Opinions

La vente à 1 $ de l’église de Saint-Paulin

L’Église catholique du Québec n’a pas pouvoir de taxation auprès des citoyens afin d’assurer l’entretien de ses bâtisses ni même d’assurer un revenu de subsistance à ses prêtres et diacres. 

Que faire alors lorsque les dons et la pratique régulière de la religion n’arrivent plus à payer le minimum nécessaire?

Depuis très longtemps, les lois du pays ont soustrait de l’impôt foncier les religions et leurs bâtiments afin de leur permettre d’assumer leurs fonctions spirituelles auprès de leurs fidèles croyants; mais ça ne suffit plus: il faudrait que l’État fasse plus.

À Saint-Paulin dans la région de la Mauricie, l’Église catholique va vendre (comprendre donner pour la symbolique somme de 1 $) tout son édifice religieux (comprenant aussi le presbytère) à la Municipalité qui y voit là une occasion à ne pas rater!

Ainsi, l’église continuera de vivre en pratique spirituelle et en infrastructure architecturale aux frais de tous les citoyens de la municipalité, croyants ou non-croyants à cette religion catholique de Rome. Belle astuce financière n’est-ce pas?

La direction de la Municipalité a jugé qu’un simple brunch suffisait pour tâter le pouls de la population sur cette décision financière importante pour l’avenir; moins de 200 personnes auraient eu une réaction très positive sur le sujet, selon le président de la Fabrique. 

Ça m’a rappelé la ruse de la Fabrique de Yamachiche lorsqu’en 2004 elle avait fait une réunion après la messe du dimanche pour faire accepter aux paroissiens la vente du stationnement de l’église, son déneigement et permettre la construction de la Caisse Desjardins de Louiseville. Le tout avait été béni par l’évêque de Trois-Rivières, Martin Veillette.  

Je prie qu’il n’en soit pas ainsi pour toutes les églises et cathédrales catholiques de la province ni pour toutes les religions anciennes et nouvelles du Québec. La fin justifie-t-elle le moyen ? La pauvreté vient souvent de nos ambitions démesurées.

François Champoux

Trois-Rivières


Opinions

Comptoir de viandes recherche amis

L’auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

La viande fabriquée en laboratoire semble attirer de plus en plus l’attention. Clean Meat, un bouquin qui sortira au début janvier, écrit par le chercheur et militant américain Paul Shapiro, affirme qu’une grande majorité de Nord-Américains aura consommé de la viande artificielle d’ici une dizaine d’années. Bien sûr, pour la plupart d’entre nous, l’idée de déguster une pièce de viande produite par une machine relève de la fiction. Mais avec ce livre, Shapiro nous invite à repenser notre relation avec la protéine animale.

Les gens ont pu voir de la viande in vitro pour la première fois en 2013 dans le cadre d’une émission de télévision bien orchestrée. Il ne s’agissait que d’une petite boule rouge d’à peine 140 grammes. Le coût de ce premier steak s’élevait à presque 500 000 dollars, un projet financé par l’un des fondateurs de Google. Durant l’émission, un restaurateur bien connu avait même apprêté la pièce de viande sous les projecteurs pour ensuite la servir à un connaisseur de la gastronomie européenne. Un pur spectacle qui marquait l’histoire.

Depuis, les choses ont bien changé. Partout sur la planète, il existe une mouvance vers les diètes à base de plantes. En Chine, en Europe et même en Amérique du Sud, les instances publiques semblent vouloir décourager la population de consommer de la viande, surtout de la viande rouge. Même le Canada, un grand exportateur de protéine animale, semble abonder dans le même sens. En 2018, Santé Canada publiera un nouveau guide alimentaire. Certains principes dévoilés plus tôt cette année nous indiquaient que Santé Canada avait l’intention de transformer son guide et d’adopter un virage important. Bref, la protéine animale vit une période de crise.

Les consommateurs, quant à eux, n’ont pas eu besoin d’un signal de Santé Canada pour agir. La demande pour le bœuf par personne au Canada diminue constamment depuis au moins trois décennies. L’augmentation des prix ces dernières années n’a fait qu’accélérer sa dégringolade. Pour le porc et le poulet cependant, la demande se maintient. Les viandes de spécialité comme le cheval, l’autruche et le bison vivent une certaine popularité auprès d’un public plus curieux. La demande pour les viandes nous indique que les consommateurs apprivoisent d’autres sources de protéines telles que les légumineuses et les poissons. En 2017, les résultats des ventes au détail dans les supermarchés le confirmaient. Le comptoir des viandes se cherche définitivement des amis.

La réalité de la production animale semble nous rattraper peu à peu. Certains consommateurs décident de bouder les viandes pour des raisons éthiques. Élever pour tuer est inacceptable, point. Il y en a d’autres qui précisent leur analyse et font la même chose pour des raisons de santé. Avec le vieillissement de la population, il faut s’attendre à ce qu’un plus grand nombre de consommateurs décident d’emboîter le pas.

Mais selon Shapiro, c’est la carte environnementale qui pousse les investisseurs et éventuellement les consommateurs à s’intéresser à la viande in vitro. D’abord, l’agriculture produit environ 18 % des gaz à effet de serre, une statistique bien connue. Toujours selon l’analyse de Shapiro, l’industrie bovine à elle seule dégage la moitié des gaz à effet de serre qui émanent de l’agriculture. Une proportion énorme.

La filière bovine est aussi immensément énergivore et sa production coûte cher. Selon certaines études, la viande artificielle requiert huit fois moins d’énergie que la viande conventionnelle. L’espace nécessaire pour produire de la viande ne constitue plus un obstacle puisque la viande artificielle n’exige
pas de grands territoires pour offrir un produit frais et de qualité. Des techniciens, un labo, et hop!... dans l’assiette.

L’empreinte environnementale en choque plusieurs et gêne les producteurs bovins. Clairement, ils cherchent toute sorte de moyens pour réduire l’énergie nécessaire à l’élevage du bœuf, une viande sans culpabilité.

Difficile de croire que le secteur bovin vivra un bouleversement aussi important que de voir la majorité de la population consommer de la viande artificielle d’ici une dizaine d’années. Après tout, Shapiro s’affiche comme un militant! Cependant, il reste difficile d’ignorer l’engouement des investisseurs dans la vallée du Silicium et ailleurs dans le monde. Un nombre grandissant de consommateurs établissent un lien entre leur BBQ, leur steak préféré et l’environnement. Pour la filière, les coûts de production demeurent très élevés, mais tout cela peut changer en un rien de temps. La production de la viande de laboratoire permet un meilleur contrôle des coûts et une salubrité exemplaire, presque parfaite. Des aspects très attrayants pour Wall Street.

Certes, notre relation avec la protéine animale vit une métamorphose. Mais si la viande artificielle arrive un jour en magasin, elle devra s’accompagner d’une étiquette obligatoire. Déjà, la présence du génie génétique dans nos assiettes par le biais d’ingrédients génétiquement modifiés crée un malaise depuis des décennies. Depuis peu, les Canadiens ont même droit à du saumon transgénique sans le savoir. Avec l’arrivée de cette viande artificielle, il faudra cesser de répéter les mêmes erreurs.

Opinions

Une vision différente des jeux vidéo

En réaction au texte de Christian Bouchard intitulé «Jeux vidéo: un dernier Bye», publié dans notre édition du 7 décembre dernier. L’auteur est un ancien étudiant M. Bouchard.

D’abord, je ressens beaucoup d’empathie pour tous les gens touchés par cette tragédie. M. Taillefer et sa famille ont vécu l’enfer. J’aimerais toutefois revenir sur le texte de M. Bouchard ainsi que sur la place que le documentaire Bye accorde au jeu vidéo. Le documentaire fait des liens, sans les expliquer, entre un suicide et la pratique du jeu. On voit des jeunes qui jouent beaucoup, plus que la majorité, et qui entretiennent aussi des idées noires. Le téléspectateur doit-il comprendre que les jeux vidéo sont en cause? C’est ce que M. Bouchard semble retenir de la diffusion.

J’ai l’intime conviction que le jeu vidéo sert de bouc émissaire lorsque l’on ne sait plus où chercher la source des maux qui affligent notre société; comme le heavy metal, le rock & roll, le cinéma et divers courants artistiques et littéraires l’ont été avant lui. Le jeu vidéo sert d’échappatoire, à l’adolescence. Il n’est que l’expression de ce besoin, qu’ont certains jeunes, de fuir une réalité difficile ou jugée dénuée de sens. Contrairement aux autres formes d’évasion, le jeu vidéo en ligne est social. Bien qu’ils aient l’air de s’isoler, souvent, les jeunes créent ou entretiennent des amitiés.
Dans son texte, M. Bouchard dit ceci: « […] il faudrait mettre en perspective [...] tout l’argent dépensé par les firmes de jeux vidéo pour rendre les joueurs incapables d’exercer leur jugement». Cette affirmation pourrait difficilement être plus éloignée de la réalité. Le jeu vidéo offre au joueur de constamment exercer son jugement. Qu’il s’agisse de choisir une approche, d’adopter une stratégie ou encore de résoudre un problème, le joueur doit continuellement prendre des décisions basées sur l’expérience, la connaissance et la réflexion.

Il ajoute: «Sans compter toutes les recherches ayant pour objectif de comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les circuits neuronaux de l’attention pour qu’ensuite ces précieuses données servent des intérêts économiques illimités, à l’abri du sens moral, ou à tout le moins réfractaires au contrôle d’un marché en pleine explosion». Il s’agit d’un débat très actuel dans l’industrie du jeu vidéo. En effet, des acteurs du milieu, qu’ils soient journalistes, développeurs ou encore joueurs, décrient ces pratiques. Pas plus tard que la semaine dernière, à la suite de débordements, les médias traditionnels ainsi que la classe politique de divers pays ont eu à commenter et enquêter sur des questions morales liées aux jeux vidéo.

Dans le texte de M. Bouchard, il est question de poursuites judiciaires, de jeux d’argent et de tabac. Il est important de noter que le jeu vidéo n’est ni une substance nocive qui affecte directement le système, ni un jeu d’argent. Ces amalgames sans nuances ne servent qu’à stigmatiser cette forme d’expression et ceux qui s’y associent. La majorité des jeux vidéo, et ceux dont il est question dans le documentaire, contrairement à la cigarette, ne sont pas foncièrement dommageables. Ils sont d’abord source d’émerveillement, de plaisir et de camaraderie. Évidemment, comme pour toute bonne chose, il faut faire preuve de modération lorsque l’on pratique cette activité. On ne demandera pas à un auteur de créer des intrigues moins enlevantes pour éviter que trop de lecteurs dévorent ses livres, pourquoi faudrait-il le faire pour un jeu? Il ne faudrait quand même pas oublier le rôle de supervision des parents.

Je cite M. Bouchard: «On parle de dépendance quand une habitude envahit le quotidien d’une personne au point de l’empêcher de vivre. Il n’y a rien de mal à vouloir être le héros d’un quelconque jeu électronique, mais tout va mal quand il n’y a plus rien de bien en dehors des jeux vidéo.» Mon interprétation de la situation est inverse à la sienne: quand plus rien ne va, il peut être intéressant de se mettre dans la peau d’un héros. Le jeu sert d’exutoire. Si tout va pour le mieux, il n’y a aucune raison d’en faire le centre de son existence, non? On en parle peu, mais il y a des jeunes qui s’enferment dans la lecture pour les mêmes raisons. On peut jouer ou lire pour les mauvaises raisons, mais ce n’est pas le support qui est fautif.
En terminant, il est vrai que l’industrie fait face à de nombreux défis d’ordre moral, artistique et économique, mais en faire le bouc émissaire de situations qui n’ont souvent rien à voir avec celle-ci, dans le but de se conforter, n’est pas une solution. Le jeune Thomas souffrait, il avait besoin d’attention médicale; les jeux n’étaient pas la source de cette souffrance, seulement l’expression de cette souffrance.

Maxime Larose
Trois-Rivières

Opinions

Carrefour des lecteurs

J’appuie la campagne du 5-10-15

Lettre adressée à Dominique Vien, ministre responsable du Travail au gouvernement du Québec.

Madame la ministre,

Je suis un travailleur au salaire minimum et je me considère chanceux de pouvoir travailler.

Je me compte chanceux aussi d’avoir une bonne santé mais maintenant que je suis dans la soixantaine, je commence à éprouver à l’occasion des problèmes de santé. Je sais que si je suis malade à long terme, je peux faire une demande d’assurance-chômage maladie si j’ai un papier du médecin. Heureusement, j’ai un médecin. Mais il existe un problème. Si je suis malade à court terme et que je doive m’absenter de mon travail un ou quelques jours pour une grippe ou une gastro, je n’ai alors droit à aucun congé de maladie payé, et je vois ma paye fondre comme neige au soleil.
Madame la ministre, ceci est une des raisons pourquoi j’appuie la campagne nationale du 5-10-15 (5 jours de maladie payés, 10 pour connaître notre horaire de travail dix jours à l’avance et naturellement avoir un salaire minimum de 15 $ l’heure).

Ne croyez-vous pas, Madame la ministre, qu’il serait temps que vous nous accordiez ces demandes afin de contrer l’appauvrissement chez les travailleurs et les travailleuses non syndiqués?

En espérant, Madame la ministre, recevoir un peu plus qu’un simple accusé de réception à ma lettre, mais une vraie réponse à ma demande concernant cette situation qui est importante pour les personnes qui, comme moi, travaillent au salaire minimum.

Olier Couture
Trois-Rivières

Un marché de Noël très apprécié
Le premier week-end de décembre se tenait, au centre-ville de Shawinigan, le Marché de Noël.

À mon avis ce marché s’est particulièrement distingué par ses aménagements intérieurs et extérieurs, les diverses activités proposées aux visiteurs, ainsi que par la qualité et la variété des exposants qui s’y trouvaient.

Un tel événement rassembleur a su répondre aux intérêts des petits comme des grands!

De ce fait, je tiens à féliciter Julie Gagnon, son équipe, les bénévoles ainsi que les partenaires qui ont fait de cet événement un grand succès.  
Pour l’édition 2018, je souhaite qu’ils reçoivent à nouveau tout
le soutien nécessaire à sa réalisation.

Brigitte Germain
Exposante

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle

Point de vue

L’Institut national d’excellence en éducation: une fausse bonne idée

Au moment même où était dévoilée la Politique de la réussite éducative, nous apprenions qu’un groupe de travail était mis sur pied en vue de la mise en place d’un institut national d’excellence en éducation. C’est la réponse que l’on a voulu apporter au besoin de connaître et de s’approprier les meilleures pratiques jugées pertinentes par la recherche, besoin énoncé lors des consultations qui ont mené à l’élaboration de la Politique. Bien que celui-ci puisse faire consensus, il n’en va pas de même du projet qui nous est proposé, pour ne pas dire imposé.

Une structure superflue

La première question à poser est celle de la pertinence de créer cet institut. Or, cet aspect pourtant fondamental n’a pas fait l’objet de discussions. Cet exercice nous aurait sans doute permis de prendre la mesure du travail fait par plusieurs organisations qui existent déjà et qui ont des missions qui vont dans le sens de celle que l’on veut confier à l’Institut. Faire l’état des lieux, réfléchir aux améliorations possibles pour mieux arrimer les actions et pour répondre encore mieux aux besoins, cela aurait dû être la première étape à franchir. Poser un diagnostic avant de proposer un remède, c’est toujours préférable. Le modèle proposé soulève également des inquiétudes importantes pour une organisation comme la nôtre qui représente du personnel enseignant, du personnel de soutien et du personnel professionnel.

Une vision limitée

On présente l’Institut comme étant la solution privilégiée qui, à terme, nous permettrait de faire des gains en matière de réussite. Cependant, on limite le champ de vision de l’Institut aux pratiques éducatives et pédagogiques. Du coup, on met dans l’ombre des facteurs déterminants de la réussite, notamment des facteurs sociaux et économiques, alors qu’on sait très bien que tant et aussi longtemps qu’on ne les prendra pas en compte sérieusement, nous n’atteindrons pas les taux de réussite espérés. C’est une tendance lourde en éducation, celle qui consiste à considérer le changement de pratiques du personnel comme étant la seule voie possible pour améliorer la réussite. La pression est déjà grande dans les établissements pour restreindre l’éducation à l’atteinte d’objectifs chiffrés. Les prétentions de l’Institut ne pourront qu’accentuer cette pression. Le poids de la réussite risque encore de peser sur les seules épaules du personnel.

Dans le même sens, nous sommes d’avis que ce projet encourage une vision de l’éducation qui se réduit à la capacité des acteurs à connaître et à «exécuter» ce que dit la recherche. Or, les pratiques éducatives et pédagogiques sont très complexes. Elles comportent des dimensions qui ne sont ni mesurables, ni quantifiables, mais cruciales. Des dimensions qui demandent que le personnel scolaire ajuste sa pratique en fonction du contexte et des besoins des élèves et des adultes en formation. C’est l’exercice du jugement professionnel qui permet d’ajuster adéquatement et efficacement la pratique. Le projet d’institut pourrait nous faire glisser vers la prescription de pratiques. Cela n’est pas souhaitable puisque, dans un tel modèle, l’autonomie professionnelle, garante de l’exercice de ce jugement, se retrouve menottée.

La réalité ignorée

Enfin, on veut déterminer ce qui vaut la peine d’être retenu en matière de recherche en se basant uniquement sur les résultats probants. On n’évoque jamais l’importance de prendre en compte les besoins des gens qui, comme nos membres, font l’éducation au quotidien. Or, si on ne tient pas compte des besoins du milieu, les meilleures recherches du monde, les meilleurs mécanismes de transfert ne donneront aucun résultat. Qu’on se comprenne bien, si nous mettons en doute la pertinence et l’apport d’un institut national d’excellence en éducation, nous ne remettons pas en question le rôle important de la recherche et du transfert de connaissances en éducation. Pour nous, l’alliance entre l’expérience et les connaissances issues de la recherche est fondamentale et cet institut risque fort de nous en éloigner.

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ)

Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

Johanne Pomerleau, présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ)

Stéphane Lapointe, président de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)

Opinions

Lettre ouverte à la droite et à la gauche

Je vous partage ce que je comprends de vous. Peut-être qu’il vous serait utile d’avoir l’écho qu’ont vos propos chez un aîné. Vous parlez souvent et fort. Certains jours, vous êtes de toutes les tribunes médiatiques. Le sujet de votre discours, il est vrai, est d’une telle importance pour le Québec qu’il ne saurait être surestimé. Il est la réponse à une question que tout le monde se pose à cause de la présence parmi nous d’une multitude de migrants: qui peut garantir notre identité nationale dans la diversité des cultures?

Chacune de vos formations répond: «C’est moi!». Et, de part et d’autre, le ton est ferme, énergique; aucune de vous n’est impressionnée par le défi colossal que représente la préservation de notre être québécois, mis à l’épreuve par un flux migratoire sans précédent.

Vos réponses ne sont pas en l’air, elles sont justifiées par la conception réfléchie de la nature de l’identité.

Pour la droite, l’identité – je reprends les mots de Bruno Chenu – se construit par «un effort constant d’unification, d’intégration, d’harmonisation, de convivialité». C’est à cet effort que se consacrent les chefs de partis politiques, en se posant toujours la même question à l’arrivée des immigrés ou des demandeurs d’asile: «Avons-nous les moyens de les intégrer?» C’est une question venant de la droite: l’autre est une menace à notre identité, il est d’office exclu. 

Pour la gauche, l’autre, au contraire, est un enrichissement de notre identité, car celle-ci se construit par «un effort constant […] d’assimilation, encore selon Bruno Chenu, par lequel un individu ou un groupe se rend semblable à l’autre». Ainsi, soucieux des sensibilités religieuses des musulmans, le Québec affinera son choix de la laïcité.

Malgré leur valeur, vos visions respectives de l’identité ont de si graves limites qu’elles sont, je pense, à rejeter. Car, «une analyse psychosociologique, a rapporté Bruno Chenu, révèle qu’il n’y a d’identité que paradoxale». En effet, «elle est faite de l’identique et de l’autre, de la similitude et de la différence». À droite, l’identité durcit; à gauche, elle se décompose ou pourrit, et c’est entre les deux qu’elle mûrit. 

Si vous rapprochiez l’une de l’autre vos visions de l’identité, les rendant complémentaires, vous auriez d’elle une perception intégrale et dynamique. Ce serait la fin de vos affrontements qui n’ont apparemment pas d’autre objectif que de déterminer quelle est la plus forte, la droite ou la gauche. Du même coup, vos combats s’élèveraient au niveau des débats dont l’objectif est la recherche de compromis.

Mais il serait souhaitable, tout à fait désirable du point de vue de l’identité nationale, que vous alliez plus loin encore, que vous passiez du débat au dialogue. Car celui-ci est plus riche, plus constructif, plus apaisant, moins conflictuel que celui-là. Certes, dans le dialogue, «la dimension du débat n’est pas du tout exclue, a observé Bruno Chenu, mais elle intègre une pratique plus large, plus cool, comme on dirait aujourd’hui, plus décontractée». On peut se tirailler au niveau des émotions, des sensibilités mais, au fond, on dialogue afin de finir par s’entendre. C’est ce que dit un proverbe africain: «Dans la forêt, quand les branches des arbres se querellent, leurs racines s’embrassent.»

Permettez-moi de revenir à l’objet de cette lettre, à la question initiale: qui peut garantir notre identité nationale dans la diversité des cultures? La réponse vous divise, souvent rudement au point de tourner parfois à la violence verbale, sinon physique, comme on l’a vu à Québec le 20 août dernier. 

Les migrants ont fui la guerre, une guerre dont, par surcroît, ils sont l’enjeu, et ce n’est pas pour la retrouver au Québec. C’est une infernale fatalité. De grâce, épargnez-la-leur.

Un mot pour conclure: quand on approfondit tous vos combats, il semble que tout se joue dans une certaine façon de voir notre identité.

Gérard Marier, prêtre

Victoriaville

Opinions

Un Noël d’antan

Avez-vous l’impression que, depuis quelques années, votre Noël n’est plus aussi excitant que celui du temps de votre jeunesse? Vous penserez: «c’est normal, je suis plus vieux maintenant». Et si la réponse se situait aussi ailleurs? Pour vivre un Noël plus signifiant, voici une suggestion.

D’abord il vous faudra beaucoup de courage et certains efforts. Pourquoi? Parce que la magie de Noël ne peut apparaître juste comme ça, en un soir. Il faut s’y préparer. Comment? 

En allant à quelques messes en décembre, soit durant l’avent. Qu’est-ce qu’elles vous apporteront? En premier lieu, elles vous permettront de savoir quelle église est encore ouverte près de chez vous et quelles sont les heures de ses divers services, incluant la fameuse messe de Noël. De plus, vous pourrez jaser avec des «réguliers», avant le 24 au soir. Cela vous permettra de les reconnaître et les saluer le 24.

Vous verrez aussi de quoi ont l’air les célébrations d’aujourd’hui. Rien ne vous empêche d’essayer diverses églises pour connaître votre préférence. 

Vous assisterez probablement à la cérémonie des chandelles qui, chaque semaine, prépare à Noël.

Peut-être redeviendrez-vous ouverts comme les enfants et accepterez-vous d’écouter les idées des prêtres ? Pas besoin d’être un grand théologien pour vivre un vrai Noël. 

C’est à vous de trouver votre façon de faire pour y participer pleinement. Celle-ci n’était qu’une suggestion.

Heureux Noël!

Marie-Andrée Groarke

Trois-Rivières

Opinions

De contrôle imposé à responsabilisation accrue: l’enjeu des armes à feu

Le rassemblement prévu par le groupe Tous contre un registre des armes à feu n’aura finalement pas lieu sur le site du parc du 6-Décembre-1989 près de l’Université de Montréal. Le tollé provoqué par cette annonce aura eu gain de cause contre ce groupe proarmes. Celui-ci revendique le droit de s’exprimer. Alors que ce droit leur est accordé pourquoi donc faire des revendications sur un lieu hautement symbolique qui n’a jamais été autre chose qu’un lieu de souvenir, de commémoration et de soutien pour les familles victimes d’armes à feu?

Guy Morin a le mérite d’avoir provoqué tout le monde. «Ça fait 28 ans, dit-il, qu’ils (Poly se souvient) sont instrumentalisés. Nous, on veut que ça s’arrête, l’instrumentation de ces gens-là à des fins pécuniaires et politiques, pour passer à un autre agenda.» Mais à qui s’adresse-t-il? Ne s’est-il pas lui-même laissé instrumentaliser par les puissants lobbies proarmes qui nagent dans des millions alors que ces «gens-là» n’ont à vrai dire que leur argent de poche? Guy Morin ne fait-il pas lui-même de la politique en arborant ses propos dans les médias?

Selon ses dires Guy Morin veut démontrer que «Poly se souvient» utilise chaque année l’événement de la Polytechnique pour ramasser de l’argent, exiger un meilleur contrôle des armes à feu et sauver des vies. J’accorde à M. Morin deux bonnes réponses sur trois. Il est vrai que la vie des citoyens serait mieux protégée avec un registre pour les armes à feu. Cela a été prouvé depuis le démantèlement de la loi de 1995 sur le contrôle des armes à feu, votée en 2012 sous le gouvernement Harper. En effet, selon Statistique Canada, le nombre de décès reliés aux armes à feu a augmenté pour la troisième année consécutive. Là où Guy Morin se trompe, c’est que Poly se souvient ne ramasse pas d’argent lors de la commémoration du 6 décembre 1989. 

Il veut nous tendre la main pour qu’ensemble nous puissions passer à un autre agenda. Je n’ai rien contre cela. Mais comment faire confiance à une main tendue quand l’autre tient une arme à feu? Nous aimerions tous, lui et moi, que les propriétaires d’armes à feu soient vraiment des gens garants de l’entreposage et de l’utilisation responsable de toutes leurs armes à feu. Malheureusement, Guy Morin a saboté un possible climat de collaboration en celui d’un affrontement, d’une opposition. 

De quoi s’agit-il donc? En vertu de la nouvelle loi 64 sur l’immatriculation des armes à feu, toute arme à feu sur le territoire du Québec doit être immatriculée avec un numéro unique et inscrite à un fichier. Les transactions devront être signalées et l’arme pourrait être saisie en cas d’infraction. De toute évidence, et cela a été sans cesse répété, Poly se souvient n’est pas contre les propriétaires d’armes, ni contre la chasse, ni contre le tir sportif. Tout ce qui est demandé est la mise en place d’un système de contrôle raisonnable d’objets qui sont d’abord conçus pour tuer. Les proarmes s’acharnent à dénoncer ce registre des armes à feu en imaginant qu’il y a là un «contrôle excessif». Voilà l’erreur! Il n’y a rien d’excessif à mettre en place des lois civilisées pour protéger les vies humaines. Il y a beaucoup de lois imposées aux propriétaires de voiture pour assurer la sécurité publique. Nous comprenons tous que c’est pour notre protection même si on chiale de temps en temps. On sait que c’est pour notre bien. 

À vrai dire, ce qui pose problème est le mot «contrôle». Qui aime se faire contrôler? Même un enfant va un jour exiger de ses parents de le laisser faire: «Je suis capable!» Et si on changeait le mot «contrôle» pour le mot «responsabilité». Au lieu de parler de «contrôle des armes à feu», nous pourrions avoir une loi de «responsabilisation des détenteurs d’armes à feu» en leur permettant de participer ou de devenir des acteurs dans la prévention du crime et des accidents reliés à la possession d’armes à feu.

L’enregistrement des armes et l’assurance de garder ces armes dans des lieux sécuritaires (à la maison ou en déplacement) deviendraient non pas une obligation imposée, mais relèveraient de la responsabilité participative des propriétaires d’armes à feu. Ceux-ci deviendraient alors des collaborateurs pour la santé et de la sécurité publique, en partenariat avec la police.

On pourrait étendre ce concept vers l’idée que nous serions les deux mains d’un même corps qui lutte contre le mal; les victimes et les propriétaires d’armes à feu uni dans un même but, celui de la prévention et de la responsabilité sociale. D’ennemis, nous deviendrions des amis!

Malheureusement, cela semble utopique. Mon intuition est simplement de dire que certains propriétaires d’armes à feu s’opposent au «contrôle» (sous toutes ses formes!), mais pas nécessairement à l’idée de détenir le ‘pouvoir’ de protéger les gens (femmes, enfants, personnes vulnérables) au service de la loi et de l’ordre. 

Détenir une arme à feu, c’est détenir un «pouvoir». Le détenteur de ce pouvoir peut l’utiliser sagement ou en abuser. Il faut donc constamment se rappeler que pouvoir et domination sont souvent proches l’un de l’autre. D’où la nécessité de la loi pour la responsabilisation accrue des détenteurs d’armes à feu pour la protection des citoyens. 

Je reviens à la main tendue de Guy Morin que je ne connais pas. Je n’ai aucune raison de croire qu’il est un méchant garçon, mais j’ai peur de lui. Là est la conséquence de mon traumatisme depuis l’assassinat de ma sœur Annie à la Polytechnique. Aurais-je un jour l’occasion de lui tendre ma main? Dès maintenant, même de loin, je la lui tends. C’est celle d’un prêtre catholique qui le bénit. Là est ma seule arme!

Serge St-Arneault, M.Afr

Frère d’Annie, tuée le 6 décembre 1989

Opinions

Conflit et désarroi en vue

Étant dépendants des États-Unis depuis toujours pour l’écoulement de nos marchandises, nous n’avons pas développé une tradition de diversification de nos clients. L’ALENA a accentué cette tendance de tout mettre dans un même panier.

Toutefois, depuis plus de vingt ans, l’ALENA a démontré combien le libre-échange contribue à accroître notre richesse. Au total, 76 % des exportations canadiennes – valant 33 % de notre PIB – sont destinées aux États-Unis. Dans la même proportion, le Québec est aussi dépendant du marché des États-Unis. 

Des marchandises de toutes sortes: voitures, pétrole brut, bois, minerais, aéronefs, etc. valant plus de 1,2 milliard $ traversent chaque jour la  frontière. Mais nous ne nous intéresserons ici qu’à un seul secteur: les exportations de produits agroalimentaires du Canada, soit les produits transformés issus de l’agriculture ou de l’élevage. Quoi de plus rassurant que d’avoir accès à un marché de 480 millions d’habitants! Mais quand le géant se récuse, on se retrouve alors Gros-Jean comme devant.

Depuis le 20 janvier 2017, le président Donald Trump, en mettant de l’avant son  «buy american», veut favoriser les travailleurs américains en renégociant l’ALENA de façon plus équitable selon lui. Il veut que 50 % des produits soient fabriqués aux États-Unis sinon, il imposera des droits de douane. Il veut (aussi?) augmenter les exportations vers le Canada des produits agroalimentaires (céréales, vin, volailles, œufs, produits laitiers, etc.). Or, le Canada est régi par un système de gestion de l’offre qui s’oppose à l’importation non contrôlée de ces produits chez nous.

Qu’entendons-nous par gestion de l’offre? Le Canada utilise un système de contingentement pour s’assurer qu’il n’y ait pas de surplus ou de pénuries de ces denrées. En somme, faire correspondre la production à la demande canadienne. L’équilibre entre l’offre et la demande des aliments permet aux consommateurs canadiens de compter sur des prix stables et aux producteurs d’avoir un revenu pour vivre de l’agriculture et de l’élevage sans subvention gouvernementale. Cependant, cette gestion de l’offre n’est possible que dans la mesure où nos instances peuvent prévoir la quantité de produits qui seront autorisés à entrer au pays. À cette fin, nous avons des tarifs douaniers conséquents en vigueur afin de contrôler l’importation des produits agroalimentaires ciblés.

Or, les États-Unis veulent s’attaquer au système canadien de la gestion de l’offre. Ils veulent pouvoir inonder le Canada de leurs produits agroalimentaires. En ouvrant une brèche dans ce secteur, ils cassent la protection que ce système confère aux producteurs canadiens. 

Donc, si pour faire revivre l’ALENA à tout prix, on acceptait ces concessions, une partie de notre économie faiblirait en faisant vivre à tous les agriculteurs un cauchemar similaire à celui de l’entrée en masse des fromages français chez nous. Rappelons que les systèmes sous gestion de l’offre génèrent, au plan canadien, des revenus de 110 milliards $, employant plus de 2,2 millions de personnes. Au Québec, ces systèmes génèrent près de 9 milliards $ et maintiennent 95 000 emplois. En effet, l’industrie des services agroalimentaires fournit un emploi sur huit au Canada. Est-ce qu’Ottawa peut sacrifier son système de gestion de l’offre maintenu depuis plus d’un demi-siècle? Peut-il céder un certain pourcentage aux producteurs américains, lesquels par ailleurs sont très protectionnistes?  

Comme le Canada n’a pas assez priorisé le développement de structures solides pour l’exportation ailleurs que vers le sud, l’ouverture de nouveaux marchés pourrait tarder, provoquant une crise difficile à juguler. D’où le désarroi anticipé, notre dépendance envers les États-Unis expliquant notre retard dans la conquête de marchés diversifiés qui consoliderait notre position. Le Québec qui n’est pas assis à la table des négociations pourrait perdre sur ce front comme ce fut le cas avec l’Union européenne. 

Dire que le Québec francophone n’a pas d’institut d’importance dédié au commerce international!  

Roger Greiss

Shawinigan