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Vins de coco

CHRONIQUE / Que vous célébriez Pâques, la fin de semaine de trois jours ou la fin du carême, toutes les raisons sont bonnes pour trinquer de bons jus!

Vin du Québec 2018, William, Vignoble Rivière du Chêne
15,25 $ • 744169 • 12 % • 5,6 g/l

C’est officiel! Les premières bouteilles arborant fièrement le nouveau sceau d’indication géographique protégée « Vin du Québec » sont fraîchement débarquées. Les vins du Vignoble Rivière du Chêne, à Saint-Eustache, dans les Basses-Laurentides, ne sont pas bios, mais ont le mérite d’être travaillés en culture raisonnée. La cuvée William (qui tient son nom du fils du vigneron) réunit les cépages seyval blanc, frontenac blanc, vidal, acadie et vandal-cliche. C’est franchement réussi ce 2018. Le nez explose sur des notes invitantes d’agrumes. La bouche est vive, juteuse et ultra fruitée. Chouette avec des tapas! À ce prix, l’affaire est belle.

Astuce : dimanche, servez un verre de William — en prenant soin de cacher la bouteille — à l’oncle qui a perdu toute foi dans les vins québécois (ça pourrait aussi être une femme, mais l’idée c’est d’égaliser la blague sexiste du vin suivant). Il y a fort à parier que la réconciliation sera fougueuse et instantanée.

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Patagonie : les vins de la fin du monde

CHRONIQUE / Terre continentale la plus au sud du monde, la Patagonie fait non seulement voyager les aventuriers rêvant de glaciers et de sommets enneigés, mais aussi les amateurs de vins à la recherche de vins frais et de caractère.

Pourtant, en mettant les pieds dans le vignoble patagonien, ça tombe plutôt à plat. Devant la vallée de San Patricio del Chañar, à 50 km au nord de Neuquén, la scène est vaste et parcourue par les nombreuses tentacules de la Rio Neuquén. Il faudra survoler quelques centaines de km vers le sud pour apercevoir des paysages dignes des grandes expéditions.

Située au sud du 36e parallèle, la Patagonie est non seulement la région viticole la plus méridionale de l’Argentine, mais aussi celle qui abrite les vignobles les plus au sud du monde. Elle s’étend ainsi jusqu’au 45e parallèle sud, qui équivaut à la latitude de la Bourgogne et de l’Oregon dans l’hémisphère nord. 

Tandis qu’elle tire les ficelles du terroir à Mendoza et à Salta, l’altitude prend un rôle de seconde importance dans les provinces de Neuquén, Rio Negro, La Pampa et Chubut. Mais la vigne n’en est pas moins confrontée à des conditions climatiques extrêmes. Soumises au souffle incessant des vents dominants — pouvant dépasser les 100 km/h! — les baies développent une peau plus épaisse. Les anthocyanes se trouvant dans la pellicule des raisins, les vins sont alors plus pigmentés et possèdent ultimement plus de corps.

Latitude faisant, le soleil brille plus longtemps ici qu’à Mendoza, pendant la saison estivale — jusqu’à 45 minutes de plus par jour. Comme la réflexion du soleil est intense et que les nuages sont rares, les plants sont taillés plus haut pour ne pas subir trop la réflexion du soleil. Ajoutez à cela une faible pluviométrie (moins de 200 mm/an), une température inférieure aux zones du nord et de fortes amplitudes thermiques — 20 °C de différence entre le jour et la nuit! — et vous avez là un cocktail climatique qui contribue à forger des raisins à la couenne dure et des vins structurés et frais.

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À quelle heure l’apéro?

CHRONIQUE / Je rêve d’un Québec où on fait plus l’apéro. Vous savez, ce rituel où on prend un temps d’arrêt pour se réunir et siroter un verre — sur une terrasse, à la maison ou au parc — avec les copains, histoire d’entrelacer les esprits sous l’élan d’une douce ivresse?

Un moment de pure convivialité allègrement pratiqué en vacances, mais trop peu répété chez soi. Pourtant, on a tout sous la main pour le réaliser (hormis peut-être le climat). Heureusement, les beaux jours approchant, les opportunités de dégainer de beaux vins de soif, rafraîchissants et légers, se multiplieront.

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Place aux cidres artisanaux

CHRONIQUE / De nouveaux styles de cidres émergent au Québec. Des cidres artisanaux, fermiers et moins travaillés. À l’autre bout du spectre de leurs homologues sucrés qui dominent actuellement le marché, ils sont secs, acidulés, surs, parfois non filtrés et parfois marqués par la brett — cette levure qui confère des arômes rappelant la ferme et le foin. Des cidres audacieux et créatifs pour consommateurs avertis!

En 2017, lorsque Eve et Emile, de la Cidrerie Le Somnambule, présentent pour la première fois leur cidre en fermentation spontanée, au Mondial des cidres SAQ, l’engouement du public est patent. Dès lors, il était clair qu’ils se lançaient dans ce créneau.

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Les futures régions viticoles du Québec

CHRONIQUE / En novembre dernier, les vignerons du Québec obtenaient enfin leur Indication Géographique Protégée. Ne s’assoyant pas sur leurs sarments, ils procèdent déjà à l’identification de leurs régions viticoles. Ils sont loin d’être nés pour un petit vin, ces vignerons!

Nadia Fournier, auteure du Guide du Vin, mène ce projet depuis un an avec l’appui d’un géologue, d’une pédologue, ainsi que d’une agronome et du MAPAQ. Ils travaillent à définir des régions viticoles, à l’intérieur de l’IGP, qui seront appelées à évoluer et à se multiplier au rythme du développement du vignoble québécois.

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Retour aux sources avec Jaboulet

CHRONIQUE / Le Domaine Paul Jaboulet Aîné occupe une place privilégiée dans mon cœur. Les abonnés de cette chronique se rappelleront que j’y ai été stagiaire le temps d’un été, l’un des plus caniculaires que la vallée du Rhône septentrionale ait connue (et moi donc!). J’avais envie de jouer du sécateur, d’acquérir le langage du terrain et de comprendre les aléas de la vie de vigneron. C’est ainsi qu’en 2015, Caroline Frey et son équipe ont eu la grande générosité de m’accueillir avec pour seules qualifications — aussi modestes soient-elles — mes connaissances théoriques en viticulture, mes mains pleines de pouces et une expérience horticole peu reluisante à mon actif (feu mon cactus décédé).

Il va de soi que le passage d’Adrien Laurent, à Montréal la semaine dernière, s’annonçait comme un rendez-vous certain. Le directeur des opérations chez Jaboulet en a alors profité pour présenter quelques vins et la philosophie verte de cette maison fondée en 1834, puis reprise par la famille Frey en 2006, aussi propriétaire à Bordeaux (Château La Lagune), en Bourgogne (Château Corton C) et en Champagne. Dès lors, Caroline Frey, propriétaire et œnologue, a mené un combat de tous les jours pour redonner ses lettres de noblesse au domaine, dans le respect de ses convictions environnementales et écologiques. Des efforts qui ont porté fruits, puisque le vignoble détient aujourd’hui les certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) et bio — sans oublier les vignes d’hermitage et de crozes-hermitage qui s’affranchissent et s’épanouissent sous les soins respectant les principes de la biodynamie.

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L’essor du Roussillon

CHRONIQUE / Quand je faisais mon ASP en sommellerie, il y avait des régions viticoles qui soulevaient les passions plus que d’autres. Tempête, pas tempête, la classe était bien remplie quand Bordeaux, la Bourgogne ou la Toscane étaient au programme. L’idée d’avoir loupé l’occasion de déguster un vin classé, un grand cru ou une bouteille qu’un salaire d’élève ne permettait d’acheter devenait une puissante motivation pour vaincre nos bas instincts d’étudiants.

Je me rappelle aussi qu’entre l’étude du Sud-Ouest et de la Vallée du Rhône, l’incursion dans le Roussillon m’avait laissée pantoise devant les vins doux naturels — des vins mutés aussi fougueux qu’un chocolat noir 90 %. Pourtant, ce n’est que quelques années plus tard, en passant par Perpignan — capitale du Roussillon sacrée ville européenne du vin pour 2019 — que j’ai véritablement constaté tout le potentiel de cette région qui n’a rien de modeste. Un véritable paradis agronomique, une région viticole bénie des dieux, qui fait dans la plus grande discrétion des vins secs à donner le vertige.

Inondée par le soleil et balayée par le vent, la région est ni plus ni moins que le numéro 1 de la viticulture propre en France. Dans cette région du sud, un peu plus de 55 % des vignobles y sont certifiés bio, biodynamique ou HVE (Haute Valeur Environnementale). Sans parler des domaines qui sont bio, mais qui ne le revendiquent pas. Le respect du vivant y occupe une grande place et il y a une grande transparence vis-à-vis le terroir. Qu’il s’agisse de l’une des régions les plus ensoleillées de France, n’est surtout pas un prétexte pour produire des vins surmuris. De la gourmandise, certes il y a, mais jamais au détriment de la buvabilité comme en témoignent ces 4 cuvées éblouissantes.

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Les milléniaux et le rosé du futur

CHRONIQUE / La semaine dernière, nous avons vu que dans un contexte de changement climatique, les producteurs de rosés cherchaient non seulement à s’adapter, mais aussi à produire des vins plus respectueux de l’environnement. Un phénomène qui préoccupe aussi les jeunes consommateurs, et qui pose un double défi pour les producteurs, à savoir comment anticiper l’évolution de la consommation des rosés.

Est-ce que le consommateur réclame aujourd’hui de bons vins ou des vins à bonne conscience environnementale? 

Nés au cœur des enjeux climatiques et environnementaux, les milléniaux possèdent des attentes plus transversales. « Il y a une rupture entre la génération plus ancienne et les milléniaux, c’est-à-dire qu’ils n’attendent pas du tout la même chose du vin. Si avant, on faisait vieillir le vin en cave, on cherchait un vigneron, un cépage ou une appellation, aujourd’hui tout ça est un peu en train de s’effriter. La jeune génération veut que ce soit à la fois moderne, écologique, individuel, transparent et que le rapport qualité-prix soit bon », affirme Birte Jantzen, journaliste-dégustatrice pour le guide des vins Bettane & Desseauve. 

Ils composent la génération la plus éduquée et la plus nombreuse qui n’ait jamais existée sur terre. En 2020, les milléniaux composeront la moitié de la population active, c’est pas peu dire. Selon Richard S. Delerins, chercheur anthropologique à Food 2.0 Lab, les milléniaux clament le droit d’être eux-mêmes et puisent leurs valeurs en eux-mêmes. En ce sens, l’alimentation est devenue un mode d’expression de soi, où ils mettent de l’avant leurs valeurs individuelles et leurs préoccupations écologiques dans leurs actes de consommation. 

M. Delerins va jusqu’à les surnommer les « Millennial Pink ». Selon l’anthropologue, ils auraient adopté la couleur rose — couleur de la chair et de soi — représentation de la jouvence, de la jeunesse et de la santé. Le vin rosé se serait donc imposé naturellement aux milléniaux, d’autant plus qu’il s’avère moins codifié que ses homologues rouges et blancs. Avec un décorum quasi-absent et des pratiques de consommation moins excentriques, il confère aux jeunes toute la latitude nécessaire pour se l’approprier et le transformer.

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Attention, cette chronique ne contient (presque) pas d’alcool

CHRONIQUE / Ça va, vous tenez le coup? Si vous mettez présentement l’alcool en veilleuse, vous avez de quoi être fier. Il est toujours pertinent de faire le point sur sa relation avec l’alcool. Je profite du Défi 28 jours sans alcool pour faire la lumière sur les vins désalcoolisés et glisser ici quelques suggestions.

La demande pour les vins désalcoolisés se porte bien au Québec. Très bien, même. Depuis les 5 dernières années, les ventes pour les vins garantis sans gueule de bois connaissent en moyenne une hausse de 15 % par année à la SAQ. Durant cette même période, notre société d’État a presque doublé l’offre de produits à moins de 0,5 % d’alcool. Du côté de la Société Clément, qui représente les vins désalcoolisés Leitz, on constate d’ailleurs une croissance jamais vue pour ce type de boissons. 

Sans alcool ou désalcoolisé?

« Vin sans alcool » ne serait-ce pas là un effet chic pour dire « jus de raisin »? Pas exactement. C’est beaucoup plus complexe que ça en fait, puisque pour désalcooliser il faut d’abord faire du vin. 

Donc, faire de l’alcool pour ensuite la retirer. Pourquoi se donner tant de trouble? C’est qu’au cours de la fermentation alcoolique, — parallèlement à la transformation du sucre en alcool sous l’action des levures — de nombreux produits secondaires et fondamentaux se forment au passage, dont du CO2 et des arômes secondaires. 

« Désalcoolisé » serait donc plus à propos que « sans alcool », même si à proprement parler, il ne s’agit plus de vin. La Côte de Vincent lui préfère le terme « boisson à base de vin désalcoolisé » pour qualifier ses rouges, blanc, rosé et mousseux à base de cépages traditionnels français. Cette entreprise alsacienne emploie un procédé de séparation de l’alcool par dépression à froid pour abaisser l’alcool des vins à aussi peu que 0,3 %. Cette technique centenaire consiste à refroidir le vin très rapidement, jusqu’à -30 °C. Sa densité devenant plus faible, l’alcool remonte à la surface et se sépare du reste du liquide. La boisson perd alors un peu de son acidité, mais conserve toutes ses autres vertus : arômes, polyphénols et antioxydants, entre autres.

Au domaine Leitz en Allemagne, le processus de distillation sous vide permet de descendre le taux d’alcool à zéro. Le produit est d’abord chauffé pour permettre aux composants volatils tels que le dioxyde de carbone (CO2) et les composés aromatiques de s’évaporer. Ceux-ci sont capturés et réservés pour plus tard. Comme le point d’ébullition d’un liquide diminue de manière assez importante lorsqu’il est sous vide, l’alcool s’évapore autour de 40 °C. La boisson est ensuite refroidie, puis réunie avec son CO2 et ses arômes de départ.

Plusieurs autres procédés peuvent être déployés pour retirer l’alcool du vin — l’osmose inversée, la séparation de l’eau et de l’alcool, la distillation directe… mais qu’importe la technique, il s’agit de méthodes dispendieuses.

Effervescent, La Côte de Vincent
17,80 $ • La Guilde Culinaire • 0,3 % • 44 g/l

L’effervescence diminue la perceptibilité de l’alcool — tout comme son absence d’ailleurs — et présente l’avantage de remplir le vide laissé par l’alcool. Voilà pourquoi les boissons mousseuses désalcoolisées ressortent généralement mieux à la dégustation. Ici, les bulles sont obtenues par l’ajout de CO2. Vous ne retrouverez peut-être pas la finesse des bulles de votre crémant préféré, mais l’effervescence n’en demeure pas moins plaisante. L’assemblage de riesling et ryvaner est plutôt discret au nez. La bouche est agréable et bien équilibrée. 

Commandes en ligne disponibles.

Riesling, Eins Zwei Zero Alcoholfree, Leitz
12,65 $ • 13477043 • 46 g/l

Les fans finis du riesling seront heureux de retrouver des notes d’hydrocarbures dans leur verre. En bouche, le citron s’amène, le sucre aussi, bien que pas trop imposant. Finale sûre intéressante. On a l’impression de boire un jus de riesling. Dans sa catégorie, c’est très respectable. Un cari de pois chiches avec ça?

Rosé, Côte de Vincent
15,40 $ • La Guilde Culinaire • 0,3 % • 44 g/l

Très bien foutu que cet assemblage de 80 % de cinsault et 20 % de syrah. Les arômes de pomelos et de fraises sont très invitants. C’est l’été dans le verre. La bouche est joliment texturée, ronde, et une agréable fraîcheur souffle sur les papilles. Délicatement sucré, il n’a besoin que d’un peu de soleil, de quelques glaçons et de chaises longues!

Commandes en ligne disponibles.

Bon 13 jours sans alcool. Il en reste moins devant que derrière!

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Domaine Wach : quand la magie du vin opère

CHRONIQUE / Lui est vigneron. Elle, sommelière. Les fidèles de cette chronique résidant à Sherbrooke la connaissent d’ailleurs très bien, puisqu’elle levait chaque semaine son verre et sa plume dans La Tribune entre 2013 et 2014. Eux, c’est Pierre Wach et Jessica Ouellet, un jeune couple que le vin a réuni avec un grand « V ».

Il vient d’Andlau, en Alsace. Elle vient de Windsor, au Québec. Chez Faro, café étudiant rue Wellington, à Sherbrooke, le regard des jeunes amoureux s’illumine tandis qu’ils racontent le voyage qui a fait converger leurs univers. C’était il y a 6 ans, en Nouvelle-Zélande. Après avoir obtenu son diplôme en sommellerie et raflé la Bourse Espoir de la Sommellerie SAQ, Jessica s’envole à Marlborough faire les vendanges au domaine Staete Landt. Elle y fait alors la rencontre de Pierre qui occupe le poste de maître de chai sur un autre vignoble.