Vins

D’un océan à l’autre : 2 vignobles canadiens à découvrir absolument

CHRONIQUE / Il se fait des cuvées extraordinaires au Canada, et ce, d’une rive à l’autre. Nos quatre régions viticoles sont certes jeunes, mais on trouve des vignobles d’une étonnante maturité dans chacune d’elles. En voici deux qui s’illustrent particulièrement bien, de part et d’autre du pays, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

BENJAMIN BRIDGE, NOUVELLE-ÉCOSSE

L’offre de vins en provenance des Maritimes est très restreinte à la SAQ. En fait, elle se limite à quelques cuvées du domaine Benjamin Bridge, un prodigieux vignoble qui prend place dans la vallée de Gaspereau, dans la baie de Fundy.

La vigne y jouit d’un environnement de croissance aussi unique que puisse l’être la baie de Fundy dans le monde. Comme les plus grandes marées du monde ont lieu ici (jusqu’à 16 mètres — l’équivalent d’un édifice de 4 étages!) il y a plus d’eau qui passe dans la baie que dans tous les cours d’eau douce du monde réunis. Cette affluence d’eau produit l’effet d’une pompe, en soufflant de l’air modéré sur la vallée, tempérant continuellement la région, hiver comme été.  

Ce scénario climatique aussi atypique qu’exceptionnel se prête idéalement à l’élaboration de mousseux méthode traditionnelle — comme en Champagne. Les chefs d’orchestre, le viticulteur en chef, Scott Savoy, et l’œnologue, le Québécois Jean-Benoît Deslauriers, révèlent brillamment l’immense potentiel du terroir grâce à des pratiques biologiques et peu interventionnistes donnant lieu à des mousseux distinctifs, tendus et élégants —
incontestablement parmi les meilleurs du pays.

À LA VÔTRE

Pascal Marchand: un Québécois en Bourgogne

CHRONIQUE / Jeune, il se croyait destiné à l’écriture. Ce qui devait être une simple vendange en Bourgogne est rapidement devenue le projet de toute une vie. Pascal Marchand, vigneron mondialement reconnu, est l’un des précurseurs de la biodynamie en Bourgogne.

Le documentaire Grand Cru, réalisé par David Eng, relate le parcours professionnel de Pascal Marchand, un Québécois amoureux des mots qui s’est finalement entiché de la vigne en France. C’est à l’aube de sa vingtaine, alors âgé de 21 ans, que l’aspirant poète de Montréal part en Bourgogne faire les vendanges en 1983. Un peu plus d’un an plus tard, le comte Armand perçoit son potentiel et le met aux commandes du Clos des Épeneaux à Pommard. Sa carrière est lancée!

Lorsqu’il met les pieds en Bourgogne pour la première fois, il remarque que les vignes sont intoxiquées, aspergées de produits chimiques, tandis que les sols apparaissent compactés et appauvris. Alors que les vignerons bourguignons perpétuent les traditions familiales, Pascal arrive avec un regard nouveau et n’hésite pas à douter de l’ordre établi. Avec trois de ses compatriotes de classe de l’Institut de viticulture et d’œnologie de Beaune, il adhère à une philosophie qui s’inscrit dans une vision plus globale de la nature : la biodynamie.

« Je n’étais pas du tout à l’aise de manipuler les produits chimiques pour traiter la vigne. Je cherchais une autre relation avec la nature », affirme Pascal Marchand. Les résultats sont sans équivoque : plants plus vigoureux, vignes plus résistantes aux maladies et plus de biodiversité dans les vignobles. Il réintroduit au passage le labour avec cheval, une technique qui évite le compactage des sols par les tracteurs. Il est également l’un des premiers à se réintéresser à la plantation en foule, une tradition pratiquée par les moines cisterciens aux origines de la viticulture en Bourgogne. Jamais la biodynamie n’a été illustrée plus simplement que dans ce documentaire. « La biodynamie, c’est comprendre les forces de la nature et travailler avec les rythmes de la nature », explique le vigneron.

Il est aujourd’hui négociant et propriétaire de quelques parcelles avec sa société Marchand-Tawse. Pascal appose son nom sur les étiquettes de dizaines d’appellations dont les réputées vosne-romanée, chassagne-montrachet et corton-charlemagne. S’il devait en choisir qu’une seule, ce serait Musigny, sa plus récente acquisition. Un tout petit morceau de terre, de 1/10e d’acre, acheté à une somme équivalant à la valeur de 65 acres au Canada!

Il va sans dire que le millésime du tournage aura fortement teinté le scénario du documentaire. Qualifier 2016 de difficile en Bourgogne serait un euphémisme. La violence qui s’est abattue sur la région est historique — faisant de ce millésime le pire que la Bourgogne ait connu. Le gel, la grêle et la maladie ont si fortement endommagé les vignes que les pertes au printemps atteignaient déjà les 60 à 70 %. Le stress est à son paroxysme pour les vignerons, tellement que plusieurs petits producteurs ont vu fondre leur mince marge de manœuvre — pour certains, 2016 aura été leur dernière vendange. David Eng a ainsi pu capter la triste réalité des changements climatiques, si bien qu’on se sent sur la corde raide tout au long du documentaire.

Personne n’y a échappé. Les plus gros ont aussi eu leur lot de *%!?#*. Même avec la plus grande volonté du monde, quand la vie semble s’acharner sur son cas, la tentation est grande de prendre un petit raccourci. Mais Pascal n’y déroge pas. Sa résilience est à toute épreuve, aucun produit chimique ne touchera ses vignes, même si c’est bien plus difficile à gérer qu’il y a 20 ans.

Grand cru est une immersion en quatre saisons dans les aléas de la vie d’un vigneron philosophe et encore poète à ses heures. Un documentaire terre à terre, non moralisateur, qui dépeint avec brio la grandeur de l’homme et sa quête d’une culture artisanale et biodynamique. Un film que tout amateur de vin devrait voir.

À la vôtre

5 vins à moins de 20 $

CHRONIQUE / Chères lectrices et chers lecteurs qui n’osent s’aventurer dans l’espace cellier,

Cette chronique est pour vous. J’aimerais démocratiser ces quelques pieds carrés de la SAQ qui peuvent parfois sembler être l’apanage d’une élite au portefeuille bien garni. Et pourtant, si vous saviez combien cette caverne d’Ali Baba regorge de petits joyaux à petits prix n’attendant que d’être découverts. Pour preuve, je vous offre sur un plateau d’argent 5 excellents vins entre 15 et 19 $ — 5 spécialités à moins de 20 $ pour vous faire plaisir à prix doux.

À la vôtre

Jolis chablis

Les blancs de Chablis prennent forme dans un terroir unique, tout au nord de la Bourgogne.

À Chablis, comme à peu près partout en Bourgogne, le cépage blanc utilisé, c’est le chardonnay. C’est simple, il est sur toutes les lèvres, dans toutes les bouteilles et recouvre tout le vignoble. Les vignes de chardo poussent sur un sol formé il y a 150 millions d’années, alors qu’une mer recouvrait l’entièreté du vignoble. Le sous-sol, appelé le Kimméridgien, est alors composé de fossiles de petites huîtres en forme de virgule ayant pour nom Exogyra virgula. C’est dans ce sous-sol singulier que les vins de Chablis tirent leur fraîcheur, leur pureté, leur finesse et leur minéralité.

À vue de nez, ça a tout l’air du scénario idéal pour produire de grands blancs. Et pourtant, il y a bien un pépin à l’horizon. Installée au nord de la Bourgogne, tout près de la Champagne, Chablis est située dans un climat semi-continental. En d’autres mots, elle est aux prises avec des hivers costauds et des étés chauds. Comme les gelées de printemps menacent fréquemment les bourgeons, les chaufferettes et l’aspersion sont souvent appelées en renfort. La menace de la grêle guette aussi. Mis bout à bout, comme en 2016, ces événements peuvent être très éprouvants et lourds de pertes pour les vignerons.

Il y a 4 paliers de chablis — 4 appellations : petit chablis, chablis, chablis premier cru et chablis grand cru. Plus on monte dans la « hiérarchie », plus les vins se révèlent complexes et aptes au vieillissement.
Leur profil organoleptique n’a rien à voir avec certains chardo beurrés et boisés auxquels nous a habitué la Californie. D’abord, la robe de faible intensité des petits chablis et chablis présente des reflets verdâtres, un contraste notable avec les robes intensément dorées des américains. Le nez jongle avec des arômes délicats de fleurs et de fruits (citron, pamplemousse, pomme verte), toujours avec cette minéralité en trame de fond.

Si vous cherchez plus d’intensité, tournez-vous alors vers les chablis premier cru et chablis grand cru. La seconde appellation représente que 2 % de la production totale de Chablis, mais aussi les blancs les plus puissants et les plus complexes de la région. L’équilibre entre gras et fraîcheur est tout simplement remarquable, tout autant que les arômes intenses de pierre à fusil, de miel et d’amande.

Et ça ne s’arrête pas là. Les appellations sont découpées en climats — des parcelles délimitées à l’intérieur des appellations elles-mêmes. Ces lopins de terre se distinguent par leurs conditions géologiques et climatiques spécifiques ainsi que par le savoir-faire des hommes. « Climat » est un terme typiquement bourguignon répandu dans toute la Bourgogne. Chablis en possède une quarantaine, dont la majorité est en chablis premier cru, tandis que la Bourgogne en compte des milliers.

Suggestions de la semaine

Petit chablis 2016, Louis Moreau (SAQ : 11 035 479 - 23,45 $)