et une attitude calmes et posés. Un comportement un peu contrastant avec le caractère bouillant et souvent belliqueux qu’on lui connaissait à l’époque où il était ministre de l’Environnement à l’Assemblée nationale.

Tout au long de la campagne électorale, le discours du Bloc s’est littéralement accolé aux visions et aux positions du gouvernement caquiste de M. Legault. Cette stratégie lui a permis d’être le refuge de nombreux électeurs insatisfaits de M. Trudeau et de M. Scheer. Il serait téméraire, pour lui et ses troupes, de croire que l’appui reçu des électeurs signifie leur adhésion au mouvement séparatiste. Selon moi et tout au plus, ces votes ne sont pas représentatifs d’une recrudescence du mouvement souverainiste mais davantage d’une reconnaissance d’un Québec distinct. Cette approche distinctive sera fondamentale dans le travail du groupe parlementaire dans les prochaines années.

En 2019, et sans contredit, l’environnement a pris une place prépondérante dans l’actualité. Les deux tiers des Canadiens ont voté pour un parti qui promet un virage vert. Le voyage de la jeune environnementaliste Greta Thunberg a marqué l’imaginaire de tous. On ne peut rester insensible à son message. C’est une prise de conscience collective qui a frappé la planète entière. Les partis ont fait beaucoup de promesses, il faudra voir maintenant quels seront les gestes concrets et quelles actions seront mises de l’avant par nos gouvernements tant fédéral que provinciaux. Les défis sont immenses et l’enjeu de l’environnement se fait rarement à coût nul.

Les citoyens sont-ils prêts à payer davantage d’impôts ou de taxes pour atteindre les objectifs visés? C’est une question de responsabilité générationnelle qui nous incombe à tous, mais qui est incontournable et essentielle pour toute société moderne et instruite qui nous caractérise.

Au niveau provincial, le gouvernement Legault vogue toujours sur son erre d’aller. On peut dire que malgré quelques dossiers mal ficelés et improvisés, les caquistes sont toujours en lune de miel et conservent un appui considérable de la population du Québec. Certains dossiers comme les maternelles quatre ans soulèvent encore beaucoup de questionnements mais je crois que la loi 21 a été l’élément déterminant de leur législation. Certes, le gouvernement a réussi de main de maître à mettre ce dossier derrière lui, mais il ne faudrait pas se surprendre qu’il devienne une histoire sans fin...

Finalement, 2019 nous aura procuré une économie vigoureuse qui permet au gouvernement du Québec d’engranger des surplus, ce qui en soi est une bonne chose. Je nous invite néanmoins à réfléchir sur les déficits sans fin que nous lèguent les libéraux fédéraux depuis leur accession au pouvoir. Que penser du discours de Justin de ne pas taxer les Netflix de ce monde de peur, que ce soit les contribuables qui en paient les frais. Devrait-il s’arrêter et réfléchir, un tant soit peu, sur le cadeau de grec qu’il est en train de léguer aux générations futures?

Je crois que oui...