Martin Francoeur
Le bon sens frappe un mur

Éditorial

Le bon sens frappe un mur

ÉDITORIAL / À l’heure où le gouvernement de François Legault fait des pieds et des mains pour faire adopter un projet de loi visant à accélérer certains travaux d’infrastructures pour relancer l’économie, le projet de démolition du mur de l’ancienne usine Belgo, le long de la route 153 à Shawinigan, s’embourbe dans des études et des analyses à n’en plus finir. C’en est devenu aussi risible que désespérant.

On peut comprendre l’exaspération du maire Michel Angers et la crainte légitime de tous les automobilistes qui doivent emprunter ce tronçon de la route 153. Cette entrée de la ville, qui offrait jadis une imposante vitrine sur la gloire industrielle de Shawinigan, est devenue un passage dangereux, marqué par ce qu’on appelle avec raison le «mur de la honte».

Alain Turcotte: 40 ans de constance et de détermination

Opinions

Alain Turcotte: 40 ans de constance et de détermination

L’auteur, Donald Martel, est député de Nicolet-Bécancour à l’Assemblée nationale.

OPINIONS/ Au début des années 80, je jouais dans le baseball mineur. Je m’intéressais alors surtout à la section des sports du Nouvelliste et le nom d’Alain Turcotte m’est donc vite devenu très familier. Il assurait une information complète des événements sportifs sur l’ensemble du territoire et je suivais avec grand intérêt tout ce que ce journaliste écrivait sur les différentes ligues, les équipes, les joueurs, la relève, les entraîneurs et, en particulier, les péripéties de fin de saison, les éliminatoires et les courses au championnat. Le nom d’Alain Turcotte était déjà devenu pour moi une référence.

Contrôle des insectes piqueurs: une mise au point s’impose

Opinions

Contrôle des insectes piqueurs: une mise au point s’impose

L’auteur, Michel Angers, est maire de la Ville de Shawinigan. Il réagit ici à la lettre de Chantal Caron intitulée «La fabrication du consentement», publiée le 3 juillet.

OPINIONS/  C’est avec beaucoup d’étonnement que j’ai pris connaissance de la lettre d’opinion qui est parue ce vendredi 3 juillet dans notre quotidien Le Nouvelliste et, surtout, du ton qui a été utilisé. Je n’accepterai jamais qu’on m’accuse de manipulation et de mauvaise foi dans quelque dossier que ce soit. Je n’accepte pas plus les insinuations selon lesquelles les citoyens de Shawinigan «ne soient pas écœurés de se faire enfirouaper»! Madame Caron utilise des propos mensongers et diffamatoires que je n’accepte pas. J’espère que c’est la dernière fois qu’elle le fera.

Racisme: et si on commençait par la vérité?

Opinions

Racisme: et si on commençait par la vérité?

OPINION / Le 16 juin, le NPD sollicitait l’appui du Bloc Québécois afin que soit appelé en urgence le comité de la Sécurité publique avec pour thème le racisme systémique au sein de la GRC. Premier chef de parti souverainiste à avoir clairement reconnu et expliqué auparavant ma perception du racisme systémique, et sans juger ceux qui expriment des réserves légitimes, j’ai accepté de donner un tel appui. Le comité s’est d’ailleurs réuni le 23 juin. 

Pourtant, dès le 17 juin, le NPD demandait aux parlementaires un accord unanime pour déposer une motion qui, avant même les travaux du comité, en dictait les conclusions, incluant une réduction du budget de la GRC. L’idée peut être valable, mais à quoi bon convoquer des témoins en comité si les conclusions sont dictées à l’avance ? Je n’ai donc pas donné mon accord, ce que notre leader parlementaire, Alain Therrien, et ses collègues alors en Chambre ont indiqué. 

Le chef du NPD a alors éclaté dans une colère vindicative et a décrété que pour avoir exercé un simple privilège conforme aux règles parlementaires, Alain Therrien et les élus du Bloc Québécois étaient racistes. Plus tard, le premier ministre du Québec était aussi déclaré raciste pour son désir de lutter contre le racisme sans pour autant cautionner la notion controversée de racisme systémique. Entre ce qui pouvait paraître une colère spontanée en après-midi — et aurait pu se régler avec des excuses — et un point de presse qui faisait un indigne procès du Québec, il est clair que le NPD et son chef ont choisi d’en faire une stratégie partisane. Ils ont ainsi, en toute connaissance de cause, donné libre cours à une débauche malsaine contre nos élus et notre nation en s’appuyant exclusivement sur une accusation mensongère et gratuite. 

Dans la foulée, et même si son propre leader parlementaire niait que le Bloc Québécois ou Alain Therrien soient racistes, le premier ministre Trudeau déplorait que le Bloc Québécois ne dénonce pas le racisme systémique, se faisant l’écho d’une stratégie de division NPD tout en sachant que sa propre affirmation était fausse. Faut-il comprendre que Justin Trudeau appuie l’idée d’une réduction dans le budget de la GRC, parce que c’est bel et bien ce que disait la motion à l’origine de ce conflit déplorable ? 

L’appel à une sanction sévère à l’endroit du président de la Chambre des Communes, monsieur Anthony Rota, est resté lettre morte. Le lendemain, le chef du NPD se levait et prenait la parole au Parlement canadien comme si de rien n’était. Comment ne pas en déduire que le dénigrement du Québec, et de 32 de ses élus sans compter son premier ministre, est une pratique acceptable au sein des institutions canadiennes ? 

Dans les jours suivants, Alain Therrien, l’ensemble des élus bloquistes et moi-même avons reçu des milliers de messages de haine et de menaces par des gens ignorant visiblement le détail de l’affaire et nous traitant tantôt de suprémacistes blancs, tantôt de nazis ou de fascistes. Quel malaise ! Quelle amertume d’être injuriés ainsi pour les élus d’un parti qui œuvre à une relation généreuse avec les communautés immigrantes et de nation à nation avec les Premiers Peuples ! 

Seul député du NPD au Québec, Alexandre Boulerice ne pouvait pas ignorer que son chef commettait un grave impair. Il s’est pourtant inscrit et en a remis sur des accusations odieuses contre des élus tout aussi légitimes que lui-même, et pas plus racistes que luimême. Tout cela était bel et bien devenu une stratégie orchestrée, s’appuyant sur les pires préjugés ayant cours au Canada contre le Québec qui accueille généreusement, mais sollicite le respect de sa langue et ses valeurs d’égalité ou de laïcité. 

Le parti de monsieur Singh, en grave difficulté, compte ainsi réaliser des gains au Canada. D’ailleurs, au prix d’une stigmatisation grave et de menaces à la sécurité physique de députés n’ayant rien à se reprocher, il a aussitôt mis en ligne une opération de financement ! 

Enfin, en ne sanctionnant pas davantage le geste malsain du chef du NPD, la Chambre des Communes informe ses élus que si une insulte grave et dommageable est proférée, il suffit de ne revenir prendre la parole que le lendemain et l’éponge est passée. C’est l’ensemble des institutions parlementaires et la dignité des élus, tous partis confondus, qui paiera le prix de cette caution des pires attaques contre celles ou ceux qui croient qu’un Québec différent, généreux et français a le droit de prospérer et de s’exprimer. 

Que ceux qui doutent se demandent ce qui se serait produit si j’avais, moi, ainsi insulté un député libéral… 

Cette crise révèle que de nouveau les Québécois devront affronter, à leur façon, l’enjeu très réel du racisme, et c’est ce que nous allons faire.

101 idées pour une relance verte et juste

Point de vue

101 idées pour une relance verte et juste

OPINIONS/ Le regroupement Des Universitaires a établi une collaboration avec Le Pacte pour la transition pour la publication d’une série de 13 articles, qui visent à faire connaître au grand public la synthèse des 101 idées pour la relance, les bases d’un plan d’action pour une transition verte et juste, préparée par des expert.e.s, scientifiques et économistes qui collaborent avec Le Pacte

Après un an de travail, le Pacte pour la transition a lancé  «101 idées pour la relance», suite à une vaste consultation populaire tenue auprès de milliers de personnes dont la synthèse a été confiée à une équipe de scientifiques et d’économistes chevronnés. Ce généreux bouquet d’idées jette les bases d’un véritable plan de transition pour une relance verte et juste de notre économie. Ce que 83 % des Québécois souhaitent, selon un récent sondage.

Lors de la Fête nationale, Fred Pellerin a lancé l’appel d’un «nouveau nouveau monde» en disant: «il ne faut pas manquer notre coup, c’est le temps de choisir ce qu’on veut mettre dedans.» C’est là tout le sens de notre proposition. Il y a urgence d’agir et il y a des solutions en masse. L’heure des gestes concrets a sonné. Souffler dans la voile des meilleures pratiques, des idées les plus porteuses, pour allier un mode de vie en meilleure santé à la nécessaire réduction de nos émissions polluantes et de notre surconsommation.

Pour tous ceux et celles qui préparent la relance, il y a là de quoi s’inspirer. Pour reprendre confiance dans l’avenir, dans le respect de la vie, un nouvel art de vivre est déjà en marche. Pour conjuguer efficacement nos efforts individuels et collectif,  la rencontre de l’exigence écologique et la recherche de l’harmonie entre les êtres humains et le monde qui nous entoure doivent être au cœur des décisions politiques en cours.

Les investissements de la relance économique seront à ce point déterminants pour les 10 prochaines années que l’ensemble des décisions de l’État doit passer le crible de leurs impacts sur l’environnement et sur la santé des citoyens. La science est très claire : nous avons dix ans «pour procéder à des changements radicaux de nos façons de faire, sous peine de conséquences désastreuses».  Nous avons un but commun à atteindre : réduire de 45 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et atteindre la carboneutralité avant 2050. Cet impératif doit nous servir de guide dans nos gestes individuels mais surtout dans nos actions collectives.

Notre appel est simple : écoutons notre soif de vivre dans un monde viable ! Aplatissons la courbe de l’emballement climatique qui nous menace! Dotons-nous d’une loi climat qui nous oblige à respecter les limites d’émissions fixées par la science, adoptons un budget carbone qui encadre nos choix économiques dans le sens d’une économie viable, libérons-nous des énergies fossiles, réduisons nos besoins énergétiques en produisant et en consommant autrement. Investir l’avenir, c’est investir dans les chantiers d’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, l’écoconception, l’économie circulaire, l’économie sociale, l’alimentation saine, l’agriculture de proximité, la mobilité durable, la rénovation et la construction écologiques, le verdissement de nos milieux de vie, la protection des milieux naturels ! Il y a un monde de possibilités. Il faudra aussi avoir le courage de refuser les mauvaises pratiques et les projets qui contribuent à la dégradation de notre monde. Il faut encourager ce qui doit croître et décourager ce qui doit décroître. Les changements qui s’imposent pour bâtir ce «nouveau nouveau monde» ont le potentiel de nous rassembler dans un grand projet de société pour la prochaine décennie !

Le Québec vient de connaître un important réveil de sa capacité à agir collectivement. Pour coordonner nos efforts, nous avons besoin d’un plan crédible et convaincant. Et d’un leadership politique inspiré, sage et clairvoyant, qui sache nous rallier. Cela commence par la concertation, dans toutes les régions du Québec, autour des meilleures pratiques à soutenir et des meilleures actions à mettre en œuvre. À Québec, le premier ministre a été à l’écoute de notre appel et il a invité le ministre de l’Environnement à la table de la relance économique. À Ottawa, nous avons eu un échange que nous espérons fructueux avec les ministres Wilkinson de l’Environnement, McKenna des Infrastructures et Guilbeault du Patrimoine. Chaque fois, nous réitérons l’appel d’une volonté politique forte, en phase avec la volonté populaire d’une majorité de citoyens qui réclament qu’on relève le défi, avec un financement à la hauteur.

Nous avons répertorié une série d’idées que les experts et scientifiques jugent parmi les plus porteuses en matière de réduction de GES. Les articles qui suivront au cours des prochaines semaines dresseront un portrait de chacun des principaux champs d’action à privilégier. Il sera question de lois sur le climat, d’énergies, de transport, d’industries, de bâtiments, d’agriculture et d’alimentation, de déchets et de matières résiduelles, de biodiversité et de protection des milieux naturels ainsi que de santé et d’éducation. Nous vous invitons à consulter les 101 idées sur le site, à vous approprier ces idées et à les communiquer à tous et celles qui dans votre entourage œuvrent à la relance. À commencer par nos dirigeants politiques ! La démocratie a besoin de nous, les citoyens de tous les horizons, pour exercer une saine et ferme pression pour la suite de notre monde.

Dominic Champagne et Anne-Céline Guyon, porte-paroles du Pacte pour la transition

Regroupement Des Universitaires


Piqué par les résultats d’un sondage

Opinions

Piqué par les résultats d’un sondage

OPINIONS / Le 26 juin dernier, Le Nouvelliste titrait: «Contrôle des insectes piqueurs à Shawinigan: une majorité de citoyens en faveur».

Peut-être faudrait-il nuancer, pour ne pas dire plus, et pondérer les résultats du sondage en tenant compte du profil des répondants. On éviterait ainsi de tordre la réalité.

La valeur thérapeutique des occupations

Opinions

La valeur thérapeutique des occupations

OPINIONS / Un soir par semaine, ma grand-maman et moi discutons par téléphone pour prendre mutuellement de nos nouvelles.

Dernièrement, j’ai reçu son appel à une heure inhabituelle. Avec une certaine détresse dans la voix, elle me confie alors qu’elle n’a plus de laine pour continuer ses tricots. Devant cette situation, certains pourraient y voir une réaction excessive. Or, pour moi, en tant que petite-fille et ergothérapeute, il s’agissait d’une urgence! Confinée à son domicile, ma grand-maman n’avait plus accès à l’une des occupations qui contribue à son bien-être, particulièrement en ce temps d’isolement.

Des souvenirs volés à mon père de 96 ans

Opinions

Des souvenirs volés à mon père de 96 ans

OPINIONS / Dernièrement, mon père a dû se rendre à l’hôpital de Trois-Rivières, à la suite d’une chute à sa résidence. 

Il a été changé d’hôpital une semaine plus tard pour l’hôpital du Centre-de-la-Mauricie, à Shawinigan. À cause de la COVID-19, les visites étaient impossibles à l’hôpital de Trois-Rivières. À Shawinigan-Sud, j’ai été autorisée à rendre visite à mon père, comme aidante naturelle. Deux jours après son arrivée, son portefeuille a disparu. Une somme d’environ 265 $, ses cartes d’identité et quelques photos s’y trouvaient également.

Martin Francoeur
Deux hommes et leur fierté

Éditorial

Deux hommes et leur fierté

ÉDITORIAL / S’il y a un homme qui devait être ému, mardi soir, lors de la présentation du grand spectacle de la Fête nationale à la télévision, c’est bien l’ex-maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque. Les images spectaculaires de l’Amphithéâtre Cogeco, mettant en valeur l’infrastructure elle-même mais aussi ses environs, la jonction des deux cours d’eau qui la baignent et les treize lettres géantes qui épellent le nom de la ville, avaient de quoi rendre fier n’importe quel Trifluvien. Et à plus forte raison celui qui aura fait de l’Amphithéâtre une réalité, parfois contre vents et marées.

Il faut reconnaître qu’Yves Lévesque y aura été pour beaucoup dans la concrétisation de ce projet d’amphithéâtre, défini comme projet phare du développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Quand il a brusquement quitté la vie politique municipale, à la fin du mois de décembre 2018, tout le monde ou presque était d’accord pour dire que l’Amphithéâtre Cogeco aura été le legs principal d’Yves Lévesque à la ville qu’il a dirigée pendant dix-sept ans.

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle
Télétravail, exode urbain et reconquête des territoires

Point de vue

Télétravail, exode urbain et reconquête des territoires

Le télétravail, issu de la révolution numérique et des progrès des technologies d’information et de communication, est largement utilisé durant la crise sanitaire du Covid-19 tant dans le secteur public que privé. Il permet de maintenir un niveau substantiel d’activité économique et ainsi d’éviter des conséquences plus graves. Considéré jusqu’à ce jour comme marginal, ce mode de travail aura été mis à l’épreuve sur une base élargie.

Tout au cours des mois de confinement, employeurs et employés ont pu tester les avantages et les inconvénients de cette pratique et envisager les adaptations et ajustements qui s’avéreront nécessaires. Le télétravail doit gagner en souplesse pour constituer une véritable avancée. On est en train d’apprendre à travailler autrement.

D’après certains sondages, d’ici et d’ailleurs, un pourcentage élevé de télétravailleurs souhaite continuer le télétravail après la crise et plusieurs employeurs, publics et privés, déclarent lui accorder désormais une place plus grande dans leur organisation. 

0n va de plus en plus travailler ailleurs que dans les immeubles à bureaux, mais cela ne veut pas dire la fin du bureau. L'entreprise sera le lieu où l'on vient pour des réunions, le partage, l’innovation, la stimulation, ce que ne peuvent faire adéquatement des outils de communication virtuelle tel Zoom.

Le travail à distance a un bénéfice environnemental qui n’est pas à négliger : il réduit les déplacements pendulaires quotidiens entre la résidence et le lieu de l’entreprise, contribuant ainsi à diminuer la circulation automobile, à réduire les émissions de GES et à atténuer la pression sur la gestion de la mobilité urbaine.

Éclatement des lieux de travail et nouvelle dynamique territoriale

Le télétravail qui a pour premier mérite de pouvoir effectuer des tâches professionnelles à distance devient un moteur de déconcentration de l’activité économique et de l’emploi. Il décloisonne les lieux de vie des personnes qui le pratiquent et génère une nouvelle géographie du travail. À trois ou quatre jours de télétravail à domicile par semaine, il est désormais possible pour des travailleurs de s’établir avec leurs familles dans une ville ou village en région, à 100 ou 150 km d’une grande ville. Allongez le temps consacré au télétravail et vous élargissez d’autant les bassins d’emploi. La concentration ne fait plus loi. Des territoires éloignés des centres pourront tirer avantage de cet éclatement des lieux de travail. Les municipalités devront toutefois satisfaire les besoins et les attentes des PME et des télétravailleurs et leurs familles en quête d’un lieu d’établissement.

L’exode urbain et les facteurs explicatifs

Au télétravail, s’ajoutent trois autres facteurs pour expliquer l’exode des grandes villes et la nouvelle attractivité des régions: la qualité de vie, le cadre de vie et l’autonomie alimentaire. Conjugués, ces quatre facteurs viennent amplifier le mouvement de reconquête des villes et villages en région dans la perspective, chez plusieurs, de vivre autrement.

La grande ville ne fait plus rêver autant qu’avant. Le phénomène d’exode urbain a fait perdre 178 067 personnes à Montréal dans ses échanges interrégionaux entre 2010-2011 et 2018-2019, dont 27 890 pour la seule année 2018-2019. À Québec, sans être négatifs, les soldes migratoires sont faibles soit une moyenne annuelle de 582 pour la même période.

Les couronnes périurbaines et les régions voisines de Montréal et de Québec (Montérégie, Lanaudière, Les Laurentides, les MRC de Charlevoix et de Bellechasse) sont largement bénéficiaires de ces mouvements de population, mais pas exclusivement. Les régions intermédiaires et éloignées tirent aussi profit de cet exode qui frappe les grands centres. Les écarts entre entrants et sortants ont ici une évolution variable mais généralement positive pour la plupart d’entre elles. Quatre des huit régions-ressources parviennent même à renverser la tendance négative du début des années 2000 et trois autres enregistrent de réels progrès.

Histoire de matante et de mononcle

Point de vue

Histoire de matante et de mononcle

POINT DE VUE / Pour les francophones, Tante Jemima représente le sirop de poteau par excellence et une préparation de crêpes infaillible. Peu connaissent d’autres marques. Pour les anglophones qui ont grandi sans le luxe de connaître les vertus du bon liquide doré provenant des érables, le sirop Tante Jemima accompagne bien les crêpes et les gaufres. Mais voilà que Quaker Oats, propriétaire de la marque Tante Jemima, s’apprête à annoncer un changement de nom et d’image pour éviter d’entretenir de vieux stéréotypes racistes.

Cette marque a de l’histoire, une lourde histoire. Le logo de la marque existe depuis plus de 130 ans et représente une femme afro-américaine nommée d’après un personnage de spectacles de ménestrels du XIXe siècle. La caricature offensante s’enracine dans le stéréotype d’une femme noire amicale travaillant comme domestique pour une famille blanche. La plupart des consommateurs ignoraient que l’esclavage se retrouvait carrément dans l’ADN de cette marque.

Le logo disparaîtra avant la fin de l’année. Depuis plus de 40 ans, certains groupes faisaient pression sur l’entreprise pour changer l’identité visuelle de ces produits. Il fallait attendre un mouvement massif contre le racisme pour inciter Quaker Oats à agir. Quaker Oats, une filiale du géant PespiCo, annonçait du même coup qu’elle allait verser cinq millions de dollars américains en faveur d’initiatives pour la minorité afro-américaine. Bien sûr, ce geste peut sembler opportuniste et perçu par certains comme du « Black Lives Matter washing » pour se donner bonne conscience, comme on le voit parfois avec des causes liées à l’environnement. Certaines entreprises feront des dons, vides de sens. Espérons que ce n’est pas le cas.

Dans cette même foulée, la compagnie Mars a aussi déclaré qu’elle évaluait des changements possibles à la marque de riz emballé «Uncle Ben’s», qui présente un homme afro-américain aux cheveux blancs nommé d’après un riziculteur du Texas. Un autre geste tout à fait approprié. Le racisme systémique a depuis longtemps été symbolisé sur nos tablettes d’épicerie. Notre éveil collectif fait en sorte que plusieurs d’entre nous voient les choses différemment.

Ces marques incontestablement racistes et leur longévité déconcertante témoignent du pouvoir du marketing pour renforcer les stéréotypes offensants. La publicité et le marketing alimentaire jouent un rôle important dans la promotion d’un monde archi-blanc. Les entreprises ont longtemps eu une influence dans la perpétuation d’une image selon laquelle les blancs sont immensément supérieurs. Pendant que ces marques s’ancraient dans notre patrimoine alimentaire, ces symboles dans nos supermarchés normalisaient le racisme systémique. On le reconnaît aujourd’hui.

Pour les entreprises qui décident d’agir, leurs gestes sont méritoires. Mais il reste difficile de ne pas se demander si ces décisions s’inscrivent dans une véritable volonté de changer les choses, ou s’il y a plutôt une prise de conscience révélant qu’il n’y a plus d’argent à faire en perpétuant des stéréotypes archaïques. Le temps nous le dira.

Tout en restant imaginatif, le marketing alimentaire doit aussi s’effectuer dans le respect des valeurs contemporaines d’une société qui évolue. L’utilisation de stéréotypes ne constitue pas une nouvelle stratégie en marketing alimentaire. En effet, certaines stratégies ne causent pas vraiment de préjudices. Au Québec, certaines marques utiliseront des stéréotypes de la société québécoise. Mais jamais les marques québécoises n’iront aussi loin que de positionner les Québécois, ou la culture québécoise, comme des êtres supérieurs à d’autres. Voilà toute une nuance.

Il faut prendre conscience que certains stéréotypes doivent disparaître. Les marques sont incroyablement puissantes, et sans vraiment s’en rendre compte, elles peuvent favoriser un sentiment suffisant de supériorité blanche. Alors que des marques telles que Tante Jemima et Oncle Ben ne peuvent pas être les uniques responsables du racisme systémique d’aujourd’hui, l’utilisation de ces icônes stéréotypées pour représenter une marque, un produit alimentaire, offre une tribune inouïe à des images d’un passé sombre de notre société.

Le marketing alimentaire doit évoluer. Il y aura sûrement d’autres marques qui subiront le même sort. Certaines marques lancées ces dernières années pourraient être reconsidérées dans un contexte social qui change avec le temps, et c’est correct. Pourvu qu’une entreprise reconnaisse que la justice sociale et la façon dont nous préservons l’équité restent en constante évolution.

Pour en finir avec la grande peur?

Carrefour des lecteurs

Pour en finir avec la grande peur?

OPINION / L’auteur, Jean Fournier, est professeur de travail social au Cégep de Trois-Rivières. Il habite Nicolet.

Peur de voir un proche atteint. Peur de perdre un emploi. Peur de la mort. Peur de la fin.
La peur, c’est une grande inconnue qui vient hanter nos vies dans des moments où nous désirerions l’entrevoir distante. Elle y était au rendez-vous dans la bascule du 12 au 13 mars dernier. Elle s’est exprimée dans un seul mot: COVID-19.

La peur humaine remonte à la nuit des temps. De Spinoza à Freud, de nombreuses personnes se sont exprimées sur la peur, l’associant parfois à l’angoisse, lui offrant une place de choix dans les réflexions exprimées sur les réalités humaines. Aussi, en plus d’être mauvaise conseillère parfois, elle gruge en dedans, fige ou saisit.

Bien entendu, s’ancrer dans la peur pour offrir une réflexion sur la pandémie COVID-19 n’est pas très original. COVID, par sa seule appellation d’ailleurs, soulève la peur, le recul, l’hésitation, le refus. Et ce propos ne cherchera pas à diminuer sa portée; seuls le temps, ainsi que la distance émotive, mais également objective sur un plan individuel et collectif, pourront nous permettre d’y arriver.

Nous le savons bien que la crise sévit encore; la COVID-19 rôde. Ce virus tue encore; il atteint encore. Est-il prématuré de commencer à jeter des jalons de réflexion afin d’en dégager ultérieurement un bilan, des prises de conscience? Je me lance et en propose trois, brièvement. Il faudra les reprendre, les virer de bord, les soupeser, en ajouter.

1- Nous avons besoin de l’autre, des autres, de la rencontre. Nous sommes profondément grégaires, interdépendants. Et la peur de l’autre devra s’estomper dès que possible. Car fuir l’autre, s’en éloigner, c’est fuir une partie de soi qui se révèle par l‘autre. Il faudra, plus vite que tard, se rebrancher à l‘autre; la xénophobie se nourrit de ce terreau de distance sociale. Et en cette période de luttes antiracistes, aux États-Unis mais par rebondissement dans toutes nos sociétés, la distanciation physique demeure la seule à tolérer pour encore un temps.

2- La COVID-19 a révélé que nous avons besoin de l’État. Le marché seul n’y arrive pas. L’État peut agir, réguler, redistribuer. Il ne cherche pas le profit-à-tout-prix ou l’enrichissement individuel. Certains des secteurs où l’État québécois s’était particulièrement désengagé ont notamment été frappés de plein fouet par la pandémie; pensons ici à l’hébergement pour nos aînés. La société québécoise a assurément besoin d’un secteur privé fort, soutenu, qui offre des conditions de travail justes et équitables, mais également d’un secteur associatif et communautaire (qui d’ailleurs soutient actuellement les familles ou les plus vulnérables) fort et soutenu tout autant; puis notre monde a besoin d’un État agile, engagé, soutenant, encadrant… et gardien du bien-commun.

3- La pandémie révèle le besoin de transformer notre planche du jeu de Monopoly! L’actuelle crise s’exprime dans une civilisation qui par l’économisme-à-tous-crins pressurise les écosystèmes, dans un marché libre, transnational qui cannibalise, financiarise et transforme tout sur son passage en marchandises, en biens à «vendre» aux plus offrants, comme l’eau, les écoles, les routes, la santé ou… la maladie.

Dans cette foulée, un des prochains virages à prendre ensemble, n’est-il pas celui de l‘achat local, en circuit court, en tentant de réduire notre empreinte écologique? À ce titre-là, le Panier bleu peut inspirer, ainsi que la quantité de jardins qui ont commencé à fleurir et à produire pour cet été… Il nous faut redécouvrir le plus petit, le proche, l’accessible.

Nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir apporter une contribution à la réflexion collective. Il faut continuer de le faire en tentant d’éviter de brusquer, en respectant les silences ou les fragilités de l’un et de l’autre et en portant une attention aux généralisations qui s’expriment, aux opinions qui refusent de questionner, voire de remettre en cause. Cela, il faut le faire, mais doucement… avec un peu de distance.

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle
Martin Francoeur
Redéfinir le centre-ville

Éditorial

Redéfinir le centre-ville

ÉDITORIAL / Les aménagements déployés au centre-ville de Trois-Rivières ces dernières semaines dans le contexte de la crise sanitaire et de la réouverture progressive des commerces, des musées et des restaurants devraient fournir l’occasion parfaite de repenser la circulation et l’animation dans le cœur commercial et institutionnel de la ville. Déjà, certaines mesures semblent tout à fait prometteuses.

La réouverture des restaurants, en début de semaine, a provoqué une effervescence que l’on n’avait pas vue depuis longtemps dans les rues du centre-ville. La rue des Forges devenue piétonne grouillait déjà de promeneurs aussi enthousiastes qu’hésitants devant les directions à respecter et la distance de deux mètres à maintenir tant bien que mal. Mais globalement, ça faisait du bien de voir renaître les restaurants et leurs terrasses, et de voir les piétons se réapproprier le centre-ville.

Vers une consommation plus durable avec les épiceries zéro déchet

Point de vue

Vers une consommation plus durable avec les épiceries zéro déchet

Nos habitudes de consommation ont fortement évolué au cours du siècle dernier et une de leurs conséquences préoccupantes est l’augmentation de la quantité de déchets.

En 2016, le Canada a produit 34,2 millions de tonnes de déchets (incluant ceux qui ont été réutilisés, recyclés ou compostés), dont 26 millions de tonnes – soit 73% – qui ont été éliminés (i.e. qui ont été enfouis, mis dans des décharges ou incinérés) (1). Au total, 44% de tous les déchets produits au Canada ont une source résidentielle, démontrant l’importance des habitudes de consommation des ménages. Quant aux déchets réacheminés (i.e. réutilisés, recyclés, ou compostés), ils se composent à 40% de papier/carton, à 30% de matières organiques et à 30% de verre, plastique, appareils ménagers et matériaux de construction. Le fait que seulement 27% des matières résiduelles produites soient réacheminées souligne que beaucoup de déchets ne sont pas ou difficilement recyclables. 

En 2018, l’organisation gouvernementale Recyc-Québec présentait le bilan de sa politique de gestion des matières résiduelles mise en place depuis 2015 et les progrès modestes accomplis. Pour la période 2015-2018, une diminution globale de 4,3% (2) de la quantité de déchets éliminés était rapportée ainsi qu’une augmentation de 26% des matières déposées dans les écocentres (3). Ces résultats qui semblent encourageants étaient néanmoins contrebalancés par une augmentation de 25% des matières rejetées des centres de tri et qui ont donc été finalement enfouies ou brûlées (4). Cette augmentation est notamment due à des critères plus stricts des pays asiatiques voire à leur refus d’importer des déchets plastiques envoyés par les pays occidentaux, dont le Canada (5). Ces nouvelles restrictions accentuent la nécessité de diminuer la quantité de matières résiduelles que nous produisons. À l’échelle planétaire, seulement 9% du plastique produit a été recyclé alors que les particules de micro-plastique issues de la fragmentation d’objets de plastique ou de vêtements synthétiques s’avèrent être un fléau pour l’environnement (6). Face à ces difficultés, l’adoption d’habitudes de consommation favorisant la réduction des déchets à la source est incontournable.

Dans cette optique, la démarche «zéro déchet» a émergé dès les années 60 face à l’accumulation de déchets qui commençait à être dénoncée par certains environnementalistes. Selon la Zero Waste International Association (7), cette démarche vise « la préservation des ressources par une production, une consommation, une réutilisation (ex. l’achat d’occasion, la réparation) et une récupération (ex. le recyclage, le compostage) des produits, des emballages et des matériaux sans incinération, sans décharge ou rejet dans le sol, l’eau ou l’air qui menaceraient l’environnement ou la santé humaine ». Autrement dit, la démarche zéro déchet vise à n’avoir plus aucun déchet enfoui, à la décharge ou incinéré. Pour y parvenir, la règle des 5R a été énoncée : « Refuser (les objets dont on n’a pas besoin, à usage unique ou non valorisable i.e. non recyclable); Réduire (n’acheter que les quantités nécessaires, éviter le gaspillage); Réutiliser (privilégier les objets réutilisables, acheter d’occasion, emprunter, réparer, donner); Recycler (les objets et matières valorisables); et Rendre à la terre (composter la matière organique) » (8). Considérant les défis inhérents à la réutilisation et au recyclage, le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. « Refuser » et « Réduire » sont donc placés au premier plan de la démarche zéro déchet. 

Les secteurs alimentaire et cosmétique génèrent de grandes quantités de contenants à usage unique. Une des façons efficaces et à notre portée de réduire ces déchets est de s’approvisionner dans les épiceries dites « zéro déchet ». 

Ces épiceries sont maintenant un peu partout au Québec et leur site de référence en dénombre plus de 200 dans la province. En plus de réduire les déchets, la plupart de ces épiceries favorisent l’approvisionnement local et proposent un large choix de produits issus de l’agriculture biologique. Il existe également de plus en plus des groupes d’achat zéro déchet dont l’exemple le plus emblématique est Nousrire. Comme tous les commerces d’alimentation du Québec, les épiceries zéro déchet ont diversifié leurs services pour s’adapter à la situation sanitaire de la COVID-19, notamment en proposant d’emballer les produits dans des sacs compostables de papier brun ou dans des pots consignés, en préparant les commandes à l’avance et en offrant des services de livraison. L’achat des produits ménagers (ex. savon à vaisselle), de beauté (ex. dentifrice, shampoing) et des aliments secs (ex. pâtes, céréales, noix) dans les épiceries zéro déchet permet une diminution draconienne des matières mises à la poubelle ou au recyclage, surtout si les résidus organiques sont compostés en parallèle. Cela demande certes un peu d’organisation au départ (ex. préparer ses sacs d’épiceries avec des contenants vides), mais une fois lancé, le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Références

1-Environnement et changement climatique Canada (ECCC) [En ligne] (2018). Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement : Réacheminement et élimination des déchets solides. [cité le 4 juin 2020] 

2-Radio-Canada [En ligne] (2019). Où le Canada peut-il envoyer ses déchets ? [cité le 4 juin 2020] 

3-RecycQuébec [En ligne] (2018a). L’élimination - Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec. [cité le 14 mai 2020] 

4-RecycQuébec [En ligne] (2018b) Le conditionnement et le recyclage des matières recyclables - Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec. [cité le 14 mai 2020] 

5-RecycQuébec [En ligne] (2018c). Les écocentres - Bilan 2018 de la gestion des matières résiduelles au Québec. [cité le 14 mai 2020] 

6-ONU Environnement [En ligne] (2018). L’état des plastiques. [cité le 4 juin 2020] 

7-Zero Waste International Association [En ligne] (2018). Zero waste definition. [cité le 4 juin 2020] : 

8-Zero Waste Paris [En ligne] (2018). Le principe : la règle des 5 R. [cité le 14 mai 2020]

Lauren Ribes et Laurence Guillaumie sont membres Des Universitaires

Eaux usées: 42 organismes réclament un grand chantier de l’eau propre

Points de vue

Eaux usées: 42 organismes réclament un grand chantier de l’eau propre

POINT DE VUE / Monsieur le premier ministre, monsieur le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques et madame la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, le 1er juin 2020, nous avons pris connaissance des informations rendues publiques par la Fondation Rivières dans son communiqué intitulé «Traitement des eaux usées au Québec : 7 municipalités sur 10 contaminent toujours les rivières».

À la suite de cette lecture, nous estimons que le temps est venu pour le gouvernement d’agir avec rigueur, concrètement et efficacement, pour protéger les cours d’eau du Québec et pour assurer aux Québécoises et aux Québécois des accès publics aux rivières qui soient propres et sanitaires.

Petite histoire d’assainissement

Rappelons que c’est à la suite de la création du ministère de l’Environnement en 1979 par Marcel Léger, sous le gouvernement de René Lévesque, que le premier grand chantier d’assainissement a été mis en œuvre. Le Programme d’assainissement des eaux du Québec, de l’ordre de 6 milliards de dollars sur une période de 10 à 20 ans, était une priorité d’État pour les décennies 80 et 90. Avant cela, le Québec épurait seulement de 6 à 10 % de ses eaux usées domestiques et industrielles.

Or, après 40 ans et des sommes d’argent publiques conséquentes, le Québec se contente du strict minimum, alors qu’il a tout pour être un chef de file dans la gestion de ses eaux en optimisant les ouvrages d’assainissement. Tout comme pour le cas des infrastructures routières et scolaires qui se sont dégradées de façon importante, les gouvernements qui se sont succédé ont laissé la situation se détériorer au point où aujourd’hui, en 2020, la majorité des systèmes d’assainissement sont désuets et inadaptés, sans jamais avoir été développés dans une logique d’aménagement intégré du territoire.

À l’heure actuelle, les normes de rejet de contaminants dans l’environnement ne tiennent pas compte de la capacité des milieux naturels à supporter la pollution. En effet, toutes les municipalités du Québec sont encore en attente depuis 2014 de recevoir leur « attestation d’assainissement », une forme de permis d’exploitation, une nouvelle norme qui doit resserrer le nombre maximal de surverses que peuvent tolérer les différents bassins versants et les normes de traitement à atteindre. Or, le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques n’a encore émis aucune attestation en vertu de ce règlement. Selon les informations obtenues, le processus d’émission des attestations ne serait complété qu’en 2026, soit 12 ans après l’adoption du règlement. Une autre conséquence des retards actuels est que plusieurs municipalités se retrouveront le 31 décembre prochain en infraction au règlement, car elles déverseront encore des eaux non traitées. C’est une situation pour le moins questionnable.

La plus grande richesse naturelle, une ressource à protéger

Il est regrettable qu’en 2020, malgré des milliards de fonds publics investis, la situation des débordements d’eaux usées municipales dans les cours d’eau du Québec ne soit toujours pas contrôlée. Pire, on note que le nombre réel est en hausse et qu’il est maintenant de 53 645 rejets d’eaux usées par année! Les 1001 cours d’eau, cette richesse naturelle enviée par tous les pays du monde, sont encore traités comme des égouts à ciel ouvert… Nous pouvons et devons faire mieux. Beaucoup de rivières et leurs écosystèmes, dont ceux du majestueux fleuve Saint-Laurent, souffrent depuis trop longtemps de cette négligence. Mettons fin au statu quo et profitons de la crise actuelle pour entamer de réels changements de société.

Lançons un grand chantier de l’eau propre

Depuis toujours, pour stimuler l’économie, les gouvernements lancent de grands chantiers. Cette fois-ci, pourquoi ne pas saisir l’occasion de mettre en œuvre un grand chantier de l’eau propre? Un projet réfléchi en fonction des enjeux d’adaptation aux changements climatiques et selon les principes d’infrastructures vertes, en cohérence avec les notions de capacité de support des milieux naturels et d’aménagement du territoire.

Attaquons-nous aux vrais enjeux à court terme comme le fait que des eaux usées ou pas suffisamment traitées sont rejetées dans nos plans d’eau. Voici des recommandations de ce que pourrait contenir le grand chantier de l’eau propre :

  • Soutenir et accompagner les municipalités avec des ressources publiques qualifiées et suffisantes ;
  • Investir massivement à court terme pour régler les problèmes urgents ;
  • Prioriser la bonne gestion des eaux pluviales par l’aménagement d’infrastructures vertes ;
  • Développer une approche moins bureaucratique et offrir aux municipalités un meilleur accompagnement ;
  • Mettre en place un secrétariat interministériel dédié à ce dossier afin de faciliter la coordination entre tous les ministères et organismes publics concernés ;
  • Implanter un tableau de bord national public permettant aux Québécois de connaître l’état d’avancement du grand chantier ;
  • Donner un mandat clair et des fonds conséquents au MELCC pour la mise en œuvre de ce chantier et assurer un engagement du premier ministre et du Conseil exécutif ;
  • Mettre en place une priorisation régionale des travaux à l’échelle des bassins versants.

Bref, les solutions existent. Usons de leadership et cessons de remettre à plus tard ce qui aurait dû être fait depuis bien longtemps!

Nous avons une chance inouïe d’avoir sur notre territoire de si nombreux cours d’eau. Nous avons le devoir collectif de les protéger.

Signataires :

Fondation Rivières
Eau Secours
Nature Québec
Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ)
Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) S
tratégies Saint-Laurent
Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE)
Organisme de bassin versant de la rivière Saint-Maurice
Organisme de bassin versant de la rivière Richelieu et de la Zone Saint-Laurent
Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi
Organisme de bassin versant du Témiscamingue Corporation de l’Aménagement de la rivière L’Assomption
Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie
Organisme des bassins versant de la zone Bayonne Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour
Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François
Organisme des bassins versants de la Capitale Organisme des bassins versants de la Haute-Côte-Nord
Corporation de gestion de la rivière Saint-Jean Saguenay inc.
Conseil des bassins versants des Mille-Îles
Organisme des bassins versants de Kamouraska, L’Islet et Rivière-du-Loup
Conseil de bassin de la rivière Etchemin
Comité du bassin versant de la rivière du Lièvre
Organisme de bassin versant de Duplessis
Organisme de bassin versant des rivières du Loup et des Yamachiche
Organisme de bassin versant de la rivière Maskinongé Organisme de bassin versant du Saguenay
Conseil régional de l’environnement de Montréal Conseil régional de l’environnement de la Montérégie
Conseil régional de l’environnement de Laval
Conseil régional de l’environnement des Laurentides ZIP de Québec et Chaudière-Appalaches
ZIP Les Deux Rives
Greenpeace Canada, Montréal
Association des riveraines et riverains du lac Joseph
Association de protection du lac à la truite d’Irlande
Association des Riverains et Amis du Richelieu
Association pour la protection du lac Taureau Canot-Kayak Qc
Environnement Jeunesse (ENJEU) WWF-Canada, direction Québec
Le Projet de la réalité climatique Canada

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle
Alain Turcotte
Le meilleur des deux mondes

Éditorial

Le meilleur des deux mondes

ÉDITORIAL / Les impacts de la pandémie se font ressentir dans tous les domaines et affectent chacun de nous. Le port du masque, les files d’attente, la distanciation sociale, le répétitif lavage des mains, le télétravail et quoi d’autre encore bouleversent nos habitudes de vie.

Le déconfinement ouvre la porte à un retour progressif à la normale, mais nous sommes encore loin du compte. Les grands événements culturels sont remis à l’an prochain tandis que les grandes manifestations sportives reprennent vie graduellement malgré le fait qu’elles se déroulent devant des estrades vides.

Après la crise, qui voudra encore être travailleur autonome ?

Point de vue

Après la crise, qui voudra encore être travailleur autonome ?

PCU. Trois lettres qui soulèvent les passions et qui sont la cible de certaines critiques par les jours qui courent. Pourtant, l’aide que ces trois lettres symbolisent permet aujourd’hui à des milliers de personnes de garder la tête hors de l’eau en attendant des jours plus cléments. Plusieurs espèrent une reprise des activités économiques sous peu et, collectivement, on se le souhaite.

Toutefois, des secteurs importants n’ont aucune perspective de relance à court terme. Dans le cas qui nous concerne, c’est une situation qui affecte particulièrement les artistes ainsi que les travailleuses et les travailleurs des milieux médiatiques et culturels. Les directives sanitaires en matière de distanciation affecteront encore longtemps les activités culturelles et le ralentissement économique aura quant à lui des impacts sur le secteur médiatique, déjà durement touché par l’érosion de ses revenus.

Fait notable, dans ces deux milieux, on retrouve une proportion importante de personnes à statut autonome pour qui la crise a mis en relief une réalité crue : leur précarité en raison de ce statut même.

Pourtant, être travailleur autonome ne devrait plus rimer avec précarité. D’autant plus que dans les secteurs en question, ce statut d’emploi n’est pas toujours volontaire, mais intrinsèque à la sphère d’activité.

La crise aura donc permis de révéler une autre crise, soit l’angle mort de notre filet social.

Un enjeu plus large

Sans la PCU, les gens que nous représentons (artistes, concepteurs, techniciens, journalistes pigistes, créateurs et autres professionnels) auraient été condamnés à une situation d’extrême précarité. Une situation, précisons-le, qui déborde au-delà de nos seuls membres. La précarité qui a été mise en relief touche ainsi une importante partie de la population et nous inscrivons notre démarche dans une réflexion plus large. Une réflexion nécessaire.

À court terme, la prolongation de la PCU nous apparaît donc comme une évidence même. Sans cette prolongation, un nombre incroyable de personnes se retrouveront sans appui substantiel pour traverser, rappelons-le, ce qui est une crise sans précédent. Les artistes, les travailleuses et les travailleurs que nous représentons ne demanderaient qu’à reprendre leurs activités, mais la nature même de leurs métiers ne leur permet pas d’envisager une reprise à court terme. Il faut éviter qu’ils et elles soient pris en otage par une situation hors de leur contrôle.

À plus long terme, nous joignons notre voix à tous ceux et celles qui réclament une révision de notre filet social. Que ce soit pour le milieu culturel ou médiatique ou pour tout autre secteur d’activité à forte proportion de travailleuses et de travailleurs autonomes, nos élu-es, tous les partis confondus, ont la responsabilité de travailler ensemble afin d’apporter les réponses politiques et législatives appropriées.

Reléguer cet enjeu à des conflits partisans ou le soumettre à des débats idéologiques reviendrait à consentir que certains d’entre nous méritent moins de protection que d’autres. Collectivement, nous sommes capables de transcender ces différences et replacer le bien commun au centre de nos valeurs.

Pascale St-Onge, Présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture
Sophie Prégent, Présidente de l'Union des artistes
Luc Fortin, Président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec
Viviane Morin, Directrice générale de l'Association des professionnels des arts de la scène du Québec
Gabrielle Brassard-Lecours, Présidente de l'Association des journalistes indépendants du Québec
François Deschamps, Co-porte-parole de Travailleuses et travailleurs regroupés des arts, de la culture et de l'événementiel

Simplicité contrainte et sagesse épicurienne à l'aune de la COVID-19

Point de vue

Simplicité contrainte et sagesse épicurienne à l'aune de la COVID-19

Malgré ses implications dramatiques, la pandémie actuelle a suscité certaines lueurs d’espoirs de la part des environnementalistes qui prônent un changement majeur du système économique actuel sous l’égide de dirigeants devenant soudain plus éclairés et plus sensibles aux arguments d’un nombre croissant de scientifiques sur les limites des écosystèmes et sur le caractère non-soutenable de notre modèle dominant de développement.

Ces arguments, qui sont au cœur du concept de développement durable, ne sont pas nouveaux. Kenneth Boulding affirmait déjà dans les années 60 que « celui qui croit que la croissance peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou ou un économiste ».

La baisse significative des émissions de GES lié à l’arrêt brutal d’une large part des activités économiques et la capacité des États à imposer des mesures contraignantes à la population au nom du bien-être commun ont ravivé les espoirs et les spéculations sur l’avènement d’un nouveau système économique qui serait subordonné aux impératifs environnementaux et guidé par les recommandations de scientifiques affranchis de toute allégeance partisane.

De telles spéculations semblent, au mieux, hasardeuses, même si la période actuelle est propice aux remises en causes et aux propositions pour une relance centrée sur les enjeux environnementaux à long terme plutôt que sur des objectifs économiques de courte vue.

D’une part, les précédentes crises se sont traduites par un effet de rebond sur les émissions polluantes corrélatif à la reprise de la croissance et qui a plus que neutralisé les gains liés à la contraction momentanée des activités économiques. D’autre part, malgré la montée des pressions écologistes et les avertissements des scientifiques au cours des dernières années, les mesures mises en place par les gouvernements dans ce domaine semblent dérisoires par rapport à l’ampleur des défis à relever. Rappelons que, selon les données du dernier rapport fédéral, les émissions canadiennes de GES ont augmenté (729 millions de tonnes en 2018 contre 714 en 2017) et sont aujourd’hui comparables à ce qu’elles étaient en 2005 alors que le gouvernement s’est engagé à les réduire de 70% d’ici 2030. Au Québec, on observait également une augmentation en 2018, alors que le budget alloué en 2020 au ministère de l’Environnement et des changements climatiques représente 0,33% du budget global (contre près de 50% pour la santé et les services sociaux).

Il est peu probable que la crise de la COVID-19, les efforts pour relancer l’économie et l’augmentation de la dette publique vont changer le rapport de force très inégal entre, d’une part, la gravité des enjeux environnementaux et, d’autre part, les moyens insuffisants mis en place par les gouvernements pour y faire face.

Par contre, un changement plus profond, plus inattendu et plus durable pourrait provenir de la simplicité contrainte à laquelle la pandémie actuelle nous a convié sans que nous ayons eu notre mot à dire. Nombre de ces changements sont depuis longtemps proposés par le mouvement de la simplicité volontaire et par de nombreux écologistes : réduction de la consommation, limitation des biens inutiles, prise de distance par rapport au travail, simplification de nos modes de vie, remise en cause de notre dépendance par rapport à l’extérieur et aux objets, développement de l’autonomie alimentaire, retour sur les valeurs essentielles, augmentation du temps consacré à la santé, à la famille et aux activités de développement personnel consommant peu de ressources (méditation, sport, lecture).

Si ce mode de vie trouve un écho particulier aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce qu’il a été imposé au plus grand nombre par des circonstances parfois dramatiques mais aussi parce qu’il a des racines très anciennes. Épicure (342-270 av. J.-C) avait notamment critiqué la poursuite des désirs artificiels et non-nécessaires pour proposer un mode de vie plus autosuffisant, plus simple, moins dépendant des choses extérieures, et davantage centré sur la satisfaction des besoins naturels et nécessaires. Le bonheur stable – ou ataraxie - ne repose pas, selon Épicure, sur des satisfactions éphémères mais sur la santé de l’âme et du corps à travers la limitation des désirs futiles sur laquelle repose aujourd’hui notre société d’hyperconsommation.

Les nombreuses études sur le niveau de bonheur dans différentes régions du monde semblent donner raison à Épicure et ont montré que, lorsque les besoins de base des individus sont comblés, leur niveau de bien-être dépend surtout d’aspects qui sont davantage tributaires de nos modes de vie que de ce que la logique marchande dominante peut nous offrir: santé, contact avec la nature, équilibre intérieur, temps disponible, éducation, amitiés, réduction des sources de stress, etc.

Stéphan Frappier
La bonne étoile de l’Amphithéâtre

Éditorial

La bonne étoile de l’Amphithéâtre

ÉDITORIAL / Il y a décidément une bonne étoile qui flotte au-dessus de l’Amphithéatre Cogeco de Trois-Rivières. Alors que la pandémie paralyse littéralement l’industrie du spectacle en vue de la saison estivale, la direction de la Corporation des événements vient de réussir un grand coup en décrochant la présentation télévisuelle de la fête nationale.

C’est ainsi que les grands noms du monde artistique québécois se réuniront sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco pour enregistrer un spectacle qui sera diffusé le 23 juin sur les quatre principales chaînes de télé, soit TVA, Radio-Canada, Télé-Québec et V, ainsi que sur les stations de radio de Cogeco et de Qub radio.

Enseigner la COVID-19

Point de vue

Enseigner la COVID-19

Au terme de la pandémie, plusieurs apprentissages collectifs auront été réalisés. Nous en aurons appris davantage sur l’origine du virus, sa nature, ses effets et sa contagiosité. D’un point de vue sociopolitique, nous aurons une meilleure idée des défis inhérents à la gestion d’une telle situation, tant en ce qui concerne les soins à donner aux malades que les modalités de distanciation physique ou les allocations destinées à soutenir les personnes ayant perdu leurs revenus. Par l’entremise de la couverture médiatique en continu, chacun a pu non seulement suivre jour après jour la propagation du virus, mais également en mesurer les enjeux sanitaires, environnementaux, économiques et éthiques.

De nombreux articles et témoignages fournissent l’occasion d’accéder à des points de vue critiques vis-à-vis des asymétries et des iniquités qui préexistaient à la pandémie : nous ne sommes pas tous égaux face à la maladie et à ses conséquences.  Au moment d’écrire ces lignes, nous pensons en particulier aux inégalités scolaires, au salaire insuffisant des préposées aux bénéficiaires, aux troublantes conditions qui prévalent dans les CHSLD, au manque de ressources pour intervenir auprès des victimes de violence conjugale et aux inadmissibles conditions de vie des populations autochtones.

Au-delà de cet apprentissage collectif, la crise sanitaire – dont on dit qu’elle ne sera pas la dernière – constitue en elle-même un objet d’enseignement qu’il faudra inévitablement aborder à tous les niveaux scolaires. En effet, la Covid-19 est une problématique contemporaine à laquelle les jeunes auront été confrontés individuellement et collectivement. Dès lors, leur compréhension de cette pandémie et de leurs capacités d’action devient primordiale, d’autant que leurs éventuelles fonctions professionnelles, activités récréatives et pratiques de consommation auront un impact majeur sur l’environnement et la santé des populations.

D’un point de vue éducatif, l’ensemble des programmes québécois de formation présentent l’espace nécessaire, voire de belles opportunités, pour aborder la question de la Covid-19 sous différents angles. Le Programme de formation de l’école québécoise, qui couvre les ordres d’enseignement préscolaire, primaire et secondaire, prévoit que les élèves réfléchissent à des questions qui s’approchent de leur quotidien par le biais des cinq Domaines généraux de formation. Ceux-ci offrent l’occasion d’examiner la situation que nous vivons actuellement. Par exemple, le domaine Santé et bien-être peut inviter à des réflexions sur les effets de la Covid-19 sur la santé, sur les conditions de vie des personnes âgées ou sur les conséquences sur la santé mentale d’un confinement prolongé. Le domaine Orientation et entrepreneuriat peut, quant à lui, être abordé par l’intermédiaire des difficultés que vivent les entrepreneurs alors qu’ils doivent fermer leurs portes ou réduire leurs activités, mais aussi par la réflexion quant aux manières dont d’autres entreprises ont su se transformer pour produire des équipements de protection et du gel désinfectant, dont les réserves et l’approvisionnement étaient insuffisants pour faire face à la crise. 

La mise en lumière du travail de personnes exerçant différentes professions méconnues – l’inhalothérapie, par exemple – est aussi pertinente. En outre, les discussions autour du domaine Environnement et consommation font écho à l’idée selon laquelle un changement de mode de vie rapide et radical est possible. Si un tel changement est réalisable pour faire face à une pandémie, il pourrait l’être tout autant pour contrer les changements climatiques. Par ailleurs, les médias ont joué un rôle primordial dans la gestion de cette pandémie, rôle sur lequel les élèves pourraient être amenés à réfléchir. Ils pourraient aussi comparer les points de presse quotidiens tenus par les différents paliers gouvernementaux et analyser les conséquences des choix communicationnels de chacun sur la légitimité et la pertinence perçues des messages. Enfin, le domaine Vivre-ensemble et citoyenneté s’intéresse notamment aux règles qui régissent la vie en société, mais aussi aux notions de solidarité, d’engagement et de pouvoir. Les règles de distanciation physique, qui trouvent notamment leur fondement dans la solidarité intergénérationnelle, pourraient être examinées.

Au collégial, les programmes d’enseignement sont divers, tout comme les profils de sortie. Or, les cégeps ont en commun une volonté de former des citoyens et des citoyennes responsables et engagés. En effet, les projets éducatifs portent des idées communes, entre autres celles de S’adapter à des situations nouvelles (dont la COVID-19 est un exemple éloquent) et d’Exercer son sens des responsabilités. Chaque programme étant évidemment associé à des spécificités, plusieurs d’entre elles permettraient également de tisser des liens avec la pandémie actuelle.

Si les campus universitaires sont fragmentés en facultés, en département et en programmes de formation en apparence diversifiés, il n’en demeure pas moins que la mission des universités concerne le vivre-ensemble démocratique. L’enseignement et la recherche sont vus comme des vecteurs de formation d’agents et d’agentes de changement. En ce sens, les tenants et aboutissants de la Covid-19 pourraient être visités avec pertinence dans une panoplie de domaines d’études : administration et gestion, arts, droit, éducation, langues, lettres et communication, sciences de la santé, sciences humaines et sociales, sciences pures et appliquées.

À tous les paliers d’enseignement, les activités pédagogiques et les évaluations gagneraient ainsi à s’arrimer aux visées des programmes et à l’intérêt des apprenants et des apprenantes pour la question de la Covid-19. Les pistes sont multiples, tout comme les manières de les actualiser : exposés, proposition de pistes de solutions concrètes, analyse de cas, mise en débat, élaboration d’une pièce de théâtre, exposition de photos, production d’essais ou de nouvelles, etc.

En somme, la question de la COVID-19, comme la question des changements climatiques, devrait être abordée dans les écoles québécoises, et ce, peu importe le niveau de formation ou la discipline d’enseignement. D’ailleurs, un ouvrage comme la Collection annuelle Des Universitaires pourra certainement y contribuer (en préparation pour l’année scolaire/académique 2020-2021).

Chantal Pouliot est professeure titulaire de didactique des sciences à l’Université Laval. Elle a enseigné la biologie au collégial.
Audrey Groleau est professeure de didactique des sciences et de la technologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle a enseigné la physique au collégial.
Isabelle Arseneau est doctorante en didactique à l’Université Laval. Elle a enseigné les programmes de science et technologie au secondaire.

Les autrices sont membre Des Universitaires 

Sortir ensemble de la crise plus forts, plus solidaires et plus verts

Opinions

Sortir ensemble de la crise plus forts, plus solidaires et plus verts

Nous vivons une crise sans précédent. La pandémie teste notre résilience tout comme notre capacité d’intervention sur le terrain, là où les besoins sont les plus criants. Elle révèle nos forces – nombreuses, dont l’exceptionnelle solidarité des Québécoises et des Québécois – mais aussi nos faiblesses, comme le montrent tragiquement les impacts de la crise sanitaire et économique sur nos citoyennes et citoyens et sur nos communautés les plus vulnérables.

Il faut s’occuper de notre monde, de ceux et celles qui ont perdu leur emploi, qui ont mis temporairement la clef dans la porte de leur commerce ou de leur entreprise, de nos aîné.es qui n’ont pas mérité de finir leurs jours dans l’angoisse et l’isolement, et de nos jeunes déjà inquiets pour l’avenir. Nous avons besoin de nous retrouver, de nous aérer, de retisser nos liens entre voisins et avec la nature.

La crise nous déstabilise, nous pousse à reculer nos limites et à entrer en terrain inconnu. Elle nous incite à être créatifs, à nous remettre en question et à nous imaginer nous relevant plus forts, plus solides et mieux armés pour faire face à ce que l’avenir nous réserve encore, alors même que la crise climatique et la croissance des inégalités sociales font toujours partie de notre paysage. Elle nous permet de nous imaginer une nouvelle normale plus verte, plus prospère et plus solidaire.

Répondre à la pandémie est la toute première priorité du monde municipal. La crise crée des enjeux immenses de santé et de sécurité publique, de soutien économique et social aux personnes démunies. Nos services sociaux de premières lignes, nos espaces publics comme les parcs et les équipements municipaux, nos services de voirie, de police et d’urbanisme sont directement mis à contribution. C’est au niveau municipal et local que se déploieront la plupart des mesures de relance, la réouverture des commerces et des services, les grands parcs, la reprise des transports collectifs et l’application des mesures de distanciation sociale. C’est aussi à notre échelle que se vivront de nouvelles habitudes de vie et de consommation, comme la recrudescence de l’agriculture de proximité et un retour vers les activités de voisinage, à l’échelle des collectivités et des quartiers. C’est aussi là que nous devons resserrer le filet social – au plan du logement, de l’itinérance et du soutien envers nos enfants et nos aîné.es, notamment.

Pour une relance économique planifiée à la sauce trifluvienne

Carrefour des lecteurs

Pour une relance économique planifiée à la sauce trifluvienne

OPINION / Les auteurs, Jean Lamarche et Mario De Tilly, sont respectivement maire de Trois-Rivières et directeur général d’Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières.

D’abord sanitaire, la crise liée à la COVID-19 a rapidement eu un effet domino sur toute la société, ébranlant nos piliers, tant économiques que sociaux. Les défis sont énormes et les embûches sont nombreuses mais plus que jamais, la collaboration et l’entraide sont les clés pour réussir notre relance.

Martin Francoeur
Le petit oiseau qui picosse Trump

Éditorial

Le petit oiseau qui picosse Trump

ÉDITORIAL / Il n’aura fallu que quelques jours pour qu’un président agacé par un avertissement de message trompeur épinglé par Twitter sous un de ses tweets déclare une guerre ouverte contre ce réseau symbolisé par un petit oiseau bleu en apparence inoffensif et plutôt guilleret. Mais cette tentative de museler ou de contrôler les réseaux sociaux risque fort de se retourner contre Donald Trump. Tôt ou tard, on se rendra compte qu’il y a aux États-Unis des protections constitutionnelles qui sont plus fortes que des coups de gueule présidentiels.

Au lendemain de la signature d’un décret visant à limiter la protection judiciaire des réseaux sociaux sous prétexte de défendre la liberté d’expression, Twitter a persisté et signé en émettant un avertissement d’incitation à la violence à la suite d’un tweet présidentiel sur la répression associée aux émeutes de Minneapolis.

Les moyens juridiques de contrer l’obsolescence programmée

Point de vue

Les moyens juridiques de contrer l’obsolescence programmée

Malgré les progrès constants des connaissances et de la technologie, les biens de notre génération durent moins longtemps que ceux de la génération de nos parents ou de nos grands-parents. Les fabricants sont suspectés de réduire la durée de vie de leurs produits par différents procédés, afin de contraindre ou d’inciter les consommateurs à en acheter de nouveaux : c’est l’obsolescence programmée.

Cette pratique, qui engendre la surconsommation, est néfaste pour l’économie et pour l’environnement, car elle emploie trop de ressources et génère beaucoup de déchets.

La crise sanitaire actuelle nous confronte à la crise environnementale qui la sous-tend. Nous vivons de manière très concrète les conséquences des activités humaines sur les milieux naturels. D’après les scientifiques, la destruction des écosystèmes favorise l’apparition de nouveaux virus et leur transmission de l’animal à l’humain. Au sortir de la crise sanitaire, il ne faudrait pas chercher à sauver l’économie aux dépens de l’environnement, mais plutôt repenser l’économie pour qu’elle respecte l’environnement.

La lutte à l’obsolescence programmée trouve sa place dans cette réflexion.

Au Québec, l’idée d’une loi pour contrer l’obsolescence programmée fait son chemin. Des étudiants de la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke ont préparé un projet de loi sur ce thème. En avril 2019, le député Guy Ouellette a déposé ce projet de loi à l’Assemblée nationale. Le projet de loi 197 n’a pas été débattu, mais l’Office de la protection du consommateur (OPC) a reçu de la ministre de la Justice le mandat de tenir une consultation.

Pour être efficaces, les mesures juridiques envisagées doivent intervenir sur plusieurs fronts. Tout d’abord, on peut sanctionner pénalement les pratiques qui réduisent délibérément la durée de vie des biens de consommation. Ainsi la France, en 2015, a adopté un délit d’obsolescence programmée. Cependant, il n’est pas suffisant d’établir qu’une pratique a pour effet d’abréger la durée de vie d’un produit : il faut démontrer que telle était l’intention du fabricant. Comme la preuve d’intention est difficile, peu de condamnations ont été obtenues. C’est sur un autre fondement juridique que la responsabilité d’Apple a été retenue dans l’affaire très médiatisée des iPhones, dont la mise à jour du système d’exploitation ralentissait le fonctionnement.

Le droit civil et le droit de la consommation peuvent aussi être mobilisés pour obliger les fabricants, les distributeurs et les détaillants à fournir des biens durables et réparables. Il faudrait renforcer la garantie légale de qualité en y ajoutant l’obligation pour le vendeur professionnel de garantir le bon fonctionnement du bien pendant une durée de vie raisonnable (garantie de durabilité). Cette durée pourrait être établie par les tribunaux, pour un type de bien donné, à l’aide de témoins experts. L’action collective serait un moyen efficace pour que de telles causes soient portées devant les tribunaux, à l’initiative des consommateurs et de leurs associations. On pourrait compléter la garantie de durabilité par une obligation de réparabilité : les fabricants, distributeurs et détaillants seraient tenus de rendre possibles l’entretien et la réparation du bien pendant sa durée de vie raisonnable.

La garantie du fabricant offerte sur plusieurs produits est nettement en deçà de leur durée de vie raisonnable. L’OPC envisage d’obliger les fabricants à déclarer une durée de vie minimale, mais ils risquent de s’en tenir aux garanties qu’ils offrent déjà.

Les règles qui rendent le fabricant, le distributeur ou le détaillant responsables de la récupération et du recyclage de certains produits, notamment par l’imposition d’écofrais, peuvent les inciter à réduire leur empreinte écologique. Le Québec doit continuer d’étendre l’application de ces règles à de nouvelles catégories de produits.

Durée de vie minimale et écofrais

En combinant les mesures précédentes, il serait possible d’en accroître l’efficacité. Pour certains types de biens, on pourrait lier l’obligation imposée aux entreprises de déclarer une durée de vie minimale à une modulation des écofrais. Les entreprises qui annoncent une durée de vie plus longue que leurs concurrents auraient droit à une réduction des écofrais. Cette mesure serait accompagnée de deux sanctions, si le bien n’atteint pas la durée de vie déclarée : le recours civil de l’acheteur et l’imposition d’une amende à l’entreprise, dès lors qu’une certaine proportion de ses biens, établie par échantillonnage, se retrouve prématurément à la récupération. Les entreprises auraient alors un intérêt à accroître la durée de vie de leurs produits.

Nous doutons de l’efficacité des règles qui imposent aux entreprises des obligations d’information envers les consommateurs, une stratégie que privilégie souvent l’OPC. Il est trop difficile de normer l’information pour s’assurer de sa pertinence et de sa lisibilité. Les meilleures informations disponibles à propos d’un produit proviennent le plus souvent d’organismes tiers. Il serait souhaitable que le gouvernement accrédite de tels organismes et les soutienne par des subventions.

S’il existe plusieurs solutions pour contrer l’obsolescence programmée, n’attendons pas l’adoption d’une loi par le gouvernement, car elle sera longue à venir. Les consommateurs et leurs associations disposent déjà de l’action collective et de certains moyens juridiques leur permettant d’agir.

Surtout, nous pouvons changer dès à présent nos habitudes de production et de consommation en suivant ces consignes simples :

  • Produire et consommer moins
  • Produire et consommer local
  • Exiger des produits durables, réparables, réutilisables, recyclables
  • Éviter le plastique
  • Acheter des produits usagés plutôt que neufs
  • Réparer plutôt que de jeter

Il n’y aura pas de meilleure occasion pour un nouveau départ !

Michelle Cumyn est professeure titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval et membre Des Universitaires.
Anouk Paillet est doctorante en cotutelle à l’Université Laval et à l’Université Jean Moulin Lyon 3

La formation au coeur de la stratégie de relance du Québec

Point de vue

La formation au coeur de la stratégie de relance du Québec

POINT DE VUE / Au cours des prochains mois, tous les États devront mettre en œuvre des stratégies de relance économique. Certains auront des moyens limités, d’autres investiront stratégiquement là où les effets seront les plus positifs pour leur population. Ils le feront en tenant compte de l’employabilité comme de l’organisation des nouveaux environnements de travail. 

Pour plusieurs, repartir ou rebâtir une économie ne sera pas facile tant et aussi longtemps que le virus ne sera pas déclaré vaincu. Malgré tout, il faut dès maintenant commencer à répondre aux défis de demain.

Le Québec, par ses démarches actuelles de concertation, son paritarisme et ses initiatives progressistes en matière d’employabilité et d’organisation du travail, est certainement capable de faire face aux nouveaux phénomènes que toutes les économies occidentales vont connaître. Pensons notamment à l’existence simultanée du chômage sectoriel et des besoins aigus de main-d’œuvre dans les secteurs en croissance.

Cette crise sera révélatrice de notre capacité à mettre en place une nouvelle stratégie québécoise de l’emploi, adaptée à la conjoncture actuelle et intégrant les enjeux de formation et les enjeux économiques. Au-delà de chaque particularité régionale, des secteurs où la main-d’œuvre est en forte demande, comme la santé, les technologies de l’information et la construction, seront aux premières loges des besoins de recrutement.

La clé de la réussite est l’investissement massif dans la formation et le développement de compétences. Le Québec pourra sortir rapidement de la situation économique actuelle en empruntant ce chemin. Une société davantage formée est effectivement une société plus compétente, plus polyvalente, plus active et plus forte, à même de mieux soutenir les bouleversements économiques et d’en tirer des bénéfices pour les individus et les entreprises.

Les prochaines publications sur les données de l’emploi donneront davantage de précisions sur les secteurs d’activité économique où la main-d’œuvre est recherchée et sur ceux où elle est abondante, nous permettant ainsi de mieux cibler nos actions à venir.

Maintenant, il est important de retenir que le nombre accru de chômeurs et le redémarrage plus lent de certains secteurs nous imposeront la nécessité de créer de nouveaux programmes agiles en adéquation avec les besoins du marché du travail.

Toute la conjoncture nous amène à élaborer rapidement de nouvelles stratégies pour faire plus et faire mieux. Les ententes Canada-Québec sont d’ailleurs de bons exemples, car elles nous permettent d’obtenir des marges de manœuvre nécessaires pour adopter une stratégie de l’emploi importante et efficace.

La Prestation canadienne d’urgence (PCU) aura une fin. Elle sera aussi le signal de départ d’une réponse québécoise à la nouvelle réalité du marché du travail. Nous avons le devoir, en tant que société, de transformer cette période trouble en occasion à ne pas manquer. Il devient plus essentiel que jamais de rehausser les compétences des Québécois et de les préparer au marché du travail de demain.

La crise actuelle exacerbe le fait que ce sont les emplois les moins qualifiés qui sont les plus précaires et qui font les frais des aléas de l’économie. Si nous voulons tous vivre dans un Québec plus inclusif, plus équitable et plus prospère, nous devons nous attaquer à ces aspects sans tarder.

Il faut dès maintenant, avec tous les partenaires du marché du travail, nous mettre en action, et la meilleure façon d’y arriver est d’investir massivement dans la formation.

Pour une relance durable: rebâtir en mieux

Point de vue

Pour une relance durable: rebâtir en mieux

POINT DE VUE / Alors que le déconfinement du Québec commence à prendre forme, notre attention doit se tourner vers l’avenir. Si l’impératif de vigilance sanitaire demeure la priorité immédiate, la société québécoise a aujourd’hui besoin d’un leadership capable de dresser une vision claire et moderne de l’après-COVID. 

Des pans entiers de notre société sont ébranlés. Des vulnérabilités et des fractures sociales latentes ont été exposées au grand jour. Avec le retour progressif à une nouvelle normalité, nous ne pouvons pas détourner le regard, et revenir comme si rien ne s’était passé. Au contraire, il faut rapidement réfléchir aux façons d’améliorer notre résilience pour faire face aux défis économiques, sociaux et environnementaux. 

Au cours de la dernière année, j’ai arpenté toutes les régions du Québec pour rencontrer des gens, les écouter, et leur parler du leadership moderne et rassembleur auquel j’aspire comme nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec. Je retiens une leçon fondamentale de ces rencontres : les Québécois veulent s’unir derrière un projet de société inspirant. La crise de la COVID-19 a des impacts négatifs très importants, mais nous devrons saisir l’opportunité de nous réinventer, et de travailler ensemble à rebâtir, en mieux, sur les bases d’un projet de relance durable.

Lorsque l’ouragan qui s’abat présentement sur le réseau de santé, et plus particulièrement dans nos CHSLD sera terminé, il sera impératif de placer l’humain avant le béton ou la bureaucratie -- au cœur de la relance. L’organisation des soins, les relations humaines et la dignité des personnes âgées devront être un chantier prioritaire. Investir dans la construction de maisons des aînés ne sera pas suffisant. Il faudra surtout investir et repenser tout ce qui favorise les arrangements intergénérationnels, le maintien à domicile, la gériatrie sociale, le soutien aux proches aidants et la résilience du milieu communautaire. Tout ce qui peut briser l’isolement, la solitude et la vulnérabilité. 

Par la force des choses, le confinement a fait d’Internet notre principale fenêtre sur le monde. C’était vrai avant la crise, mais la réalité s’impose à plus forte raison aujourd’hui : il faut accélérer l’adaptation de l’économie locale à la planète numérique. Nous devons accélérer l’accompagnement de nos détaillants dans leur transition vers le commerce en ligne et mieux soutenir les entreprises qui adoptent le télétravail. Il faut assurer à toutes nos régions une connectivité numérique de grande qualité. Il faut mettre de l’avant nos artistes sur les plateformes numériques tout en nous assurant que les géants du web paient leur juste part et il faut miser sur la grande solidarité de la nation québécoise pour faire de l’achat local une réelle opportunité d’affaires. 

Nos agriculteurs sont présentement en détresse et c’est pourquoi ils ont immédiatement besoin d’aide pour maintenir leur production. Ils méritent de voir la qualité de leurs produits briller sur nos tablettes, et nos tables, dans un esprit d’autonomie alimentaire accrue.

Rebâtir en mieux, c’est également prendre position de manière courageuse face aux changements climatiques. La relance doit s’appuyer sur un Pacte économique pour le climat. Dans la poursuite de notre objectif de décarbonisation, nous devons mettre à profit tous les leviers financiers et fiscaux de l’État afin de faire de l’environnement un véritable levier de développement économique et social. 

Finalement, il est urgent d’offrir un soutien financier à notre culture et à notre industrie touristique. Alors que plusieurs champs d’activités se préparent au déconfinement, les théâtres, les plateaux de tournage, les festivals, les restaurants, les auberges, les équipes de sport et mille autres trésors du Québec demeurent dans l’incertitude. Nous devons soutenir notre culture pendant la durée de la crise et trouver des solutions durables. Le virus changera certainement bien des aspects de nos vies et il est hors de question qu’il affaiblisse notre identité collective. 

Alors que la vie plus ou moins normale se remet en branle, le gouvernement doit faire connaitre sa vision et exposer ses priorités de manière claire. Quel sera le plan de relance du gouvernement ? Aujourd’hui personne ne le sait. Personnellement, j’ai la conviction profonde qu’un plan de relance durable – qui considère les enjeux économiques, sociaux et environnementaux comme indissociables – constitue le meilleur moyen pour que le Québec sorte de cette crise plus fort et plus uni et c’est cette voie que je désire proposer aux Québécoises et Québécois.