La vigneronne Ève Rainville en pleine dynamisation.

Semer le chaos pour établir l’équilibre

CHRONIQUE / Cette semaine, trois vins à déguster et une introduction à la biodynamie sur le Domaine Bergeville!

Touraine chenonceaux 2017, La Voûte, Joël Delaunay
22 $ | 13900956
13,5 % | 3,9 g/l

Touraine chenonceaux est une toute nouvelle AOC de la Loire née en 2011. Lors de mon passage dans la région l’an dernier, j’ai eu un immense coup de cœur pour les sauvignon blanc à l’identité propre et dépaysante de l’appellation. 

Marie et Thierry Delaunay, 5e génération du domaine, travaillent au champ en lutte raisonnée. À la cave, le vin a été élevé sur lies pendant 6 mois, et les peaux des raisins blancs ont macéré pendant plus de 20 heures. C’est bien expressif, parfumé sur des notes d’abricots et d’anis étoilé. Le fruit est mûr, la texture grasse, la persistance soutenue et la finale fruitée, captivante. 

Délicieusement sympathique et détaillé. Une appellation à surveiller!

Malmesbury 2018, Sécateur Rosé, Badenhorst
16,85 $ | 13509252
13 % | 1,6 g/l | BIO

On ne sait pas comment Adi Badenhorst parvient à nous offrir des vins si bien travaillés à prix si abordables et d’agriculture bio, qui plus est. Mais une chose est certaine, on s’en réjouit à grandes lampées! Cet assemblage de cinsault (90 %) et de syrah (10 %) pousse un nez séduisant de groseilles et de clémentines. Il y a du corps, du gras, de la vigueur et, surtout, du caractère. Ne ne vous laissez pas impressionner par l’intensité de sa robe, car il demeure bien sec. Ceci dit, ce n’est pas un rosé d’apéro, ni de piscine — plutôt un rosé de repas tout indiqué pour accompagner une salade de couscous à la méditerranéenne ou, mieux encore, une salade tex mex.

Okanagan valley 2015, Le Grand Vin, Osoyoos Larose
47,85 $ | 10293169
14 % | 2,5 g/l

Tout le potentiel de l’Okanagan se trouve dans cette bouteille. Voilà ce que donnent des siècles de tradition bordelaise appliqués à l’ouest canadien, plus précisément au terroir perché au-dessus du lac Osoyoos. Le nez est épanoui, empreint de notes de fruits cuits, de violettes et de chocolat. Une suavité, une sensualité même, se dégagent de ce grand vin à la profondeur abyssale. Pur et pertinent sur tous les plans.

Vigneronne en herbe : semaine 5

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Vous dire à quel point j’avais hâte de « faire de la biodynamie »! Vous comprendrez donc que j’ai accepté avec une excitation à peine dissimulée quand Ève Rainville m’a offert de venir dynamiser avec elle à 7 h du matin.

À cette heure, la lumière sur le vignoble est sereine, et les gazouillements des oiseaux, apaisants. On s’enfonce dans les vignes jusqu’à « l’autel » — un baril surplombé d’une arche à laquelle est suspendue un grand bâton. Mon baptême est imminent. Ève verse alors de l’eau de pluie légèrement tiédie jusqu’aux deux tiers du tonneau et y balance une poudre noire.

Tandis qu’elle incorpore doucement le sec au mouillé, elle m’explique qu’il s’agit d’un mélange de bouse de vache, de coquilles d’œuf et de basalt — un préparat développé par Maria Thun, grande pionnière de la biodynamie. À cet instant précis, ce charabia m’apparaît aussi incongru qu’à vous, je vous l’assure. Elle poursuit en racontant que la mixture sera pulvérisée sur le sol, plus tard dans la matinée, afin d’en activer la vie microbienne. Une genre d’homéopathie pour la terre qui « goûte mauvais, mais qui marche », si vous voulez.

 Mais d’abord, il nous faut la dynamiser à la main et à la sueur de nos fronts. Ève se lance la première. Elle commence à brasser tranquillement, mais sûrement, en effectuant de grands cercles. Puis, de plus en plus vigoureusement, jusqu’à former un vortex. « Quand c’est vraiment réussi, on peut percevoir le fond du baril! » lance énergiquement Ève, tout en maintenant le tempo. Et, tout d’un coup, elle s’arrête brusquement et se met à brasser dans l’autre sens, créant du même coup le chaos. « L’eau a une très grande mémoire. En formant un vortex, on va chercher l’énergie du cosmos et on la concentre dans l’eau. En la pulvérisant au sol, on transmettra cette énergie au vignoble », décrit la vigneronne. Après quelques vortex et plusieurs chaos, elle me passe le flambeau. 

Vingt minutes plus tard, j’effectue mon dernier chaos, le souffle court, heureuse d’avoir survécu à ma première dynamisation. Il me faudra certes de la pratique pour parvenir à voir le fond, mais graduellement, l’infiniment abstrait deviendra tangible.

Mémoire de l’eau. Vortex. Chaos. Cosmos.

Ça vous semble saugrenu? Rendez-vous la semaine prochaine pour plus d’explications sur la biodynamie!